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Paludisme à Mayotte, 370 cas en neuf mois et l'ARS doit montrer ses moyens avant la saison des pluies

Le bilan de Santé publique France du 12 octobre recense 101 hospitalisations, plus du double de 2025, et 79 cas contractés sur l'île. Six semaines sans nouveau cas local ne justifient pas le silence sur les agents et les moustiquaires engagés.

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Paludisme à Mayotte, 370 cas en neuf mois et l'ARS doit montrer ses moyens avant la saison des pluies
Photo : Mangrove de chirongui à Mayotte — Lizot pierrick, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Mayotte a enregistré 370 cas de paludisme confirmés entre le 1er janvier et le 4 octobre 2026, d'après le bulletin de Santé publique France du 12 octobre, plus du triple de toute l'année 2025. Le même document note qu'aucun cas acquis localement n'a été signalé pendant les six dernières semaines. Je crains que cette accalmie, à l'approche de la saison des pluies, ne retarde les préparatifs.

Une maladie que l'on croyait tenue

Avant 2011, Mayotte déclarait plus de 300 cas par an, dont près de la moitié contractés sur place, rappelle Santé publique France dans son bilan publié le 16 avril 2026. Les actions de lutte menées à l'époque ont divisé ce nombre par quatre, et l'Organisation mondiale de la santé a classé le département en phase d'élimination en 2014. Entre juillet 2020 et janvier 2024, aucun cas acquis localement n'a été recensé. La courbe s'est retournée par les cas importés, c'est-à-dire contractés hors de l'île. Il y en a eu 119 en 2024, le plus haut niveau depuis 2010, puis 106 en 2025, dont plus de 95 % contractés en Union des Comores, où le nombre de malades dépasse 20 000 par an depuis 2022 selon l'OMS citée par l'AFP.

En juin et juillet 2025, cinq cas autochtones sont réapparus à Bandrélé. En 2026, le bulletin du 7 août recensait déjà 68 cas acquis localement, dont 94 % dans trois communes, Dembéni (25), Bandrélé (20) et Chirongui (19), là où la présence du moustique vecteur est documentée. Au 4 octobre, ils étaient 79. Santé publique France écrivait en août que « la proportion élevée de cas acquis localement fait craindre une reprise de la transmission autochtone après plusieurs années de circulation limitée ».

Le Haut Conseil de la santé publique ne recommande toujours pas de traitement préventif pour un séjour à Mayotte, mais le bulletin précise que cette position « devra être réévaluée » en cas de signes de reprise.

Les chiffres

  • 370 cas confirmés du 1er janvier au 4 octobre 2026, dont 79 acquis localement (Santé publique France, 12 octobre 2026)
  • 101 hospitalisations, dont 10 en réanimation, sur la même période (Santé publique France)
  • 111 cas sur toute l'année 2025, dont 5 autochtones (Santé publique France, avril 2026)
  • 94 % des cas autochtones recensés début août concentrés à Dembéni, Bandrélé et Chirongui (Santé publique France, 7 août 2026)
  • 25 euros pour une moustiquaire de lit adulte relevés en pharmacie à Chirongui (AFP)

Cent un hospitalisés dans le département le moins doté en médecins

Cent un patients ont été hospitalisés depuis janvier, plus du double des 42 de toute l'année 2025, et dix ont dû passer en réanimation. Ils l'ont été dans le département qui a la densité médicale la plus faible de France, où ces séjours mobilisent des lits et des soignants déjà rares, et je n'ai trouvé nulle part une estimation publique de ce que cette vague a coûté au système de soins.

La riposte décrite par l'ARS repose sur l'enquête autour de chaque cas, le dépistage de l'entourage par tests rapides, le repérage des gîtes larvaires et la distribution de moustiquaires imprégnées. Conçu pour des cas isolés, ce dispositif atteint ses limites avec 79 cas autochtones concentrés dans le sud et l'est, d'autant que l'anophèle se reproduit surtout dans des gîtes naturels.

Les familles paient aussi leur protection, et à Chirongui l'AFP a relevé des répulsifs vendus de sept à quinze euros et une moustiquaire à 25 euros, sur une île où la moitié de la population vit avec moins de 260 euros par mois. Pour ces foyers, une moustiquaire représente près d'un dixième du revenu mensuel. Les moustiquaires distribuées par l'ARS existent, mais aucun chiffre public, à notre connaissance, ne dit combien ont été remises ni dans quels villages.

Ce que répondent les autres

L'ARS de Mayotte souligne qu'elle intervient dès qu'un cas est signalé. Sa directrice de la santé publique, Fatiha Djabour, a expliqué à l'AFP que l'anophèle privilégie « les gîtes naturels comme les rivières, qui sont difficiles à éliminer », et Bruno Morel, du département de la sécurité et des urgences sanitaires, insiste sur l'usage des moustiquaires, car « ce moustique pique principalement la nuit ».

Le délégué régional de Santé publique France, Youssouf Hassani, estimait en juin qu'il n'était pas possible de parler de reprise de l'épidémie, tout en jugeant que « la situation en ce moment est inquiétante ». Aucune réaction publique de l'ARS au bilan du 12 octobre n'a été trouvée à la date de publication.

Les moyens de l'ARS restent inconnus

Les équipes de l'ARS enquêtent autour de chaque cas, comme le décrit Santé publique France. L'agence ne dit pas en revanche de quels moyens elles disposent, alors que la maladie a atteint en neuf mois plus du triple du bilan de 2025. Tant que la transmission reste forte aux Comores, chaque cas importé peut déclencher de nouveaux cas locaux là où l'anophèle trouve des eaux stagnantes et des habitants qui dorment sans moustiquaire.

Je demande au directeur général de l'ARS de Mayotte de publier avant le 30 novembre 2026 le nombre d'agents affectés à la lutte antivectorielle, le nombre de moustiquaires distribuées depuis janvier dans chaque commune et le calendrier des traitements de gîtes prévus pour la saison des pluies. Une distribution gratuite de moustiquaires imprégnées à tous les foyers de Dembéni, Bandrélé et Chirongui devrait être achevée avant le 31 décembre, sur le fonds d'intervention régional. La ministre de la Santé doit de son côté identifier, pendant l'examen du budget de la sécurité sociale pour 2027, des crédits dédiés à la lutte antivectorielle à Mayotte, chiffrés et inscrits avant le vote définitif du texte.

Sources

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