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Place Zakia Madi, Mamoudzou ouvre son centre-ville aux promoteurs sans fixer de part de logements sociaux

Jusqu'au 4 décembre, la Ville cherche des opérateurs pour réaménager 28 000 m² entre la barge et le futur pôle Caribus, avec une possible cession de foncier communal. La grille de notation, publiée, ne chiffre aucun objectif de logement abordable.

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Place Zakia Madi, Mamoudzou ouvre son centre-ville aux promoteurs sans fixer de part de logements sociaux
Photo : Front de mer à Mamoudzou — mwanasimba, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons

La Ville de Mamoudzou s'apprête à confier une partie de son centre à des opérateurs privés, et elle le fait avec méthode. C'est plutôt une bonne nouvelle, à condition que les habitants gardent la main sur ce qui sera construit autour de la place Zakia Madi, ce que le document publié ne garantit pas encore.

La municipalité a lancé un appel à manifestation d'intérêt pour requalifier ce secteur situé face au front de mer. Promoteurs, investisseurs, bailleurs, aménageurs, architectes ou groupements ont jusqu'au vendredi 4 décembre 2026 à midi pour se porter candidats, selon la page officielle de la Ville, dont L'info Kwezi a rendu compte le 28 octobre. Le périmètre d'étude couvre environ 28 000 m², dans le cadre d'une orientation d'aménagement du PLUi de la Cadema baptisée « Mamoudzou Zakia Madi », qui en compte 31 635. Environ 5 700 m² d'espaces publics doivent y être libérés et réaménagés.

Le programme demandé se lit comme un manuel d'urbanisme tropical. Des bâtiments alignés sur la rue avec des commerces ou des services au rez-de-chaussée, des cheminements piétons ombragés et plantés, une architecture adaptée au climat et au littoral, du logement mêlé aux bureaux et aux équipements, le tout réalisable par phases. Sur le papier, il n'y a rien à redire. Mamoudzou étouffe sous la chaleur et les voitures, et ses piétons marchent trop souvent sur la chaussée.

Entre la barge et le futur pôle Caribus

L'emplacement explique l'ambition. La place se trouve, rappelle la Ville, à proximité du débouché de la barge et du futur pôle d'échanges multimodal du Caribus. Les passagers qui débarquent de Petite-Terre pour rejoindre les bureaux du chef-lieu la traversent à pied. Construire là des logements et des commerces, c'est rapprocher les gens des transports. Sur les hauteurs, chaque nouvelle case ajoute une voiture dans les bouchons de Kawéni ou de Passamaïnty. La densité autour des arrêts de bus est l'une des rares réponses durables à la saturation de la Grande-Terre.

Le montage retenu appelle en revanche des questions précises. L'opérateur choisi devra financer lui-même les études et les programmes, proposer un calendrier engageant et assurer la commercialisation des logements et locaux privés. En échange, la Ville indique qu'elle « pourra envisager une cession conditionnée de foncier communal ». Le terrain public deviendrait donc la monnaie de l'opération. Dans une île où le foncier maîtrisé par les collectivités est rare, et où tant de familles attendent un logement décent depuis Chido, céder des mètres carrés en plein centre engage la commune pour des décennies.

Une grille de notation sans critère social

La Ville a eu raison de publier ses critères de sélection. La qualité urbaine, architecturale et paysagère pèse 25 %, la cohérence du programme avec les besoins du territoire 20 %, les références du candidat, la robustesse du montage et la solidité financière 15 % chacune, le phasage 10 %. Les « besoins du territoire » restent à définir par chaque candidat, et la consultation ne fixe aucune part chiffrée de logements sociaux ou intermédiaires. Le « pré-bilan financier » demandé aux candidats, avec ses hypothèses de valorisation foncière, dira surtout ce que l'opération rapporte. Il faudrait qu'un document dise aussi qui pourra y habiter.

La place porte le nom de Zakia Madi, l'une des figures du mouvement des chatouilleuses. Ce nom oblige un peu. Un centre-ville rénové où ne pourraient vivre que des fonctionnaires de passage et des cadres du privé tournerait le dos à l'histoire que la place commémore. L'appel à manifestation d'intérêt n'est, la Ville le précise elle-même, ni un marché public, ni une autorisation d'urbanisme, ni une promesse de vente. Tout reste donc ouvert.

Plusieurs garanties pourraient être posées dès maintenant, sans retarder le calendrier. La commune peut fixer, avant de choisir un lauréat, une part minimale de logements sociaux et intermédiaires dans le programme, condition de toute cession de terrain. Les 5 700 m² d'espaces publics annoncés doivent rester propriété de la Ville et ouverts à tous, de jour comme de nuit, avec de vrais arbres en pleine terre. La Ville a joint à sa consultation un cahier d'annexes qui comprend les réseaux et les risques naturels. Si une partie du site est exposée à la submersion marine ou aux eaux de ruissellement, les habitants doivent pouvoir le lire avant que des immeubles ne sortent de terre.

Quant aux candidats retenus après le 4 décembre, ils gagneraient à présenter leurs esquisses en réunion publique, au centre-ville, avant toute délibération du conseil municipal sur une cession. Pour un projet qui redessinera la première image de l'île vue depuis la barge, la Ville pourrait y ajouter une exposition des projets et un registre d'observations.

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