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Près de 150 hectares brûlés en trois jours, et les pluies menacent d'emporter cette terre vers le lagon

Le SDIS a compté environ 150 hectares de végétation brûlés du 31 octobre au 2 novembre à Mayotte. Ces pentes mises à nu vont affronter la saison des pluies, alors que le lagon recevait déjà 19 500 tonnes de terre par an en 2018 selon le BRGM, et aucune carte publique ne situe les zones brûlées.

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Près de 150 hectares brûlés en trois jours, et les pluies menacent d'emporter cette terre vers le lagon
Photo : Padzas à Chirongui (Mayotte) — Timothée Rey, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Entre le samedi 31 octobre et le lundi 2 novembre, les pompiers de Mayotte ont combattu des feux d'espaces naturels du lever au coucher du soleil. Le Service départemental d'incendie et de secours (SDIS) a recensé onze feux le samedi, treize le dimanche et quatorze le lundi au moment où Flash Infos l'interrogeait. En fin d'après-midi, six feux étaient encore actifs, notamment à Bouéni, Chirongui, Dembéni et Bandrélé, selon l'édition du 3 novembre. Le premier bilan du SDIS fait état d'environ 150 hectares de végétation brûlés en trois jours. Sur le seul mont Bénara, entre 50 et 60 hectares auraient été touchés.

Mayotte la 1ère rapporte le même jour que 14 camions et une soixantaine de pompiers, sur quelque 70 agents de garde, étaient engagés de 6 heures du matin à la tombée de la nuit. Le directeur du SDIS, le colonel Patrick Clerc, écarte toute cause naturelle. Il a déclaré à Flash Infos : « Il n'y a pas eu d'orage, il n'y a pas d'électricité sur le secteur. À part l'origine humaine, il n'y a pas d'autres explications. » Toujours selon Mayotte la 1ère, la surface brûlée chaque année a été multipliée par dix en 2025, avec près de 300 hectares de végétation détruits. Au mont Bénara, environ 80 % de l'exploitation agricole « Les jardins de Fatima » a disparu.

L'association Les Naturalistes de Mayotte réclame un arrêté préfectoral d'urgence interdisant tout feu de végétation jusqu'à la fin décembre, ainsi que la mobilisation des polices municipales et intercommunales, de l'Office français de la biodiversité et de la gendarmerie. La Fédération mahoraise des associations environnementales (FMAE) avait déposé en 2025 une motion devant le Comité de l'eau et de la biodiversité. Selon le Journal de Mayotte du 3 novembre, le comité n'a pas abordé cette motion.

Les chiffres

  • Environ 150 hectares de végétation brûlés du 31 octobre au 2 novembre 2026 (premier bilan du SDIS de Mayotte, cité par Flash Infos)
  • Près de 300 hectares brûlés sur l'ensemble de l'année 2025, une surface multipliée par dix (Mayotte la 1ère)
  • 19 500 tonnes de terre et de sédiments arrivées dans le lagon en 2018, contre 5 000 tonnes en 1950 (BRGM, projet Leselam, cité par France-Mayotte Matin)
  • Près de 130 tonnes de terre perdues chaque année par un hectare déboisé puis planté en bananiers et manioc (estimation rapportée par France-Mayotte Matin)

Après les flammes, la saison des pluies

Les bilans s'arrêtent à l'extinction des feux, mais c'est ensuite que les effets sur le lagon se font sentir. Ces versants ont perdu en quelques heures la végétation et la litière qui couvraient leur sol, et ils vont recevoir les averses de la saison des pluies sur une terre nue. La terre que plus aucune racine ne retient descendra alors par les ravines et les rivières jusqu'au lagon.

Mayotte mesure ce chemin depuis des années. Le projet Leselam, conduit avec le BRGM, évalue la terre que l'île perd vers le lagon. Ses experts estimaient à 19 500 tonnes les sédiments arrivés en 2018, près de quatre fois le niveau de 1950, selon France-Mayotte Matin. Les chantiers, les cultures non contrôlées sur des pentes fortes et les padzas figurent parmi les causes qu'ils désignent. En 2022, Mayotte Hebdo décrivait à Doujani une parcelle expérimentale de 1,5 hectare où l'Établissement public foncier et d'aménagement de Mayotte (EPFAM), Les Naturalistes et le BRGM testaient des techniques simples de couverture végétale et de paillage, pour garder la terre sur place.

Aucune mesure n'a été rendue publique sur ce que deviendront les 150 hectares de ce long week-end. Aucun des bilans publiés depuis samedi ne situe ces surfaces par bassin versant, ni ne dit quelles rivières elles alimentent ou si elles dominent des captages d'eau potable, sur une île où l'eau du robinet manque déjà.

Une alerte associative restée sans réponse

Le colonel Clerc a décrit à Mayotte la 1ère plusieurs cas, de la culture vivrière qui sous-estime le risque au brûlis laissé filer pour préparer une plantation, en passant par les feux malveillants. Les messages de prévention viennent du SDIS et de la préfecture, tandis que la motion déposée en 2025 par la FMAE n'a pas été discutée par le Comité de l'eau et de la biodiversité, selon le Journal de Mayotte, alors que cette instance réunit précisément les acteurs de l'eau et des milieux naturels.

Le cyclone Chido a laissé derrière lui une quantité de bois mort qui nourrit ces feux, rappellent Flash Infos et Mayotte la 1ère. La multiplication par dix des surfaces brûlées en 2025 aurait dû conduire, avant la saison sèche de 2026, à un plan public reliant incendies, eau et lagon, dont je n'ai trouvé aucune trace.

Ce que répondent les autres

Le directeur du SDIS, le colonel Patrick Clerc, a déclaré à Flash Infos : « Quand on fait des brûlis dans ces conditions, on sait que ça va partir et les gens le font quand même. » Selon le même journal, le SDIS a renforcé ses effectifs quotidiens d'une vingtaine de sapeurs-pompiers volontaires, et le SDIS comme la préfecture multiplient les appels à la vigilance en rappelant que tout départ de feu doit être signalé au 18 ou au 112. Aucune réaction publique de la préfecture ni du Département sur les conséquences de ces incendies pour les rivières et le lagon n'a été trouvée à la date de publication.

Couvrir les pentes avant les grosses pluies

Nous, Mahorais, savons ce que coûte une baie envasée à la pêche et au tourisme. Les techniques de couverture et de paillage ont déjà été testées et financées, et les pentes brûlées depuis le 31 octobre sont les premières où les appliquer.

J'attends du préfet de Mayotte qu'il publie avant le 30 novembre la carte des surfaces brûlées depuis le 31 octobre, croisée avec les bassins versants et les captages, et qu'il réponde publiquement à la demande d'arrêté formulée par Les Naturalistes. Le président du Comité de l'eau et de la biodiversité peut inscrire la motion de la FMAE à sa prochaine séance. Quant aux partenaires du projet Leselam, BRGM en tête, ils sont les mieux placés pour dire avant le 15 décembre si les techniques testées à Doujani depuis 2021 peuvent couvrir les pentes du mont Bénara et de Bouéni avant le cœur de la saison des pluies.

Sources

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