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Promis depuis 2019, l'hôtel de police de Mamoudzou a disparu de la loi de refondation de Mayotte

Le syndicat Unité a écrit au préfet le 30 octobre pour réclamer un nouveau commissariat à Mamoudzou. Adoptée à l'Assemblée en juin 2025, la phrase qui promettait ce chantier ne figure plus dans la loi d'août 2025, qui chiffre pourtant brigades, prison et cité judiciaire.

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Promis depuis 2019, l'hôtel de police de Mamoudzou a disparu de la loi de refondation de Mayotte
Photo : Mamoudzou (10029936275) — David Stanley from Nanaimo, Canada, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

Les policiers de Mamoudzou, par la voix du syndicat Unité, ont écrit au préfet. Dans un courrier daté du vendredi 30 octobre, adressé à Frédéric Poisot avec les parlementaires de Mayotte en copie, Unité demande à l'État d'engager la construction d'un nouvel hôtel de police, rapporte Flash Infos dans son édition du 3 novembre. Fin octobre, de nouveaux bâtiments modulaires avaient encore été installés au commissariat pour répondre au manque de place.

Sept ans de promesses sans chantier

Le 16 avril 2019 déjà, Mayotte Hebdo rapportait que Christophe Castaner, alors ministre de l'Intérieur, proposait avec Annick Girardin, ministre des Outre-mer, de financer les études d'un nouveau commissariat à Mamoudzou, « compte tenu de la croissance des effectifs ». Il souhaitait lancer la programmation « dès cette année », puis le choix d'un maître d'œuvre « l'année prochaine ».

En août 2022, avant une visite de Gérald Darmanin, un représentant de l'Unsa police, Badrou Ali, réclamait dans le même journal « un hôtel de police digne de ce nom », capable d'accueillir l'ensemble des services. Selon Flash Infos, un projet de nouvel hôtel de police avait été envisagé, puis abandonné.

Le 19 juin 2025, lors de l'examen du projet de loi de programmation pour la refondation de Mayotte, l'Assemblée nationale a adopté l'amendement n° 351, déposé par Anchya Bamana, députée de Mayotte, et des députés de son groupe, le Rassemblement national. Il complétait le rapport annexé par cette phrase : « le projet de casernement de la police à Mamoudzou sera mené à bien au plus vite ». Son exposé sommaire précisait qu'il visait « le projet de casernement de l'hôtel de police à Mamoudzou », « attendu depuis plus de dix ans », avec un tour de table de 10 millions d'euros, dont 8 pour l'État et 2 pour la commune.

La loi du 11 août 2025, publiée au Journal officiel le lendemain, ne contient plus cette phrase. Son rapport annexé détaille pourtant les investissements de sécurité et de justice promis à Mayotte. On y lit la création des brigades de gendarmerie de Dzoumogné et de Bandrélé, d'un peloton de surveillance et d'intervention à Dembéni, la construction d'une cité judiciaire, d'un centre éducatif fermé et d'un deuxième centre pénitentiaire de 400 places, sans un mot sur le commissariat de Mamoudzou.

Aujourd'hui, selon Djamalidine Djabiri, secrétaire départemental d'Unité, cité par Flash Infos, les agents travaillent dans des « locaux vétustes et exigus ». Le syndicat alerte sur les normes propres à un commissariat, pour la garde à vue et le stockage des armes, et ne réclame pas un chantier immédiat. « Même si c'est dans cinq ans, mais au moins qu'il y ait un projet », a-t-il déclaré au journal.

Les chiffres

  • 10 millions d'euros, dont 8 pour l'État et 2 pour la commune, pour le projet de casernement de l'hôtel de police (exposé de l'amendement n° 351, Assemblée nationale, juin 2025)
  • Avril 2019, annonce par Christophe Castaner du financement des études d'un nouveau commissariat (Mayotte Hebdo, 16 avril 2019)
  • 400 places prévues dans le deuxième centre pénitentiaire, début des travaux annoncé pour 2027 (loi n° 2025-797, rapport annexé)
  • 40 gendarmes promis pour deux brigades et un peloton à Dzoumogné, Bandrélé et Dembéni (loi n° 2025-797, rapport annexé)
  • Effectifs de police et de gendarmerie doublés à Mayotte depuis 2017 (loi n° 2025-797, rapport annexé)

Des renforts sans les murs pour les accueillir

L'État a choisi d'augmenter les effectifs avant de construire les locaux. Selon le rapport annexé de la loi de refondation, qui s'en félicite, le doublement des forces depuis 2017 a permis les opérations Wuambushu et Mayotte place nette. Mais chaque policier supplémentaire a besoin d'un bureau et d'un endroit où mener ses auditions. À Mamoudzou, les modulaires s'ajoutent les uns aux autres. « Les agents en ont marre de voir s'empiler des conteneurs tout le temps », dit Djamalidine Djabiri, qui juge cette solution valable « pour répondre à une urgence » avant qu'elle ne devienne « une habitude ».

La comparaison avec les autres services de l'État est cruelle pour la police. La loi nomme et chiffre les brigades de gendarmerie, et elle accorde à la justice une cité judiciaire et une prison, années de lancement des travaux comprises. Unité relève aussi que les pompiers voient s'annoncer de nouvelles casernes. Pour le commissariat du chef-lieu, le texte qui programme l'action de l'État jusqu'en 2031 ne prévoit rien.

Cette absence pèse d'abord sur ceux qui passent la porte du commissariat. On y retient des personnes gardées à vue, dont les droits supposent des locaux conformes, et on y stocke des armes. On y reçoit aussi des victimes, que la même loi promet de mieux accompagner en augmentant le nombre d'intervenants sociaux dans les commissariats. La loi ne dit pas où ces intervenants travailleront à Mamoudzou, et les agents devront continuer à bricoler, pour reprendre le mot du syndicat.

L'argument du coût tient mal. Le montage de 10 millions d'euros avancé en juin 2025, dont l'État aurait porté 8 millions, n'a rien d'hors de portée pour un texte qui programme une prison de 400 places et une cité judiciaire. À notre connaissance, aucune décision ni aucun calendrier de construction n'ont été rendus publics depuis.

Ce que répondent les autres

Aucune réaction publique de la préfecture de Mayotte au courrier d'Unité n'a été trouvée à la date de publication. Flash Infos indique que la préfecture n'avait pas donné suite à ses demandes à la date de son article. Dans la loi de programmation du 11 août 2025, l'État écrit que, « grâce au renforcement des infrastructures et des effectifs », il « s'engage à garantir aux Mahorais la sécurité et la tranquillité publiques ». En 2019, Christophe Castaner présentait le futur équipement comme « adapté à vos besoins ».

Ce que je demande au préfet et au ministère

Je ne reproche pas aux policiers de réclamer des murs. Je reproche à l'État de laisser sans explication publique la disparition, au cours de la navette parlementaire, de la phrase de la loi de refondation qui parlait de leur commissariat. Nous, Mahorais, entendons depuis des années que la sécurité est la priorité. Une priorité se reconnaît à un terrain, une enveloppe et une date.

Je demande au préfet de Mayotte de répondre publiquement au courrier du 30 octobre et de publier, avant le 31 décembre 2026, l'état du projet d'hôtel de police de Mamoudzou, en précisant si un terrain a été retenu, quelles études ont été réalisées depuis 2019, le coût estimé et la part de l'État et de la commune.

Au ministre de l'Intérieur, je demande d'indiquer, pendant l'examen du projet de loi de finances pour 2027, si une autorisation d'engagement est prévue pour ce chantier.

Les parlementaires de Mayotte, destinataires du courrier, peuvent poser cette question par écrit au gouvernement avant la fin de la discussion budgétaire, pour que la réponse figure au Journal officiel.

Sources

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