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Promis pour 2022, le centre de soins des tortues de Mayotte attend encore la moitié de son budget

Annoncé par la préfecture en décembre 2020 pour 1,9 million d'euros, le centre de soins des tortues marines devait ouvrir en Petite-Terre début 2022. En octobre 2026, l'association qui le porte dit n'avoir réuni que la moitié d'un budget évalué à environ 1 million.

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Promis pour 2022, le centre de soins des tortues de Mayotte attend encore la moitié de son budget
Photo : Tortue N'Gouja — Frédéric Ducarme, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Le 16 décembre 2020, le préfet de Mayotte signait avec le Conseil départemental, deux communautés de communes et deux associations un « pacte de sauvegarde des tortues ». Dans le dossier de presse de la préfecture, une ligne engageait l'État plus que les autres. « Un centre de soins pour les tortues marines ouvrira en Petite Terre début 2022, pour un financement total de 1,9M€. » Fin octobre 2026, ce centre n'a toujours pas ouvert, et aucune date de reprise du chantier n'a été rendue publique.

Cinq ans de calendrier glissant

Le pacte de 2020 prévoyait 2,5 millions d'euros supplémentaires dès 2021, dont 1,5 million apporté par l'État, 600 000 euros par le Conseil départemental, 150 000 euros par la communauté de communes de Petite-Terre et 75 000 euros par celle du Sud, selon le dossier de presse de la préfecture. Mayotte Hebdo chiffrait alors le futur centre à 1 873 000 euros, avec une ouverture « au début de l'année 2022 ».

À l'été 2024, le pacte a été renouvelé pour trois ans, de 2024 à 2026, avec un cercle de signataires élargi à l'Office français de la biodiversité, au Parc naturel marin, au Conservatoire du littoral, à la gendarmerie et à quatre intercommunalités, d'après Mayotte Hebdo du 2 août 2024. Ses sept axes portent surtout sur la surveillance des plages de ponte, et le compte rendu de la signature ne mentionne plus le centre de soins.

Le 11 décembre 2024, Mayotte la 1ère rapportait que l'association Oulanga Na Nyamba, qui porte le projet baptisé Kaz'a Nyamba, lançait un appel aux dons pour finir la construction et visait une ouverture d'ici fin 2025, trois jours avant que le cyclone Chido ne frappe l'île.

En mai 2025, Le Journal de Mayotte relevait que l'association n'avait reçu aucun soutien financier supplémentaire depuis le cyclone, hormis un dossier déposé auprès de la Fondation de France. Le 13 octobre 2026, dans Mayotte Hebdo, François-Elie Paute, responsable du pôle connaissance et soins de l'association, a résumé l'état du dossier. Le projet est à l'arrêt depuis Chido, des financements fléchés ont été redistribués et le plan de financement est en cours de mise à jour. Sur le coût, il a déclaré : « C'est autour de 1 million d'euros. On a déjà la moitié. » Des discussions sont engagées avec plusieurs financeurs, dont les fonds européens.

Les chiffres

  • 1,9 million d'euros annoncés en décembre 2020 pour un centre ouvert « début 2022 » (préfecture de Mayotte, dossier de presse du pacte)
  • Environ 1 million d'euros de coût évoqué en octobre 2026, dont la moitié acquise (Oulanga, dans Mayotte Hebdo du 13 octobre 2026)
  • 100 à 300 tortues braconnées chaque année, estimation minimale (Oulanga, Mayotte Hebdo du 13 octobre 2026)
  • Au moins 60 tortues par an ont besoin de soins après une capture accidentelle (même source)
  • 3 000 à 5 000 tortues viennent pondre chaque année sur l'île (Mayotte la 1ère, 11 décembre 2024)

Le soin, angle mort du pacte

Le pacte de 2020 visait 50 % de présence de nuit en plus sur les plages. Pour la tortue retrouvée vivante, prise dans un filet ou blessée par une hélice, rien n'a suivi. Elle n'a aucune structure dédiée où être soignée à Mayotte le temps qu'on la remette à l'eau, et l'association estime à au moins soixante par an les bêtes dans ce cas. Toujours selon Oulanga, les collisions avec les bateaux augmentent, dans une île qui vante ses tortues auprès des visiteurs.

L'État affichait en 2020 1,9 million d'euros pour ce seul équipement, quand le porteur du projet parle aujourd'hui d'environ 1 million, dont la moitié en caisse. Je n'ai trouvé aucun document public qui explique l'écart, ni comment l'enveloppe annoncée en 2020 a été ventilée et versée. Ce bilan revient à l'État, qui avait lui-même annoncé la date et le montant.

Chido explique une part du retard. Le cyclone a lourdement endommagé les locaux de l'association, et des financements fléchés ont été redistribués. Le centre devait cependant ouvrir près de trois ans avant le cyclone, et le retard accumulé entre début 2022 et décembre 2024 n'a reçu aucune explication publique.

D'après Mayotte Hebdo, le réseau d'échouages, que coordonnait le Parc marin, a été confié en 2025 à l'association. Elle l'assure sans le bâtiment annoncé en 2020, et le soin aux tortues blessées dépend encore de financeurs à convaincre, près de deux ans après son appel aux dons de fin 2024.

Ce que répondent les autres

Aucune réaction publique de la préfecture de Mayotte ni du Conseil départemental sur le calendrier du centre de soins n'a été trouvée à la date de publication. Lors du renouvellement du pacte à l'été 2024, le préfet François-Xavier Bieuville avait insisté sur la surveillance : « Nos adversaires nous observent, on a besoin d'une adaptation permanente de notre dispositif. » Côté association, Jessica Coulon, chargée de mission à Oulanga Na Nyamba, réclamait en mai 2025 dans Le Journal de Mayotte « un vrai signal politique, un engagement clair pour l'environnement à Mayotte » pour que le centre aboutisse.

Avant la fin du pacte, des comptes et un financeur

Le pacte 2024-2026 s'achève avec l'année. Je demande au préfet de Mayotte de publier, avant le 31 décembre 2026, le bilan financier du pacte depuis 2020, ligne par ligne, avec ce qui a été réellement versé pour le centre de soins sur les 1,9 million d'euros annoncés, et au président du Conseil départemental de dire si les 600 000 euros promis en 2020 ont été engagés, et pour quoi.

Aux signataires, je demande de ne pas renouveler le pacte sans y inscrire le demi-million d'euros environ qui manque au centre, avec une date d'ouverture tenable et un financeur nommé pour chaque euro, avant la prochaine saison de ponte.

Sources

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