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Prostitution à Mayotte, Chirongui signe la deuxième convention de sortie et les places restent comptées

Maraudes du soir et parcours de deux ans avec Mlézi Maoré, seule association agréée. Le diagnostic de 2023 recensait 269 situations, dont 82 mineurs, et plus d'un tiers de prostitution « domestique » que ces maraudes ne verront pas. Aucun bilan public des parcours depuis 2021.

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Prostitution à Mayotte, Chirongui signe la deuxième convention de sortie et les places restent comptées
Photo : Padzas à Chirongui (Mayotte) — Timothée Rey, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

À Chirongui, des maraudes vont bientôt sortir le soir pour aller au-devant de femmes que personne ne vient chercher. La commune a signé le 27 octobre une convention avec l'association Mlézi Maoré pour accompagner les personnes en situation de prostitution. Invitée de Mayotte la 1ère le 3 novembre, la directrice régionale aux droits des femmes et à l'égalité, Manarssana Boina, a précisé qu'il s'agit de la deuxième convention de ce type avec une collectivité depuis sa prise de fonction en janvier 2025, après Chiconi, soit deux communes sur dix-sept en près de deux ans.

La démarche est bienvenue, à condition de la mesurer à la taille du problème. Car la directrice a dit elle-même ce que les maraudes ne verront pas. « Ce que vous voyez sur les routes, ce n'est que la partie visible de la prostitution », a-t-elle expliqué, en rappelant qu'une étude de 2023 auprès des professionnels jugeait la prostitution domestique, celle qui se passe à la maison, la plus importante et la plus difficile à repérer.

269 situations, dont 82 mineurs

Le diagnostic partagé réalisé par l'Amicale du Nid et publié en août 2023 a recueilli, pour 2019 à 2021, 470 situations signalées par 94 professionnels mahorais. Après élimination des doublons, 269 situations ont été retenues. Mme Boina cite à l'antenne le chiffre de 430, sans que l'on sache s'il s'agit d'une autre base de calcul. Le rapport lui-même prévient que ses chiffres sont un minimum.

Ce qu'il décrit devrait suffire à mobiliser bien au-delà de deux mairies. Huit personnes repérées sur dix sont des femmes. Près d'un tiers sont mineures, et le diagnostic compte 82 mineurs, dont 34 de moins de quinze ans. Dans 96 % des situations, les personnes sont sans ressources ou ne vivent que de minima sociaux. Plus du tiers des cas relèvent de cette prostitution « domestique » que le rapport décrit comme liée avant tout à la survie, pour soi et pour sa famille, et qui touche des femmes comme des hommes, des Mahorais comme des personnes venues des Comores ou d'Afrique continentale. Le rapport y voit un point commun, la précarité, souvent aggravée par l'absence de papiers.

Sur les mineurs, Mme Boina a corrigé un mot qu'on emploie trop vite. « Pour les jeunes, on ne parle pas de prostitution, mais d'exploitation sexuelle », a-t-elle rappelé, la responsabilité pénale pesant sur les seuls clients. Elle a ajouté qu'à Mayotte les plus jeunes ont douze ans, et que ces échanges se négocient surtout par les réseaux sociaux.

Un parcours prévu par la loi de 2016, des places comptées

L'outil existe depuis la loi du 13 avril 2016. La préfecture a installé le 17 mars 2021 la commission départementale de lutte contre la prostitution, et son communiqué précisait que Mlézi Maoré était la seule association agréée pour mettre en œuvre le parcours de sortie à Mayotte. Ce parcours, autorisé six mois et renouvelable sans dépasser vingt-quatre, ouvre un accompagnement en logement, en soins, en accès aux droits et en insertion. La personne étrangère engagée dans le parcours peut obtenir une autorisation provisoire de séjour. Lors de cette première commission, deux parcours avaient été validés.

Mme Boina a reconnu que la commission évalue chaque dossier selon des critères de vulnérabilité « parce que nous n'avons pas non plus énormément de places dans ce dispositif ». On signe des conventions pour repérer davantage de personnes, alors que le nombre de parcours ouverts, que personne ne publie, reste limité.

Commencer par deux communes du Centre et du Sud se défend, et le diagnostic cite d'ailleurs Chirongui parmi les lieux où la prostitution est visible. Le public, lui, n'a aucun moyen de juger l'efficacité de cette politique. Le nombre de parcours accordés depuis 2021, celui des femmes qui en sont sorties avec un emploi ou un logement, la liste d'attente, tout cela est connu de la commission départementale, qui rend un avis sur chaque demande.

Ce bilan devrait être publié chaque année, avec le nombre de places financées et le délai d'attente. Le financement de Mlézi Maoré, seule association agréée, compte autant, puisque sa capacité fixe celle de tout le dispositif. Si l'État veut que d'autres communes suivent Chirongui et Chiconi, il doit dire combien de parcours supplémentaires il paiera.

La prostitution domestique se repère surtout dans les CCAS et à la PMI, là où une femme sans ressources vient demander de l'aide pour ses enfants, et les maraudes du soir n'y entrent pas. Le diagnostic de 2023 recommandait une enquête de victimation auprès de la population pour mesurer ce que les professionnels ne voient pas. Aucune enquête de ce type n'a été annoncée depuis.

Pour les mineurs, la stratégie départementale prévoit un volet avec l'aide sociale à l'enfance, selon Mme Boina. Le rectorat y a sa place, puisqu'un bilan de campagne cité par le diagnostic lui attribuait le recensement de 83 jeunes filles suspectées d'être concernées, dont 40 au collège. La prochaine réunion de la commission départementale serait le bon moment pour en présenter le calendrier.

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