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Quarante-deux jours à plus de 32 °C annoncés à Pamandzi, et la recherche mise sur l'air qui bouge plutôt que sur le climatiseur

À Mayotte, 85 % des personnes interrogées par l'étude COCO restent à l'aise jusqu'à 31 °C avec un courant d'air d'un mètre par seconde, alors que le projet CLIMAYOTTE a trouvé des collèges climatisés toute l'année, avec des consignes descendant jusqu'à 17 °C.

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Quarante-deux jours à plus de 32 °C annoncés à Pamandzi, et la recherche mise sur l'air qui bouge plutôt que sur le climatiseur
Photo : Le centre universitaire (Dembéni, Mayotte) (34035754784) — Jean-Pierre Dalbéra from Paris, France, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

Dans un bureau du collège de Dembéni, le thermostat d'un climatiseur affichait 17 °C. Le relevé date de la fin mai, au moment où la saison chaude s'achevait à Mayotte. Il figure dans la synthèse du projet de recherche CLIMAYOTTE, qui a équipé de capteurs seize salles de deux collèges de l'île pendant deux semaines. Ailleurs dans le même bâtiment, des brasseurs d'air restaient éteints au plafond. Des climatiseurs tournaient parfois la nuit, salles vides, par simple oubli.

En septembre, Météo-France a publié son bulletin saisonnier pour le sud-ouest de l'océan Indien. Pour octobre, novembre et décembre 2026, les températures moyennes à Mayotte sont annoncées « très au-dessus des normales de saison ». Le bulletin associe ce scénario à une température maximale moyenne de 31,8 °C à Pamandzi, contre 30,7 °C en temps normal, et à 42 jours au-dessus de 32 °C sur le trimestre, quand la normale en compte 7.

Deux programmes de recherche menés en partie à Mayotte cherchent à passer ces chaleurs en climatisant moins. Ils misent surtout sur le mouvement de l'air et sur l'ombre portée sur les façades. À Singapour, des chercheurs mettent au point des peintures qui renvoient une partie de la chaleur vers le ciel.

Ce que 2 076 questionnaires mahorais disent de la chaleur

Le confort thermique se calcule d'ordinaire avec le diagramme de Givoni, du nom d'un architecte israélien pionnier du bioclimatisme. Il a été établi à partir d'enquêtes menées en climat tempéré méditerranéen. Le bureau d'études réunionnais Imageen et son partenaire martiniquais Watt Smart ont voulu vérifier s'il valait pour des gens qui vivent toute l'année sous les tropiques. Leur projet, baptisé COCO (Confort optimisé pour réduire la climatisation en outre-mer), a été cofinancé par l'Agence qualité construction et l'ADEME.

Entre 2019 et 2022, les enquêteurs ont recueilli 4 142 questionnaires de ressenti dans des bureaux, des commerces, des établissements scolaires et des logements, dont 2 100 à Mayotte. Vingt-quatre ont été oubliés au moment du traitement, si bien que l'analyse mahoraise porte sur 2 076 réponses. Chaque questionnaire était couplé à une mesure de la température, de l'humidité et de la vitesse de l'air au moment où la personne répondait. Le guide qui en est tiré, publié en mars 2023, note un détail local. Les vêtements portés à Mayotte sont plus couvrants que la « tenue tropicale » des manuels, en partie à cause du salouva, sans que l'équipe ait pu relier l'habillement au taux de confort.

Le résultat principal tient en deux seuils. Quand l'air est immobile ou presque, 83 % des personnes interrogées sur les deux îles se déclarent à l'aise jusqu'à 28 °C, avec une humidité relative allant jusqu'à 70 %. Selon les promoteurs de l'étude, un métropolitain serait gêné dès 26 °C dans les mêmes conditions. Avec un courant d'air compris entre 0,5 et 1 mètre par seconde, 85 % des sondés restent en confort jusqu'à 31 °C. Le basculement est brutal ensuite, puisque ce taux tombe à 33 % à 32 °C.

« Une personne qui est acclimatée à un climat tropical va supporter des conditions de températures plus élevées », résumait alors Nejia Ferjani, directrice d'Imageen, citée par Batiweb. L'équipe en a tiré un nouveau diagramme de confort, qu'elle a appliqué à une année météo type de Mayotte. Avec l'ancien diagramme et sans mouvement d'air, 11 % des heures de l'année seraient confortables. Avec le diagramme COCO et un air animé à 1 mètre par seconde, la proportion monte à 95 %.

Un mètre par seconde, la vitesse d'un brasseur bien placé

Cette vitesse reste à la portée de n'importe quel logement. Un brasseur d'air de plafond correctement dimensionné la produit sans peine, pour une consommation électrique sans commune mesure avec celle d'un climatiseur. Une ventilation traversante y parvient aussi lorsque les ouvertures se font face sur deux façades et que rien ne bloque le passage. Le brasseur ne fait pas baisser la température de la pièce. Il agit sur la peau, comme un éventail, en accélérant l'évaporation et les échanges de chaleur.

Le guide COCO prend soin de borner ses conclusions. Il ne s'intéresse pas à la qualité thermique des bâtiments et rappelle qu'un confort passif suppose une toiture isolée, des abords plantés et une bonne ventilation naturelle. Les enquêtes couvrent des températures de 24 à 34 °C et des humidités de 40 à 85 %, et les seuils proposés ne valent que dans ces plages. L'étude constate enfin que les vitesses d'air mesurées étaient plus faibles en Martinique qu'à Mayotte, signe que les équipements de brassage y sont moins présents.

À Ouangani et Dembéni, des collèges climatisés jusqu'à 17 °C

CLIMAYOTTE, mené par le bureau d'études Intégrale dans le cadre du programme OMBREE porté par l'Agence qualité construction et financé par EDF au titre des certificats d'économies d'énergie, est passé de l'enquête à la mesure. Sa synthèse a été mise en ligne en octobre 2025 sur la plateforme Pergola, qui rassemble les retours d'expérience du bâtiment ultramarin. Deux collèges ont servi de terrain. Celui de Ouangani est récent et a été conçu selon des principes bioclimatiques, celui de Dembéni est plus ancien et n'en a pas bénéficié.

Dans les bureaux climatisés des deux établissements, les capteurs montrent une climatisation qui démarre à l'arrivée des premiers occupants et tourne sans interruption, avec des consignes réglées autour de 24 ou 25 °C. Les brasseurs installés restaient inutilisés. Extrapolé sur l'année à partir des degrés-jours, ce fonctionnement correspond à une climatisation allumée douze mois sur douze. Au collège de Ouangani, près de la moitié de l'électricité consommée pendant la campagne de mesure partait dans la climatisation, alors qu'elle ne concerne qu'une minorité de locaux.

Dans les salles sans climatisation, les locaux orientés nord-sud ont des températures plus stables que ceux tournés vers l'est ou l'ouest, et les salles placées sous la toiture sont les plus chaudes. Celles qu'entoure de la végétation sont systématiquement plus fraîches que des salles comparables sans plantations. À Dembéni, une classe orientée au sud et équipée de protections solaires affichait 2 °C de moins qu'un local non protégé. La ventilation naturelle a été plus difficile à évaluer, car les jalousies étaient souvent défectueuses et rarement ouvertes.

Plus de 2 400 simulations thermiques

L'équipe a ensuite lancé plus de 2 400 simulations thermiques dynamiques en faisant varier les matériaux, la porosité des façades et les protections solaires. Appliquées au collège de Ouangani, dont la consommation pour la climatisation, la ventilation, les brasseurs, l'éclairage et les ordinateurs est estimée à 161 MWh par an, elles chiffrent plusieurs mesures une à une. Relever la consigne à 28 °C en remettant les brasseurs en marche réduirait de 49 % la consommation de climatisation. Isoler les murs qui ne le sont pas ferait gagner 4 %, et peindre les murs en clair 1 %. En cumulant les préconisations, la baisse atteindrait 68 % dans le climat actuel et 66 % à l'horizon 2070, avec 95 tonnes d'équivalent CO2 évitées selon le rapport.

Le réglage du thermostat pèse donc bien plus lourd, dans ce cas précis, que la plupart des travaux sur l'enveloppe. Les simulations font aussi ressortir un résultat qui intéressera la filière de la brique de terre compressée. Pour un usage tertiaire dans le contexte mahorais, les constructions en BTC montrent un comportement thermique plus favorable que celles en béton ou en ossature bois. Les auteurs signalent eux-mêmes les limites de l'exercice. Leurs calculs n'intègrent ni les cyclones ni les vagues de chaleur, ni la variété des comportements des occupants.

Une peinture qui transpire, testée sous le soleil de Singapour

Une autre piste vient des laboratoires de matériaux. Toute surface rayonne de la chaleur sous forme d'infrarouge. Une partie de ce rayonnement traverse l'atmosphère sans être absorbée et file vers l'espace, qui est très froid. Les peintures dites de refroidissement radiatif cherchent à réfléchir presque tout le soleil reçu tout en émettant fortement dans ces longueurs d'onde. Bien réglées, elles peuvent descendre sous la température de l'air ambiant en plein jour.

Les climats chauds et humides sont le terrain le plus difficile pour cette technique, car la vapeur d'eau rend le ciel moins transparent aux infrarouges. Une équipe de l'université technologique Nanyang (NTU) de Singapour a consacré plusieurs articles à ces limites en journée sous les tropiques. En juin 2025, le groupe de Hong Li, avec Jipeng Fei comme premier auteur, a publié dans Science une peinture à base de ciment qui combine trois effets. Elle réfléchit 88 à 92 % du rayonnement solaire selon qu'elle est sèche ou mouillée, émet à 95 % dans la fenêtre atmosphérique et retient environ 30 % d'eau dans ses pores. Cette eau s'évapore lentement quand le soleil revient, à la manière de la sueur sur la peau.

Les chercheurs ont peint trois petites maisons d'essai sur le campus, la première avec une peinture blanche ordinaire, la deuxième avec une peinture refroidissante du commerce, la troisième avec leur formule. Après deux ans d'exposition, seule cette dernière était restée d'un blanc franc, les autres ayant jauni. L'université annonce jusqu'à 40 % d'électricité en moins pour la climatisation. « Quand il pleut, notre peinture retient l'humidité, ce qui renforce son pouvoir rafraîchissant quand le soleil revient », explique Jipeng Fei dans une publication de NTU (traduction de l'auteur).

Les maisons d'essai restent de petite taille. Dans un article paru en 2026 dans la revue Building and Environment, Di Han et Bing-Feng Ng, de la même équipe, rapportent les effets d'une peinture de ce type sur un bâtiment entier, une usine en climat tropical. La température intérieure maximale y a baissé de 1,1 °C, et de 0,95 °C en moyenne sous la grande toiture de ce bâtiment industriel.

La RTAA DOM s'arrête aux portes de Mayotte

À Mayotte, le confort d'été des constructions neuves n'est encadré par aucune règle commune. La réglementation thermique, acoustique et aération des départements d'outre-mer, dans sa version de 2016, impose ventilation naturelle et protections solaires aux logements neufs de La Réunion et de Guyane. Selon la page du ministère de la Transition écologique, son volet thermique s'applique uniquement dans ces deux territoires, et ses volets acoustique et aération valent dans tous les départements d'outre-mer « à l'exception de Mayotte ».

Les concepteurs mahorais disposent du référentiel MayEnergie, une démarche de prescriptions élaborée en 2009 et mise à jour en 2013. CLIMAYOTTE en reconnaît l'efficacité lorsqu'il est appliqué, mais pointe deux faiblesses. Ses prescriptions sont les mêmes pour un logement occupé jour et nuit et pour une salle de réunion pleine, et elles reposent sur les données d'une seule station météorologique complète, celle de l'aéroport de Pamandzi, en Petite-Terre. Le relief de Grande-Terre crée pourtant des microclimats que cette station ne voit pas.

Le projet a donc installé deux nouvelles stations, à Dembéni sur la côte est et à Ouangani sur la côte ouest, avec le laboratoire EnergyLab de l'université de La Réunion. Leurs premières mesures montrent des vents dominants d'orientations différentes selon le site et des températures plus élevées à Dembéni qu'à Ouangani. Le cyclone Chido les a en partie endommagées et leur remplacement était programmé. Les données sont consultables librement sur l'application SolarIO de l'université.

En 2020, la Commission de régulation de l'énergie décrivait une production électrique mahoraise reposant essentiellement sur des centrales thermiques fossiles, avec 5 % d'énergies renouvelables en 2018. Chaque climatiseur réglé à 17 °C fait tourner un peu plus les moteurs de Longoni et des Badamiers.

En 2070, l'air à 1 mètre par seconde ne suffira plus toujours

CLIMAYOTTE a projeté le fichier météo de Pamandzi dans plusieurs scénarios de réchauffement. Dans le plus pessimiste, le taux d'inconfort extérieur avec un air à 1 mètre par seconde passerait de 30 % à 65 % en 2070, c'est-à-dire que les conditions extérieures seraient inconfortables près des deux tiers du temps. Dans un scénario intermédiaire, les besoins de climatisation augmenteraient jusqu'à 25 % d'ici 2070, même pour des bâtiments bien conçus, et la température intérieure moyenne des locaux non climatisés grimperait jusqu'à 1,8 °C.

Les auteurs en concluent que la conception bioclimatique doit rester la base, et que certaines activités sensibles, comme l'enseignement en maternelle, devront sans doute être climatisées. Ils recommandent de décider dès le programme quels locaux seront climatisés et lesquels resteront ventilés naturellement, car les bonnes recettes s'opposent. Un local climatisé gagne à être peu poreux et bien isolé, un local ventilé a besoin de grandes ouvertures sur deux façades opposées. Ils demandent aussi une régulation automatique des horaires et des consignes, la sensibilisation des occupants ne suffisant pas d'après leurs mesures.

Les deux stations de Dembéni et Ouangani sont prévues pour rester en place au moins dix ans. C'est la durée nécessaire, selon le rapport, pour en tirer des fichiers météo de référence propres à la côte est et à la côte ouest. D'ici là, Météo-France compte 42 jours au-dessus de 32 °C à Pamandzi avant la fin de décembre.

Sources

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