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Quatre ans de sorties sous escorte, et Mayotte n'a toujours pas de plan pour ses sentiers de randonnée

Les gendarmes encadraient encore ce week-end huit sites, de Sohoa au lac Dziani. Le dernier bilan public détaillé de l'opération date de 2022, et l'île attend toujours le plan départemental qui permettrait de baliser et d'entretenir ses itinéraires.

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Quatre ans de sorties sous escorte, et Mayotte n'a toujours pas de plan pour ses sentiers de randonnée
Photo : Plage-Sohoa-Chiconi — Christophe Laborderie, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

À l'été 2022, pendant les deux mois de vacances, 7 436 personnes s'étaient jointes aux promenades encadrées par les gendarmes de Mayotte, et aucune agression n'avait été enregistrée sur les neuf sites concernés, selon le bilan relayé alors par Mayotte Hebdo. L'opération « Matembezi ya ounafassi », les sorties tranquilles, devait durer le temps de l'été. Quatre ans plus tard, elle tient toujours, et ce dimanche 25 octobre les militaires étaient sur la plage de Sohoa, à Moya, à Tanaraki ou à N'Gouja, huit sites au total sur le week-end.

Le reportage de Mayotte la 1ère à Sohoa montre ce que le dispositif apporte à ceux qui en profitent. L'association culturelle Belle-Rose y fêtait ses 21 ans, sans savoir que les gendarmes viendraient. « À chaque fois que l'on veut faire quelque chose à Mayotte, on recule par rapport à l'insécurité. Nous, on veut dire non à ça », expliquait Amina, rassurée ensuite par la présence des uniformes à quelques mètres. Plus loin, Isabel, originaire de Suède, vient presque tous les jours sur cette plage où elle connaît les gens du village. Elle confiait pourtant avoir renoncé à la randonnée depuis quelques années, par crainte. Le même week-end, les gendarmes accompagnaient deux départs sur les crêtes de Bandrélé et deux autres au lac Dziani.

On ne peut que se réjouir que des familles retournent à la plage et que des marcheurs reprennent les crêtes. La chaîne s'est rendue à Sohoa après des vols signalés sur les plages ces dernières semaines, et le dispositif répond à une attente réelle. Sa durée, en revanche, m'inquiète. Une opération pensée pour un été est devenue, au fil des saisons, la façon ordinaire d'accéder à une partie du patrimoine naturel de l'île, et rien ne dit quand on pourra s'en passer.

Le premier GR de Mayotte faisait 165 kilomètres en 1998

Les sentiers, eux, se dégradent. En septembre, lors du salon de la randonnée et du trail organisé à Coconi par l'office de tourisme du Centre-Ouest, Mayotte Hebdo faisait la liste des obstacles. Mayotte n'a pas de plan départemental des itinéraires de promenade et de randonnée prévu par le code de l'environnement. Les conventions de passage avec les propriétaires manquent, le balisage disparaît, l'entretien reste irrégulier, et Chido a détruit ou fermé de nombreux itinéraires en décembre 2024.

Le guide Ibrahim Mcolo rappelait que le premier sentier de grande randonnée de l'île est né en 1998, à l'initiative du comité du tourisme, sur 165 kilomètres. Entre 2001 et 2004, le Conseil général et l'Office national des forêts en assuraient ensemble le balisage et le nettoyage. Les réorganisations administratives ont ensuite brouillé les responsabilités, et le réseau s'est effacé peu à peu. Le directeur de l'office de tourisme de la 3CO, Ackeem Ahmed, s'inquiétait de voir des groupes et des associations conduire du public sur des sites ni identifiés ni aménagés. « Pour y arriver il faut une volonté politique, parce que tout Mayotte est en milieu rural », insistait-il.

Or un sentier balisé et régulièrement entretenu, avec des points d'accès connus des secours, est plus sûr qu'un chemin envahi que seuls quelques habitués empruntent. Les gendarmes protègent des promeneurs le temps d'un week-end, alors que l'aménagement protège un itinéraire toute l'année. Sans cet aménagement, les escortes resteront nécessaires, et les forces de l'ordre continueront de consacrer des week-ends entiers à une mission qui relève en partie de l'aménagement du territoire.

Un bilan public qui date de 2022

Les derniers bilans détaillés que l'on trouve remontent à la fin de 2022, avec environ 15 000 personnes accompagnées lors de 360 sorties entre juillet et décembre, d'après Mayotte Hebdo, grâce notamment aux réservistes mahorais de la gendarmerie. Depuis, le programme continue d'être publié chaque mercredi sur la page Facebook de la gendarmerie, sans réservation, mais la fréquentation et les incidents éventuels ne sont plus rendus publics de manière régulière. Ces données intéressent pourtant les communes comme les familles qui hésitent à sortir.

La gendarmerie pourrait publier un bilan annuel de l'opération, site par site, avec la fréquentation et les incidents. Le Département-Région, compétent pour un PDIPR, pourrait de son côté en lancer l'élaboration en 2027, en commençant par les itinéraires déjà encadrés par les gendarmes, le mont Choungui, les crêtes de Bandrélé, le lac Dziani. Les conventions de passage avec les propriétaires, souvent des familles sans titre, en seraient la partie la plus longue, et le bornage engagé sur les parcelles de la collectivité pourrait y aider. Des guides formés sur place, issus des villages traversés, prendraient ensuite le relais d'une partie des escortes.

Amina et les membres de Belle-Rose ont passé un bon dimanche à Sohoa. Le programme du prochain week-end sera mis en ligne mercredi 28 octobre, comme chaque semaine, et c'est encore la gendarmerie qui dira où les Mahorais peuvent se promener tranquilles.

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