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Quinze mille euros manquent pour que six jeunes Mahorais parlent des droits des filles au Sénat

À Pamandzi, l'association Elles Mayotte a marché le 11 octobre pour les droits des filles, tandis que Haki Za Wanatsa cherche encore de quoi envoyer sa délégation aux États généraux des droits de l'enfant du 21 novembre.

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Quinze mille euros manquent pour que six jeunes Mahorais parlent des droits des filles au Sénat
Photo : Pamandzi (3060481415) — mwanasimba from La Réunion, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons

Une vingtaine de femmes ont marché dimanche 11 octobre à Pamandzi, pancartes levées, pour la Journée internationale de la fille. Sur l'une d'elles, on lisait « Ma tenue n'est pas une invitation ». Le même jour, Le Journal de Mayotte relayait l'appel d'une autre association, Haki Za Wanatsa, qui cherche 15 000 euros en urgence pour envoyer six jeunes Mahorais aux États généraux des droits de l'enfant, prévus le 21 novembre au Sénat. Des filles et des enfants de Mayotte cherchent à se faire entendre sur ce qu'ils vivent, et on leur laisse peu de place pour le faire.

La marche de Petite-Terre était organisée par Elles Mayotte, une association fondée il y a trois mois. Sa présidente, Faïza Ridjali, travaille en milieu scolaire et voit les familles de près. Elle a résumé son combat devant Mayotte la 1ère : « Chaque année, on parle des droits des femmes, mais les filles n'attendent pas d'être des femmes pour rencontrer des difficultés ». Ses exemples viennent du quotidien le plus banal des familles qu'elle croise. Une fille qui veut faire du sport et à qui des adultes répondent qu'elle doit plutôt apprendre à tenir la maison. Une adolescente qui garde ses petits frères et sœurs le soir pendant que ses frères sortent. Des fugues qui, selon elle, servent souvent à respirer un peu loin des tâches domestiques.

Elle avance aussi un chiffre. Les informations préoccupantes reçues par le Département, ces signalements d'enfants en danger ou en risque de l'être, concernaient des filles à 56 % en 2022, selon ce qu'elle a déclaré à nos confrères. Le chiffre date de quatre ans, faute de série plus récente rendue publique par le Département.

Huit mois d'ateliers à Mayotte, une semaine à Paris

Haki Za Wanatsa, restructurée en 2018 autour des droits de l'enfant et des droits des femmes, anime depuis près de huit mois les ateliers Kalima Débat Jeunes. Plus de 400 jeunes venus d'une dizaine de communes y ont participé plusieurs heures par semaine, d'après le communiqué repris par Le Journal de Mayotte. Ils ont surtout parlé d'égalité et de violences, en particulier sexistes et sexuelles, en s'entraînant à argumenter en public. Six d'entre eux doivent porter ce travail à Paris, aux côtés de délégations d'autres départements et régions. Ce serait la quatrième délégation mahoraise depuis la création du dispositif, il y a quatre ans.

Or les soutiens financiers sollicités n'étaient toujours pas confirmés à un mois du rendez-vous, selon l'association, qui dit ne pas pouvoir assumer seule une semaine de déplacement. Elle a ouvert sur HelloAsso une collecte en ligne, « Leur voix compte », adressée aux particuliers comme aux entreprises.

15 000 euros pèsent peu dans le budget d'une collectivité, alors qu'une association de terrain risque de voir huit mois de travail s'arrêter avant l'embarquement faute de les réunir. Je trouve gênant que des adolescents qui ont passé leurs après-midi à réfléchir aux violences faites aux filles doivent attendre la générosité des passants pour prendre l'avion. Le Département de Mayotte, chef de file de la protection de l'enfance, pourrait prendre ce voyage en charge sans attendre la fin de la collecte. La préfecture et le rectorat, qui financent régulièrement des actions de citoyenneté, peuvent compléter.

Du terrain de foot aux chiffres du Département

Aucun règlement ne ferme le football aux filles de Mayotte, et pourtant un club ou une école qui veut les y amener doit compter avec les petits frères à garder le mercredi après-midi et avec ce que diront les voisins. La présidente d'Elles Mayotte plaide pour « éduquer les fils et les maris pour respecter les femmes et être plus libres » plutôt que de restreindre la liberté des filles. On peut ne pas partager toute sa lecture et reconnaître qu'elle pose le problème au bon endroit, dans les foyers et dans la répartition des tâches, là où les politiques publiques entrent rarement.

Les institutions pourraient commencer par mesurer le problème avec des chiffres à jour. Si 56 % des informations préoccupantes visaient des filles en 2022, il serait utile de savoir ce qu'il en est en 2025, après Chido, quand des milliers de familles ont vécu entassées dans des logements abîmés. Le Département pourrait publier chaque année le nombre de signalements, leur répartition par sexe et par âge, et les suites données. Ces données existent dans ses services. Leur publication permettrait aux associations, aux écoles et aux communes de cibler leurs actions au lieu de travailler à l'aveugle.

À l'école et dans le sport, les établissements et les clubs peuvent proposer des créneaux réservés aux filles, sur le temps scolaire ou juste après, pour que la pratique ne dépende pas de l'accord négocié chaque semaine à la maison. Les communes qui rouvrent leurs plateaux sportifs après le cyclone peuvent en faire une condition de leurs subventions aux clubs.

Les jeunes de Kalima Débat Jeunes ont aussi produit des propositions. Je souhaite qu'on les entende à Mamoudzou autant qu'au Sénat, par exemple lors d'une séance de l'Assemblée de Mayotte ouverte à leur délégation au retour de Paris.

Une marche de vingt personnes et une cagnotte de 15 000 euros passent vite dans le fil de l'actualité. Elles viennent pourtant de gens qui n'ont attendu ni le Département ni la préfecture pour s'organiser. La collecte « Leur voix compte » est ouverte sur HelloAsso, et les États généraux s'ouvrent au Sénat le 21 novembre. Je demande au Département et à la préfecture de dire, avant la fin octobre, s'ils financent ou non le voyage des six jeunes Mahorais.

Sources

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