Société

Les lycéens de Mayotte réclament du papier toilette et c'est à l'État de leur répondre par écrit

Les lycéens de Mayotte réclament des toilettes, de l'eau et des professeurs. Nous demandons pour chaque lycée un plan écrit, daté et rendu public.

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Les lycéens de Mayotte réclament du papier toilette et c'est à l'État de leur répondre par écrit

Depuis lundi, la contestation lycéenne venue de l'Hexagone a gagné Mayotte. Derrière les blocages et les débordements, une liste de demandes d'une banalité qui devrait gêner tout le monde. Les élèves veulent des toilettes propres, de l'eau, des chaises et des professeurs. Il faut y répondre par écrit, établissement par établissement, et vite.

Bâtiments scolaires à Ouangani, Mayotte
Bâtiments scolaires dans la commune de Ouangani, photographiés en 2025. Photo : Prosaik547, licence CC0 1.0 (domaine public), via Wikimedia Commons.

« Je suis au lycée depuis trois ans et je n'ai jamais vu de papier toilette. » La phrase est de Zamila Zakaria Youssouf, élève de terminale au lycée Younoussa-Bamana de Mamoudzou, interrogée mardi par Mayotte la 1ère. Elle ne parle ni de réforme du bac ni de programmes. Elle parle d'un établissement de plus de 2 000 élèves où, selon son récit, les garçons disposent d'un seul sanitaire, où le savon manque, où il n'y a pas de poubelle pour les protections hygiéniques. Elle ajoute que huit postes d'enseignants ne sont pas pourvus, d'après le proviseur lui-même, et que certains camarades n'ont pas eu un seul cours d'espagnol depuis la rentrée.

On peut débattre de beaucoup de choses. Pas de celles-là.

Deux journées, deux visages

Le mouvement est parti de lycées de l'Hexagone il y a plusieurs semaines. À Mayotte, il a pris corps lundi 5 octobre. D'après Mayotte Hebdo, environ 200 élèves se sont rassemblés devant Younoussa-Bamana ; une tentative de blocage a été dispersée aux gaz lacrymogènes, mais les cours ont été maintenus. À Tsararano, des heurts entre jeunes et forces de l'ordre ont conduit à l'évacuation du lycée ; trois élèves ont été légèrement blessés selon les forces de l'ordre, et plusieurs malaises ont été signalés.

Mardi, journée nationale de mobilisation, le tableau s'est brouillé. À Petite-Terre, plusieurs dizaines de lycéens ont manifesté dans le calme devant leur établissement, pancartes à la main : « on mérite mieux que des promesses », « quand il n'y a pas d'eau il faut fermer le lycée ». Ailleurs, la journée a dérapé. Mayotte la 1ère a fait état d'affrontements à Kawéni, où des élèves du lycée polyvalent sont restés confinés, de violences au lycée Tani-Malandi de Chirongui, où des habitants sont intervenus pour arrêter des perturbateurs, et de la suspension des cours au lycée des Lumières. Le lycée de Sada, lui, était fermé. Le rectorat a invoqué des menaces de mort visant des élèves et des personnels.

Le même jour, la rectrice Valérie Debuchy réunissait en visioconférence un conseil académique de la vie lycéenne exceptionnel, avec deux représentants par établissement, selon Le Journal de Mayotte. C'est un début, pas encore une réponse.

Le lycée du Nord montre la voie… et ses limites

Un précédent récent est instructif. Au lycée polyvalent de la Cité du Nord, à Mtsangadoua, enseignants et parents ont tenu trois semaines de grève pour dénoncer des classes surchargées dans un établissement de 2 220 élèves. Ils ont obtenu des engagements chiffrés du rectorat : 92 heures d'enseignement supplémentaires, quatre emplois aidés, quatre salles de classe en plus, deux blocs sanitaires de six toilettes chacun et une cellule d'écoute. Le réfectoire réclamé et la sécurisation des cours de kayak, eux, attendent toujours. Les grévistes préviennent qu'ils reprendront le mouvement si les promesses ne se matérialisent pas.

La leçon est double. Quand une communauté scolaire tient bon, l'institution trouve des moyens qu'elle disait ne pas avoir. Mais il a fallu trois semaines de cours perdus pour obtenir des toilettes. Ce système, où chaque lycée doit faire grève pour être entendu, favorise ceux qui crient le plus fort, pas ceux qui en ont le plus besoin.

Ne pas tout mélanger

Disons-le clairement, les violences de mardi n'ont rien d'une revendication. Des lycéens blessés, des élèves confinés, des menaces de mort contre des personnels, des villageois obligés de s'interposer, c'est inacceptable, et ce sont d'abord les élèves eux-mêmes qui en paient le prix. La FCPE Mayotte l'a écrit avec justesse. Beaucoup de manifestants sont mineurs, un rassemblement « peut vite échapper à ses initiateurs », et ceux qui appellent des adolescents à descendre dans la rue portent une responsabilité.

Mais il serait tout aussi faux de réduire la semaine à ces débordements, dont les auteurs restent à identifier. Les demandes, elles, sont connues de longue date et faciles à vérifier. Elles portent sur les sanitaires, l'eau, la chaleur dans les salles, la restauration, le transport et les postes vacants. La FCPE les qualifie de « largement légitimes et partagées de longue date par les parents ». Quand parents, enseignants et élèves disent la même chose, l'administration ne peut pas répondre seulement par le maintien de l'ordre.

Ce que le gouvernement a mis sur la table

Dimanche, le Premier ministre Sébastien Lecornu a présenté une feuille de route nationale. Elle prévoit la reprise des cours là où la sécurité et l'état des locaux le permettent, la priorité aux classes d'examen et cinq chantiers confiés à plusieurs ministres, dont le remplacement des enseignants absents, l'état des bâtiments scolaires et la parole des élèves. Les premières décisions sont annoncées d'ici la fin octobre.

Le risque est connu, celui de mesures pensées pour la moyenne nationale qui glissent sur Mayotte. Ici, le problème, c'est une démographie scolaire qui déborde les murs, des bâtiments éprouvés par Chido, des coupures d'eau qui vident les robinets et une difficulté chronique à attirer et retenir des enseignants.

Nous proposons un contrat écrit par lycée, publié et suivi

La FCPE demande des « réponses écrites, concrètes et programmées ». C'est exactement la bonne formule, et on peut la rendre opérationnelle sans attendre Paris.

Premièrement, un état des lieux public de chaque lycée de l'île, à jour d'ici la fin du mois. Il recenserait le nombre de toilettes en service rapporté au nombre d'élèves, l'accès à l'eau et la solution de secours les jours de coupure, les postes d'enseignants vacants et les places de restauration.

Deuxièmement, pour chaque lycée, un calendrier de travaux signé, avec un responsable identifié, sur le modèle de ce qui a été obtenu à Mtsangadoua. Les élèves ne demandent pas des miracles. Ils demandent des dates. Zamila Youssouf le dit à sa manière, elle veut des actes et pas des promesses.

Troisièmement, l'entretien courant ne doit plus dépendre de la bonne volonté. Le savon, le papier ou la réparation d'une chasse d'eau relèvent d'un marché de maintenance et d'un budget de fonctionnement suivis, pas d'une mobilisation générale.

Enfin, les instances qui existent doivent vivre. Le conseil de la vie lycéenne réuni mardi peut devenir un rendez-vous mensuel où les délégués vérifient l'avancement, établissement par établissement. Donner aux jeunes un vrai droit de suivi, c'est aussi la meilleure manière de priver les casseurs de leur prétexte.

Une île où la moitié des habitants a moins de 18 ans ne peut pas se permettre d'apprendre à ses lycéens que seule la rue fait bouger les choses. Il reste trois semaines avant les premières décisions nationales. C'est assez pour publier, lycée par lycée, ce qui sera fait, quand et par qui.

Sources

  • Mayotte la 1ère, « "Je suis au lycée Younoussa Bamana depuis trois ans et je n'ai jamais vu de papier toilette" », 6 octobre 2026 : la1ere.franceinfo.fr
  • Mayotte la 1ère, « Les lycéens de Petite-Terre rejoignent le mouvement national », 6 octobre 2026 : la1ere.franceinfo.fr
  • Mayotte la 1ère, fil d'actualité du 6 octobre 2026 (Kawéni, Chirongui, lycée des Lumières, Sada) : Chirongui, Sada, lycée des Lumières
  • Mayotte Hebdo / Flash Infos, « Les difficultés des lycées alimentent la mobilisation du 6 octobre », 6 octobre 2026 : mayottehebdo.com
  • Le Journal de Mayotte, « Mobilisation lycéenne : la FCPE Mayotte appelle au dialogue et à la responsabilité », 6 octobre 2026 : lejournaldemayotte.yt
  • Le Journal de Mayotte, « Mobilisation lycéenne : la rectrice réunira ce mardi les représentants des élèves », 5 octobre 2026 : lejournaldemayotte.yt

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