Un nouveau quartier de 2 550 logements, un campus, une Arena et une route entre Coconi et Ouangani. Le projet de ZAC porté par l'établissement public de reconstruction passe devant le public du 12 octobre au 10 novembre. Le besoin de logements est indiscutable. Les conditions, elles, méritent d'être discutées pied à pied.

Sur les hauteurs du centre de l'île, entre Coconi, Hapandzo, Barakani et Ouangani, 121 hectares sont aujourd'hui des terres agricoles. Près de 90 micro-exploitations y ont été recensées. D'ici quelques années, si le projet suit son cours, on y trouvera une petite ville : 2 550 logements, dont 750 pour des étudiants, un campus universitaire, une Arena, des groupes scolaires, des commerces, des espaces d'activités et une nouvelle route.
Ce projet n'est pas neuf, mais il franchit une étape décisive. Comme l'a détaillé Mayotte Hebdo, le dossier de création de la zone d'aménagement concerté de Coconi-Ouangani, 126 hectares au total, sera soumis à la participation du public du lundi 12 octobre au mardi 10 novembre. Ensuite, le préfet décidera de créer ou non la ZAC. La commune de Ouangani, la communauté de communes du Centre-Ouest (3CO) et le conseil d'administration de l'Établissement public de reconstruction et de développement de Mayotte (EPRD, ex-EPFAM) ont déjà donné leur accord. Le projet a par ailleurs été déclaré d'utilité publique le 30 avril 2025, ce qui permet à l'aménageur d'exproprier si les acquisitions amiables échouent.
Un projet qui a grossi en route
D'abord, la page de présentation du projet sur le site de l'EPRD parle encore d'environ 2 000 logements sur un périmètre d'étude de 88 hectares, avec un démarrage des travaux en 2026. Le dossier soumis au public porte sur 2 550 logements et 126 hectares. Un projet qui évolue au fil des études, c'est normal. Mais l'écart mérite d'être expliqué clairement aux habitants, d'autant que le coût des seuls aménagements et réseaux est désormais estimé à 81,1 millions d'euros hors taxes, dont environ 60,6 millions sous maîtrise d'ouvrage de l'EPRD. Ces montants n'incluent pas la construction des logements ni des équipements.
L'eau, d'abord et surtout
Le chiffre qui devrait concentrer l'attention est ailleurs. Le futur quartier aurait besoin, selon les estimations, de 1 650 mètres cubes d'eau par jour. Pour y répondre, le scénario retenu prévoit un nouveau réservoir sur les hauteurs de Ouangani, porté par Les Eaux de Mayotte (LEMA), pour desservir à la fois le village et la ZAC. On parle de 3 000 mètres cubes, capacité « à confirmer », et le financement « reste à négocier » entre LEMA et l'EPRD. Dans une île qui vit depuis des années au rythme des coupures, construire des logements avant d'avoir sécurisé leur eau serait une faute.
Même vigilance pour les eaux usées. Le quartier produirait l'équivalent des rejets d'environ 9 200 habitants, à raccorder à la station d'épuration du Centre, dimensionnée aujourd'hui pour 11 250 équivalents-habitants et extensible à près de 34 000. Les études elles-mêmes anticipent une saturation entre 2032 et 2035. Le calendrier et le financement de l'extension restent à définir. Enfin, une partie du périmètre se trouve dans l'aire d'alimentation du forage de Coconi 1. L'ARS et un hydrogéologue agréé ont déjà signalé des points de vigilance sur les eaux pluviales, les réseaux enterrés et les risques de pollution.
La terre nourricière n'est pas une variable d'ajustement
Le projet prévoit de garder une place à l'agriculture, avec 17 hectares pour 19 fermes urbaines, 100 jardins familiaux sur deux hectares et 11 hectares de lisières agroforestières. Selon le dernier état du dossier, 19 agriculteurs déclarés en 2025 resteraient sur le site et deux ne le seraient pas. C'est un effort réel, et il faut le reconnaître. Mais 90 micro-exploitations ont été recensées et seuls les agriculteurs déclarés sont, à ce stade, concernés par ces solutions. Or à Mayotte, une part importante de l'agriculture vivrière se pratique hors de tout statut. Que deviennent ceux qui cultivent ces terres sans statut ? Le dossier reconnaît lui-même que l'accès à l'eau et à l'électricité des futures parcelles agricoles reste à préciser.
Oui à un quartier, à quatre conditions
Disons-le sans détour, Mayotte a besoin de logements, et elle a besoin de les construire ailleurs qu'à Mamoudzou. Le chef-lieu étouffe. Le Journal de Mayotte rapportait la semaine dernière que la mairie en est encore à recenser son bâti pour savoir quoi contrôler, tant les constructions se sont empilées, étage après étage, souvent sans permis, et plus encore depuis Chido. Un campus et des logements dignes dans le Centre-Ouest, c'est une partie de la réponse. Encore faut-il que ce morceau de ville tienne ses promesses.
D'abord, aucun logement ne doit être livré sans eau garantie. Le phasage des constructions doit être indexé sur la mise en service effective du réservoir et sur l'extension de la station d'épuration, avec des financements votés, pas « à négocier ».
Ensuite, il faut un engagement écrit envers tous les cultivateurs du périmètre, déclarés ou non. Il passerait par un recensement nominatif, une solution de relogement agricole ou une indemnisation, et un accompagnement pour se déclarer. On ne peut pas parler de « nouveau bassin de vie » en commençant par fragiliser ceux qui y vivent déjà de la terre.
La troisième condition concerne la mobilité, car une route neuve ne suffit pas. Sans transport collectif fiable vers Mamoudzou, Combani et Sada, un quartier étudiant de 750 lits produira surtout des embouteillages supplémentaires sur des routes déjà saturées. La desserte en bus doit faire partie du dossier, pas venir après.
Il faut enfin une concertation réelle. Une participation du public par voie électronique, avec une adresse courriel, ne touchera qu'une partie des habitants concernés. L'EPRD et les communes s'honoreraient d'organiser des réunions publiques à Coconi, à Ouangani, à Barakani et à Hapandzo, en shimaoré et en français, avant le 10 novembre.
Ce projet peut devenir une vitrine de ce que la refondation de Mayotte promet. Il peut aussi devenir un énième quartier livré avant ses réseaux. La différence se jouera dans ces quatre semaines de consultation. Ceux qui vivent ou cultivent autour de Coconi ont toutes les raisons de s'en emparer. Les observations peuvent être envoyées à zac.coconi@eprdm.fr jusqu'au 10 novembre.
Sources
- Mayotte Hebdo, « À Coconi-Ouangani, un nouveau morceau de ville de 2 550 logements se précise », 5 octobre 2026 : mayottehebdo.com
- EPRD Mayotte, page du projet « ZAC de Coconi-Ouangani » (consultée le 7 octobre 2026) : eprdm.fr
- Le Journal de Mayotte, « "Le travail de recensement est en cours", le maire de Mamoudzou s'est lancé dans un contrôle du bâti », 2 octobre 2026 : lejournaldemayotte.yt