anders

Santé mentale après Chido, des musiciens et des bénévoles tiennent l'écoute dans les villages

Le Mila Zema passe par quatre villages jusqu'au 31 octobre avec psychologues et témoignages. Sa subvention de 10 000 euros n'était pas encore versée en août, et un seul GEM de Cavani suit 271 adhérents.

Version audio
Partager
Santé mentale après Chido, des musiciens et des bénévoles tiennent l'écoute dans les villages
Photo : Dzaoudzi, Mayotte - panoramio — franek2, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Dimanche 18 octobre, à Mtsangamboua, des psychologues ont partagé l'espace avec des masseurs, des professeurs de yoga et des éditeurs de livres sur le bien-être. Entre deux morceaux de musique, des habitants ont pris le micro pour raconter leur Chido. C'était la première étape du Mila Zema, un événement itinérant organisé jusqu'au 31 octobre par l'association Zikalaf, qui doit passer ensuite par Pamandzi le 24, Passamaïnty le 25 et Sohoa le 31, selon Mayotte la 1ère.

Le président de l'association, El Had Dahalani, ne cache pas ce qui a motivé la démarche. « Quand il y a eu Chido, on a beaucoup misé sur les moyens de la reconstruction des écoles et des maisons, mais sur le côté humain, même si des choses ont été faites, dans l'association on s'est dit qu'il fallait donner plus de moyens à la population de partager », a-t-il expliqué à la chaîne. Près de deux ans après le cyclone, ce sont donc des musiciens et des bénévoles qui installent des espaces d'écoute dans les villages.

Dix mille euros de la DAC, versement « en cours » en août

Le projet a une histoire que Mayotte Hebdo racontait le 17 août. Mila Zema signifie à peu près « la culture au service du bien-être », et il est né de l'utende, l'art oratoire mahorais remis au goût du jour par le musicien El-Had. L'été dernier, des ateliers d'écriture, de chant, de percussions et d'arts plastiques ont permis aux participants de traduire leur expérience du cyclone en textes, en sons ou en images, avec une cinquantaine de personnes à chacune des sessions de deux jours à Bandraboua et à Chiconi. Les créations de l'été servent de matière aux journées d'octobre.

Le financement a suivi bien plus lentement, et certaines intercommunalités ont même refusé de soutenir le projet en invoquant un manque de moyens, selon le même article. La Direction des affaires culturelles avait accordé 10 000 euros, mais le versement était encore « en cours » alors que deux étapes avaient déjà eu lieu, et les organisateurs avançaient les frais en limitant leurs dépenses. L'ARS, qui ne finance pas directement l'opération, a proposé d'y ajouter le volet bien-être et met les organisateurs en relation avec des professionnels. Nous ignorons si les fonds ont été versés depuis.

On voit là quelle place la reconstruction accorde à la santé mentale. Une école détruite donne lieu à un marché public, un calendrier et une inauguration, alors que la souffrance psychique collective se traite par appels à projets ponctuels, avec des associations qui doivent prouver leur utilité événement par événement. La DAC aurait d'ailleurs indiqué aux organisateurs, d'après Mayotte Hebdo, ne pas aimer financer des événements « one shot », ce qui a conduit à découper le projet en deux temps.

Place de la République, 271 adhérents et des moyens limités

Le besoin dépasse largement les quatre dates du Mila Zema. Le 16 octobre, Le Journal de Mayotte rendait compte d'une exposition des groupes d'entraide mutuelle (GEM) sur la place de la République, à Mamoudzou. Le GEM Ouvoimoja Wa Autisme compte 271 adhérents dans son groupe de Cavani, et l'association doit parfois aller au-delà de son rôle sans disposer des moyens nécessaires, selon le journal, qui a interrogé sa coordinatrice, Daniati Halidi. Ces structures sont normalement destinées à des personnes dont l'état est stabilisé, mais elles accueillent aussi, faute de solutions sur le territoire, des personnes qui ont encore besoin d'un accompagnement important. « Comme avec Chido où on a tous été touchés ! », rappelle Daniati Halidi.

Le Projet territorial de santé mentale, que l'ARS arrête pour cinq ans, devrait intégrer explicitement le traumatisme de Chido, avec une ligne de crédits pluriannuelle pour les actions de proximité comme le Mila Zema et pour les GEM qui débordent. La DAC et l'ARS gagneraient à monter un appel à projets commun, unique, réglé avant le début des actions, pour que les associations n'aient plus à avancer l'argent public. Les intercommunalités qui ont décliné cet été pourraient au moins prêter des salles, du matériel et du transport pour les personnes âgées, encore peu présentes lors des premières dates.

Les prochaines haltes du Mila Zema sont fixées au samedi 24 octobre à Pamandzi et au dimanche 25 à Passamaïnty. La dernière aura lieu à Sohoa le 31 octobre.

Sources

Cet article vous a intéressé ? Partagez-le :

Partager

La semaine de Chef Bé

Chaque samedi matin, les articles les plus lus de la semaine sur Mayotte, dans votre boîte e-mail. Gratuit, sans publicité, désinscription en un clic.

Geen reacties gevonden
Annoncez sur Chef Bé dès 5 €, votre marque devant tout MayotteAnnonce Chef Bé