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Seize millions d'euros donnés après Chido attendent encore, freinés par le foncier mahorais

La Fondation de France a dépensé 28 des 44,4 millions collectés pour Mayotte, dont 7,6 millions pour la reconstruction. Ses règles exigent désormais une documentation sur la propriété avant toute réhabilitation, ce qui renvoie l'État à sa responsabilité sur le foncier.

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Seize millions d'euros donnés après Chido attendent encore, freinés par le foncier mahorais
Photo : Cyclone Chido Pummels Mayotte (153708 - lrg) — NASA, Domaine public, via Wikimedia Commons

Le 30 octobre 2026, Mayotte la 1ère a publié le point d'étape que les donateurs attendaient. Sur les 44,4 millions d'euros confiés à la Fondation de France après le cyclone Chido, 28 millions ont été dépensés, soit 63 % de l'enveloppe. La reconstruction proprement dite en a reçu 7,6 millions. Environ 16,4 millions restent à dépenser, près de deux ans après le passage de Chido, le 14 décembre 2024.

Une collecte record, décaissée par étapes

La collecte a réuni plus de 340 000 donateurs, selon les lignes directrices publiées par la fondation pour 2026. À la date du 1er novembre 2025, 19 millions d'euros avaient été engagés au profit de 238 projets associatifs. Parmi eux, 31 relevaient de la reconstruction « de façon durable », contre 107 pour l'éducation, la culture et le sport, 39 pour l'eau et l'alimentation, 31 pour la santé et 30 pour la relance économique.

Sur le terrain, à Ouangani, les Compagnons bâtisseurs ont refait la toiture d'une case SIM et ajouté une isolation thermique, pour 35 000 euros, et une vingtaine de maisons de la commune sont concernées par ce programme jusqu'en 2028. La fondation dit soutenir plus de 300 maisons au total. Le CAUE a réalisé le diagnostic de près de 200 établissements publics dans huit communes du sud, Soliha participe à la réhabilitation d'une centaine d'habitats privés de familles précaires, et Actes et Cités sécurise des habitations à flanc de colline dans le quartier Mahabourini, à Kawéni.

Fin 2025, la fondation a changé de règles. Ses lignes directrices pour 2026 excluent désormais « la reconstruction intégrale de bâti neuf » et toute réhabilitation « sans documentation sur la propriété du foncier et du bâti ni sur les foyers sélectionnés ». Le même document justifie ce virage par l'évolution des besoins et par « la diminution progressive des fonds disponibles ». Le fonds reste réservé aux associations, les pouvoirs publics n'y sont pas éligibles.

Les chiffres

  • 44,4 millions d'euros collectés après Chido, une somme record pour la fondation (Mayotte la 1ère, 30 octobre 2026)
  • 28 millions dépensés, dont 7,6 millions pour la reconstruction (Mayotte la 1ère)
  • Environ 16,4 millions encore à dépenser (Mayotte la 1ère)
  • 238 projets soutenus et 19 millions engagés au 1er novembre 2025 (Fondation de France, bilan à un an)
  • 35 000 euros pour remettre en état une case SIM à Ouangani (Mayotte la 1ère)

Le cadastre freine les dons comme les chantiers publics

Les 7,6 millions consacrés à la reconstruction représentent un peu plus d'un quart des sommes dépensées et environ 17 % de la collecte. Les donateurs de décembre 2024 avaient donné devant des images de toits arrachés. Dans le bilan de la fondation à un an, la reconstruction ne comptait que 31 projets, quand l'éducation, la culture et le sport en totalisaient 107.

La fondation explique elle-même une partie de cette lenteur. Karine Meaux, sa directrice des urgences, invoque des « contraintes foncières, assurantielles et administratives assez lourdes ». Son communiqué de décembre 2025 citait déjà « autorisations, assurances, démarches foncières ». La règle posée pour 2026, qui exige une documentation sur la propriété avant de financer une réhabilitation, risque d'écarter de fait les maisons bâties sur des terrains jamais titrés.

Cette prudence se comprend, car une fondation comptable envers plus de 340 000 donateurs ne peut pas payer une toiture sur une parcelle que son occupant risque de perdre demain. À Mayotte, elle produit pourtant un effet que je juge lourd. Les associations financées par les dons butent, à mes yeux, sur le même manque d'actes que les chantiers publics de l'île. Le blocage tient le plus souvent à un document que la puissance publique est la mieux placée pour délivrer.

En renonçant au bâti neuf et en exigeant que l'auto-construction soit menée « en lien avec les dispositifs de droit commun (aides publiques disponibles) », la fondation règle aussi son action sur le rythme des guichets de l'État, dont les retards se répercutent sur l'emploi des dons.

La transparence comme contrepartie

Le bilan à un an présente des catégories et des exemples, sans détail des montants par projet et par commune. Sur 44,4 millions d'euros de dons, les Mahorais sont en droit de savoir où chaque enveloppe a été posée. Le comité d'experts chargé de répartir l'argent s'est réuni plus de trente fois en un an, selon les lignes directrices, et ses arbitrages ne sont connus que par grandes masses. La députée Estelle Youssouffa a d'ailleurs exigé, selon Mayotte la 1ère, la présence de Mahorais au sein du comité qui décide de l'attribution des aides.

Ce que répondent les autres

Karine Meaux, directrice des urgences de la Fondation de France, a déclaré à Mayotte la 1ère : « Je travaille dans les urgences depuis plus de 25 ans, la reconstruction post-catastrophe naturelle est toujours lente. » Elle explique que la première année est « très souvent consacrée à des analyses territoriales » et cite la question de savoir si l'on dispose de « tous les documents qui nous permettent d'intervenir sur un bâti dans le respect de la loi ». La députée Estelle Youssouffa, de son côté, a dit avoir « du mal à comprendre pourquoi la fondation est aussi lente à décaisser », tout en précisant que « le sujet ce n'est pas que la FDF se substitue au gouvernement ». Aucune réaction publique de la préfecture de Mayotte sur le volet foncier de ce dossier n'a été trouvée à la date de publication.

Avant le deuxième anniversaire du cyclone

La lenteur reprochée à la fondation tient aussi au retard du foncier, qui relève d'abord de la puissance publique. Une bonne part des 16,4 millions restants ne partira pas plus vite tant que les familles ne pourront pas documenter qu'elles habitent chez elles.

Je demande au préfet de Mayotte de proposer, avec les maires, un document d'occupation reconnu par l'État qui permette aux associations financées par des dons d'intervenir sur un logement existant sans attendre le titre définitif. Les règles de la fondation font de cette documentation la condition de son action.

J'attends aussi de la direction générale de la Fondation de France qu'elle publie d'ici au deuxième anniversaire du cyclone, le 14 décembre 2026, la liste complète des projets financés à Mayotte avec leur montant, leur commune et leur état d'avancement. Son communiqué de décembre 2025 promettait de rendre compte des actions menées grâce aux donateurs. Cette liste permettrait de vérifier sur pièces le reproche de lenteur.

Sources

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