Société

Sept mille euros pour surveiller les bus de Majicavo, la prévention de la délinquance se finance au compte-gouttes

La préfecture a publié le 13 octobre 21 arrêtés du fonds interministériel de prévention de la délinquance, pour 180 000 euros au total. La moitié finance six conseils locaux de prévention, le reste des associations, par tranches de 3 000 à 11 000 euros.

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Sept mille euros pour surveiller les bus de Majicavo, la prévention de la délinquance se finance au compte-gouttes
Photo : Mamoudzou Kaweni 150402 — Vincent Clavier, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons

Le conseil citoyen de Majicavo recevra 7 000 euros pour surveiller les bus. Chiconi FM touchera 6 000 euros pour lancer un journal télévisé fait pour les jeunes. Emmaüs Connect obtient 11 000 euros contre le cyberharcèlement, et la fondation OLEMI 3 000 euros pour les jeunes médiateurs d'Ongojou. Ces montants figurent dans les 21 arrêtés publiés le mardi 13 octobre par la préfecture au titre du Fonds interministériel de prévention de la délinquance, le FIPD, détaillés par L'info Kwezi. Leur total atteint 180 000 euros pour toute l'île.

Ce même mardi, 150 policiers et gendarmes menaient une opération de sécurisation et de contrôle à Vahibé. Le préfet a fait état de trois blessés sérieux dans les rangs de la police, dont un policier gravement touché au visage, selon L'info Kwezi, sans que les circonstances ni le bilan des interpellations aient été précisés. La coïncidence des dates est fortuite, mais elle rappelle qu'à Mayotte la politique de sécurité passe aussi par des subventions de quelques milliers d'euros, dont on parle beaucoup moins que des opérations de police.

La moitié de l'enveloppe pour les conseils locaux

En additionnant les arrêtés, on voit où va l'argent. Kani-Kéli, Ouangani, Tsingoni, Mtsamboro et Dembéni reçoivent chacune 15 000 euros pour leur conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance, le CLSPD, tout comme la communauté de communes de Petite-Terre. Ces six dotations représentent 90 000 euros, la moitié du total. Le reste se répartit entre des communes et des associations, par tranches de 3 000 à 11 000 euros. Bandraboua obtient 7 000 euros pour deux actions, « Bienvenue chez vous » et un « Tournoi citoyen ». Mamoudzou reçoit 5 000 euros pour son « Parcours jeunesse », autant que Chirongui pour son « Chantier rebond ». À Dembéni, le Partisan Basket Club et l'association Ongojou Vigilant touchent 7 000 euros chacun. Une association de Tsingoni obtient 8 000 euros pour l'insertion numérique, le CCAS de Dzaoudzi 7 000 euros, une association de Nyambadao autant, Valiha Initiatives Engagées à Acoua et Tarehi Tsika à Mtsangadoua 5 000 euros chacune.

Financer des CLSPD a du sens, puisque ces instances réunissent le maire, le préfet, la justice, l'Éducation nationale et les associations autour d'un même diagnostic, et qu'une commune dotée d'un conseil qui fonctionne sait mieux quoi demander. On aimerait savoir pourtant ce que ces conseils ont produit l'an dernier. Combien se sont réunis, avec quel plan d'action, et quelles actions ont été menées jusqu'au bout ? Les arrêtés n'en disent rien, et ce n'est pas leur rôle. La préfecture peut en revanche demander à chaque CLSPD financé de publier en ligne, au printemps 2027, un bilan d'une page indiquant ses réunions, ses actions et ses résultats, avant de reconduire 15 000 euros par commune.

Des relais de quartier payés tard

Les petites sommes versées aux associations sont souvent les mieux employées, parce qu'elles paient des personnes connues dans le quartier. Le conseil citoyen de Majicavo qui surveille les bus, les jeunes médiateurs d'Ongojou ou un club de basket qui garde des adolescents sur un terrain le samedi soir agissent là où la police n'est pas, et avant que les choses tournent mal, mais le calendrier joue contre eux. Une subvention annuelle de 5 000 ou 7 000 euros notifiée à la mi-octobre arrive tard, et une association qui a démarré son action en début d'année aura dû en avancer les frais sans certitude d'être payée. Avec des conventions de trois ans signées avec les associations les plus actives et versées en début d'année, les jeunes médiateurs ou les surveillants de bus sauraient en janvier qu'ils seront payés en décembre. Faute de cette visibilité, les bénévoles qui tiennent ces actions finissent par s'épuiser.

Les habitants de Vahibé, qui ont vu leur route bloquée mardi, attendent de l'État qu'il rétablisse l'ordre, et personne ne leur proposera un tournoi citoyen à la place. La prévention demande des années avant de produire un effet, et quatorze des dix-sept communes de l'île apparaissent dans cette série d'arrêtés avec des montants qui permettent au mieux de payer quelques vacations. Le Département et les communes de Mamoudzou et Koungou, qui concentrent une large part de la population, peuvent abonder ces enveloppes, en commençant par la sécurité des transports scolaires, où la présence d'adultes connus des élèves change l'ambiance d'un trajet.

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