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Six hommes condamnés pour la traversée de 74 migrants partis de Tanzanie, les organisateurs n’étaient pas dans le box

Le tribunal correctionnel de Mamoudzou a prononcé des peines de trois à huit ans. Deux passagères ont déclaré avoir été exploitées pendant le voyage, et rien n’a été dit de leur prise en charge ni de celle des quatorze enfants.

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Six hommes condamnés pour la traversée de 74 migrants partis de Tanzanie, les organisateurs n’étaient pas dans le box
Photo : Kwassa Kwassa — Ikissai, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Le 6 mars 2025, vers 1 h 30 du matin, un kwassa est repéré au large de Mayotte avec 36 personnes à bord, dont neuf femmes et quatorze enfants. Moins de deux heures plus tard, la police aux frontières intercepte une seconde embarcation qui en transporte 38. Aucun passager ne dispose d’équipement de sécurité. Les deux barques avaient été mises à l’eau depuis un boutre, le Kiroho Safi 5, parti de Tanzanie et intercepté par la frégate de surveillance Nivôse dans le cadre de l’opération interministérielle Requin, selon le récit de l’audience publié par Mayotte Hebdo.

Près de vingt mois plus tard, le tribunal correctionnel de Mamoudzou a condamné six hommes venus des Comores ou de Tanzanie pour aide à l’entrée irrégulière d’étrangers dans des conditions les exposant à un risque immédiat de mort. Le jugement a été rendu le 27 octobre selon Mayotte Hebdo, et le parquet général de Saint-Denis et le parquet de Mamoudzou l’ont annoncé dans un communiqué daté du 28 octobre, repris par Mayotte la 1ère. Huit ans de prison pour celui que le tribunal a considéré comme le recruteur et l’encadrant des pilotes, sept ans pour le commandant du boutre, six et trois ans pour les deux pilotes, quatre ans pour chacun des deux autres membres d’équipage. Toutes sont assorties d’une interdiction définitive du territoire français et du maintien en détention, le tribunal ayant suivi les réquisitions du ministère public.

La justice a fait son travail sur les hommes qu’elle avait devant elle. Le procureur a parlé à l’audience d’un « cimetière sous-marin » pour désigner le bras de mer qui sépare Mayotte des Comores. Ce jugement laisse pourtant dans l’ombre les organisateurs de la filière, et ses victimes.

Les organisateurs hors du box

Le communiqué du parquet, tel que le rapporte Mayotte la 1ère, décrit le principal condamné comme celui « qui assurait la liaison entre les organisateurs de la filière et les exécutants ». Il existe donc, au-dessus de lui, des organisateurs que ce procès ne visait pas, d’après les comptes rendus disponibles. L’information judiciaire a mis au jour une filière structurée entre la Tanzanie, les Comores et Mayotte, dans laquelle chacun avait un rôle, du recrutement des pilotes à la logistique. Les auditions et l’exploitation des téléphones ont permis de reconstituer le trajet, avec des embarquements progressifs sur les côtes tanzaniennes, notamment à Dar es-Salaam.

À l’audience, plusieurs prévenus ont décrit une situation que l’on retrouve souvent dans ce type de dossier. Un pilote a expliqué avoir accepté la traversée pour payer les soins de sa mère et de son épouse. « À l’hôpital, là-bas, rien n’est gratuit », a-t-il déclaré, selon Mayotte Hebdo. Le commandant du boutre a demandé pardon et dit être sans nouvelles de ses proches, tandis que le principal condamné a nié jusqu’au bout tout rôle d’organisateur. Le procureur, lui, a évoqué une filière exploitant des migrants venus de la région des Grands Lacs africains, et des personnes qui cherchent à « faire du profit sur la misère humaine ».

Les peines prononcées visent les exécutants et leur intermédiaire. Je ne conteste pas leur responsabilité, que le tribunal a établie. Mais la répression ne réduira les départs que si elle remonte vers ceux qui financent les boutres et encaissent le prix des places. L’information judiciaire a déjà reconstitué une partie de la filière. Il serait utile que le parquet dise publiquement si l’enquête se poursuit en direction des organisateurs, et si une coopération judiciaire avec la Tanzanie et les Comores a été sollicitée.

Deux femmes disent avoir été exploitées

Le second angle mort concerne les passagers. Mayotte Hebdo rapporte que deux femmes ont déclaré à l’enquête avoir été embarquées pour se prostituer pendant le voyage, en contrepartie de leur traversée. Ces déclarations, faites dans le cadre de la procédure, décrivent une exploitation qui dépasse le simple passage clandestin. Les comptes rendus disponibles ne disent pas si elles ont été reconnues comme victimes, ni quel accompagnement leur a été proposé. Ils ne disent rien non plus de ce que sont devenus les quatorze enfants du premier kwassa.

Une femme exploitée pendant une traversée a droit à une protection, quelle que soit sa situation administrative. Le droit français prévoit des dispositifs pour les victimes de traite et d’exploitation sexuelle, et Mayotte n’en est pas exclue. Le 27 octobre, la commune de Chirongui a d’ailleurs signé avec l’association Mlézi Maoré une convention pour accompagner les femmes victimes de prostitution, comme l’a rapporté Mayotte la 1ère. Les acteurs existent sur le territoire. Encore faut-il que les victimes repérées dans une procédure pénale leur soient adressées.

Le parquet de Mamoudzou a communiqué sur ce jugement le 28 octobre. Les comptes rendus de ce communiqué ne disent rien de l’enquête sur les organisateurs, ni de la prise en charge des deux femmes qui ont déclaré aux enquêteurs avoir été exploitées pendant la traversée.

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