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Six mois après le « choc de sécurité » de Kingia, Bandrélé revit ses nuits de barrages et de feu

Route barrée entre Dapani et M'tsamoudou, gendarmes visés, transformateur incendié et école privée de courant. Au printemps, l'État promettait des « effets durables » après deux mois d'opération Kingia, mais aucun bilan final n'a été rendu public.

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Six mois après le « choc de sécurité » de Kingia, Bandrélé revit ses nuits de barrages et de feu
Photo : Dapani — Frédéric Ducarme, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Un arbre couché en travers de la route, des flèches plantées dans la carrosserie d'une voiture, un transformateur en flammes. Ces deux nuits de violences dans le sud de Bandrélé surviennent quelques mois après une opération de police très annoncée. Au printemps, l'État promettait aux Mahorais un « choc de sécurité » de deux mois suivi d'« effets durables ». Six mois plus tard, je cherche encore où ces effets sont mesurés, et aucun bilan final n'a été rendu public.

Deux nuits sur la route de Dapani

Selon L'info Kwezi, le dimanche 25 octobre au soir, une quarantaine de jeunes ont bloqué la route entre Dapani et M'tsamoudou avec un arbre abattu. Des projectiles ont été lancés sur les automobilistes. Un conducteur a reçu un coup de couteau au bras, une blessure décrite comme superficielle, et s'est fait voler son téléphone. Des flèches se sont fichées dans le véhicule d'une famille, qui a pu repartir. Après la dispersion du groupe, une vingtaine de personnes ont visé les gendarmes près du stade de M'tsamoudou et brisé une vitre. Le média évoque aussi des affrontements la nuit précédente dans la même commune.

La nuit suivante, du 26 au 27 octobre, un transformateur électrique a été incendié à M'tsamoudou, en marge d'affrontements entre bandes rivales, rapporte Mayotte la 1ère. Électricité de Mayotte confirme un incendie volontaire et a déposé plainte. Entre 100 et 150 clients ont été privés de courant jusque vers 7 heures, selon l'opérateur. La mairie de Bandrélé indique qu'une partie du village, dont l'école élémentaire, restait sans électricité le mardi matin. Des aires de repos installées par le Conservatoire du littoral entre Dapani et M'tsamoudou ont également brûlé. Une réunion s'est tenue entre la municipalité et les forces de l'ordre.

La commune connaît ces scènes depuis des mois. Le 9 avril, L'info Kwezi décrivait déjà une nuit de violences à Bandrélé, des obstacles incendiés sur la chaussée, un véhicule brûlé et deux gendarmes blessés, l'un d'eux avec une fracture à la main. Le 28 avril, Mayotte la 1ère rapportait que l'école élémentaire de M'tsamoudou, qui accueille 300 élèves, avait été saccagée pendant un week-end.

Les chiffres

  • 100 à 150 clients privés d'électricité à M'tsamoudou dans la nuit du 26 au 27 octobre (Électricité de Mayotte, via Mayotte la 1ère)
  • Une quarantaine de jeunes sur la route entre Dapani et M'tsamoudou le 25 octobre au soir (L'info Kwezi)
  • 2 gendarmes blessés lors de la nuit de violences du 9 avril à Bandrélé (L'info Kwezi)
  • 467 personnes interpellées au 22 mai 2026 dans le cadre de l'opération Kingia (préfet de Mayotte, via Mayotte la 1ère)
  • 280 à 300 policiers et gendarmes mobilisés chaque jour pendant l'opération (même source)

Le « choc » d'avril n'a pas laissé de mode d'emploi

L'opération Kingia a été lancée en avril. Le 10 avril, le préfet de l'époque, François-Xavier Bieuville, déclarait : « L'objectif, c'est d'avoir un choc de sécurité pendant deux mois, pour obtenir ensuite des effets durables. » L'État annonçait près de cent renforts, soixante policiers et un escadron de gendarmerie, avec une cible fixée par le ministre, soixante-dix chefs de bande à interpeller.

Le 22 mai, à Kawéni, le préfet Frédéric Poisot et le procureur de la République Guillaume Dupont présentaient un premier bilan, selon Mayotte la 1ère. On y trouvait 467 interpellations, 429 gardes à vue, 160 déferrements, plus de 70 comparutions immédiates et 65 mandats de dépôt. Pour les chefs de bande, le préfet affirmait que « l'objectif a été dépassé », sans avancer de chiffre précis. Il disait ne pas s'interdire de nouveaux modes d'action, à dévoiler plus tard.

Depuis, je n'ai trouvé dans les communications publiques aucun bilan final de Kingia et aucune date de fin officielle. Les chiffres de mai mesurent l'activité des services, et c'est leur rôle. Ils ne disent pas aux Mahorais si les faits de violence ont reculé, commune par commune, dans la durée.

À Bandrélé, les barrages enflammés de la nuit d'avril et ceux d'octobre se ressemblent beaucoup, à six mois d'écart, dans la même commune du sud. Les dégâts de ces dernières nuits touchent des équipements collectifs, avec un transformateur incendié volontairement selon EDM, une école élémentaire privée de courant et des aires de repos du Conservatoire du littoral brûlées.

Je reproche à l'État de traiter le sud de l'île par à-coups, avec des objectifs chiffrés au lancement des opérations et aucun indicateur de résultat publié ensuite, territoire par territoire. Sans ces données, les élus de Bandrélé et ses habitants n'ont aucun moyen de savoir ce qui a fonctionné.

Ce que répondent les autres

Selon Mayotte la 1ère, les forces de l'ordre réunies avec la mairie de Bandrélé ont affirmé leur volonté d'être présentes pour répondre à ces troubles. L'adjointe au maire Fatima Ali-Abdallah a déclaré : « Ces violences affectent toute la commune, mais la situation a empiré à M'tsamoudou ces trois derniers jours. » Électricité de Mayotte a déposé plainte. Sur l'opération Kingia, le préfet Frédéric Poisot jugeait en mai les résultats « plutôt positifs », et le procureur Guillaume Dupont disait avoir voulu « une réponse urgente, forte et lisible ». Aucune réaction publique de la préfecture de Mayotte sur les violences de M'tsamoudou n'a été trouvée à la date de publication.

Bandrélé a droit à des comptes

Nous, Mahorais, attendons pour le sud de Grande-Terre une présence régulière dont on connaisse les moyens et les résultats.

Je demande au préfet de Mayotte de publier le bilan final de l'opération Kingia, avec, pour chaque commune, l'évolution des faits de violence constatés avant et après l'opération et les suites judiciaires données aux interpellations. Je lui demande aussi de présenter à la commune de Bandrélé, avant le 30 novembre, le dispositif prévu sur l'axe qui relie Dapani, M'tsamoudou et Hamouro, avec ses effectifs et sa durée.

Je demande enfin au maire de Bandrélé de réunir le conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance et d'en rendre public le compte rendu. L'école élémentaire de M'tsamoudou a perdu le courant le 27 octobre, et ses 300 élèves doivent savoir avant la fin de la semaine qui protège leur bâtiment.

Sources

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