Écologie et environnement

Soixante largages sur Jimawéni, et quatre déclarations de brûlage pour toute l’année 2025

Vingt hectares de végétation ont brûlé jeudi à Sada et Mbouanatsa. La DAAF préparait en juillet un arrêté d’interdiction temporaire du feu, et la déclaration des brûlages agricoles reste presque inutilisée.

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Soixante largages sur Jimawéni, et quatre déclarations de brûlage pour toute l’année 2025
Photo : Forêt du Mont Choungui, Mayotte — LOPEZ André, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Soixante largages d’eau au-dessus de Jimawéni, dans la commune de Sada, pour un seul feu. C’est le chiffre que rapporte Mayotte la 1ère à propos de la journée du jeudi 29 octobre, quand l’hélicoptère bombardier d’eau a tourné jusqu’au soir sans venir à bout des flammes. Dix hectares y sont partis en fumée. Dix autres à Mbouanatsa. Bandrélé brûlait encore à la nuit tombée, après une journée où une quarantaine de sapeurs-pompiers et une dizaine d’engins avaient déjà éteint des départs de feu à Ongojou, Kwalé, Kawéni et Mzouasia.

La chaîne publique ajoute, selon ses informations, que ces incendies sont en grande partie dus à la culture sur brûlis. Le préfet le disait déjà le 21 juillet à Ouangani, au lancement de la saison des feux, devant les camions-citernes et les drones du SDIS. Neuf feux sur dix sont d’origine humaine, avait-il rappelé, en citant des pratiques agricoles inadaptées et des défrichements liés à des installations irrégulières. Mayotte Hebdo avait détaillé ce jour-là les chiffres de la DAAF, et ils méritent d’être relus à la lumière de cette fin octobre.

Vingt hectares en une journée, vingt-six en moyenne sur une année

Entre 2014 et 2026, la surface moyenne de forêt touchée chaque année par le feu à Mayotte était de 26 hectares, agroforêts non comprises. L’île compte environ 7 200 hectares de forêts relevant du régime forestier et près de 15 000 hectares d’agroforêts. L’année 2025 avait fait exploser la moyenne, avec 160 hectares de forêt et 140 hectares d’agroforêts parcourus par les flammes, surtout de janvier à juin, une hausse que la DAAF attribuait au recours illégal au feu pour nettoyer ou reprendre des parcelles après Chido.

Les vingt hectares de jeudi ne se comparent pas terme à terme avec ces séries, puisque la nature exacte des parcelles brûlées à Jimawéni et Mbouanatsa n’a pas été précisée. L’ordre de grandeur inquiète pourtant, puisqu’en une seule journée deux foyers ont consumé presque autant de végétation que ce que l’île perdait en forêt au cours d’une année ordinaire, et la saison n’est pas finie. Les pluies ne sont pas encore installées et beaucoup de parcelles se préparent encore pour les semis.

Je ne crois pas que la réponse soit d’abord du côté du ciel. L’hélicoptère, financé par une enveloppe de 500 000 euros annoncée en juillet et équipé d’une poche d’environ 600 litres remplie d’eau de mer, fait ce pour quoi il a été choisi. Il attaque vite, sur des reliefs où les hommes doivent monter à pied et où les bouches d’incendie manquent. Le SDIS avait d’ailleurs écarté l’idée d’un Canadair, jugé dangereux au-dessus d’un habitat aussi dense. Mais un appareil qui largue soixante fois sur le même feu signale surtout que l’incendie a eu tout le temps de grandir avant son arrivée.

Quatre déclarations de brûlage pour toute l’année 2025

Seules quatre déclarations d’incinération de végétaux coupés ont été déposées en 2025, selon les données présentées en juillet. Depuis 2017, l’usage du feu est pourtant encadré sur toute l’île. Les feux courants sont interdits toute l’année, l’abattis-brûlis et la fabrication de charbon de bois exigent une autorisation préalable, et le brûlage de végétaux coupés doit être déclaré entre juillet et décembre, par vent inférieur à 20 km/h, sous surveillance constante et avec de quoi éteindre à portée de main.

Quand une règle produit quatre déclarations sur une île où le brûlis reste la manière ordinaire de préparer un champ, elle ne fonctionne pas. Les agriculteurs mahorais ne la connaissent pas, ou ils n’ont aucune raison pratique de la suivre. La prévention repose aujourd’hui sur des affiches et des discours de début de saison, alors que la décision d’allumer se prend sur la parcelle, un matin, en fonction du vent et du calendrier des cultures.

La DAAF préparait en juillet un arrêté permettant d’interdire temporairement tout usage du feu lors de circonstances exceptionnelles. Une journée comme celle du 29 octobre, avec des foyers simultanés dans le centre, le nord-est et le sud de Grande-Terre, correspond assez bien à l’idée qu’on se fait d’une circonstance exceptionnelle. Si ce texte est prêt, il doit servir maintenant. S’il ne l’est pas, la préfecture doit dire pourquoi, trois mois après l’avoir annoncé.

Un broyeur par village agricole

La mesure la plus urgente coûte peu. Rendre la déclaration de brûlage possible en mairie ou par simple message, avec un accusé de réception et un rappel de la météo du jour, ferait sortir le dispositif de la clandestinité administrative où il se trouve. Les pompiers sauraient alors où un feu agricole est prévu, et à quelle heure.

Changer les pratiques demande un effort plus long, qui relève autant du Département que de l’État. Le brûlis survit parce qu’il est gratuit et rapide. Un broyeur partagé par village agricole, une aide au paillage, un technicien qui passe sur les parcelles en septembre changeraient davantage les pratiques qu’un communiqué en juillet. Mayotte reconstruit ses vergers après Chido, et cette reconstruction se fera avec ou sans le feu selon les outils mis à disposition des cultivateurs.

Il manque aussi des chiffres. Le SDIS comptait 95 feux de toutes natures entre janvier et juillet. Personne ne sait, à la fin octobre, combien d’hectares ont brûlé depuis, ni dans quelles communes. Un bilan public de la saison, commune par commune, avec la part de forêt et la part d’agroforêt, permettrait aux maires et aux associations de cibler leurs efforts.

Sources

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