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Soixante pompiers sur les feux et un conseil d'administration du Sdis reporté faute d'élus

Près de 350 hectares ont brûlé à Mayotte depuis juillet. Pendant que les équipes du Sdis marchent des kilomètres vers les lisières, la séance budgétaire du 4 novembre a été reportée faute de quorum, selon le syndicat SNSPP-PATS.

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Soixante pompiers sur les feux et un conseil d'administration du Sdis reporté faute d'élus
Photo : Forêt du Mont Choungui, Mayotte — LOPEZ André, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Le mercredi 4 novembre, le conseil d'administration du service départemental d'incendie et de secours (Sdis) de Mayotte devait examiner une décision modificative de son budget. La séance a été reportée faute de quorum, selon Ahmed Allaoui, président à Mayotte du syndicat SNSPP-PATS et chef de centre, interrogé par Mayotte la 1ère le 6 novembre. D'après lui, seuls quelques élus, dont le président de l'établissement, avaient fait le déplacement. « Nos élus ne prennent pas leur responsabilité pleine et entière », a-t-il déclaré, et je partage ce constat.

Une saison de feux hors norme

Les chiffres de la saison ont été présentés par la préfecture lors d'une réunion exceptionnelle de la sous-commission départementale pour la sécurité contre les risques d'incendies de forêt, rapportée par Mayotte la 1ère le 5 novembre. Depuis juillet, environ 350 hectares de végétation ont brûlé et 530 incendies ont été recensés. Le record de 2025, 288 hectares, est déjà dépassé. Le feu du massif du Bénara, à Bandrélé, représente à lui seul près de 100 hectares. L'hélicoptère bombardier d'eau a effectué 500 largages.

Dans un bilan rapporté le 3 novembre par Mayotte la 1ère, le colonel Patric Clerc, directeur du Sdis, comptait 9 feux simultanés le samedi 31 octobre, 13 le dimanche et 15 le lundi. Il engageait alors 14 camions et une soixantaine de pompiers, sur une garde quotidienne d'environ 70 agents. Les équipes travaillent de 6 heures à la tombée de la nuit, puisque l'intervention nocturne en massif est jugée trop dangereuse. Abdallah Bamana Salas, représentant du personnel, signalait que la caserne de Pamandzi était appelée en renfort jusqu'à Bouéni et que la restauration des agents en souffrait.

Dans son entretien du 6 novembre, Ahmed Allaoui décrit des agents épuisés, obligés de marcher plusieurs kilomètres pour atteindre les lisières, et deux blessés dans son équipe. Il appelle les pouvoirs publics à faciliter l'accès aux massifs. L'article de Mayotte la 1ère rappelle aussi que la défense extérieure contre l'incendie, c'est-à-dire les points d'eau utilisables par les secours, relève des collectivités.

Les chiffres

  • Environ 350 hectares brûlés et 530 incendies depuis juillet 2026 (préfecture, citée par Mayotte la 1ère, 5 novembre)
  • 288 hectares brûlés en 2025, record déjà dépassé (Mayotte la 1ère, 5 novembre)
  • Une soixantaine de pompiers et 14 camions engagés le 3 novembre, pour une garde d'environ 70 agents (Sdis, cité par Mayotte la 1ère)
  • 500 largages de l'hélicoptère bombardier d'eau depuis le début de la saison (préfecture, citée par Mayotte la 1ère, 5 novembre)
  • 500 000 euros annoncés en juillet pour le recours à cet hélicoptère (Mayotte Hebdo, 24 juillet 2026)

Le budget se décide autour d'une table

Un Sdis est un établissement public, et son budget, dont dépendent largement les conditions de travail des pompiers, est voté par un conseil d'administration où siègent des élus locaux. Le préfet dirige les opérations, et ce conseil vote les crédits dont dépendent notamment les recrutements et les repas des équipes de garde. Une décision modificative sert à ajuster les crédits en cours d'année lorsque les dépenses s'écartent du budget voté, ce qui risque fort d'arriver après une saison ayant déjà dépassé le record de 2025.

Je ne connais pas le contenu de la décision modificative, que le Sdis n'a pas rendu public à ma connaissance. Avec ce report, les agents ne savent ni ce qui était prévu pour eux ni quand le conseil votera. Pendant ce temps, la garde n'a pas bougé et les brûlis continuent en fin de semaine, surtout entre 11 heures et 14 heures selon la préfecture.

En juillet, lors du lancement de la saison au siège du Sdis, à Ouangani, élus et préfet avaient présenté drones thermiques, camions-citernes et projet d'hélicoptère. Le président du conseil d'administration promettait que « cette dynamique de projet ne s'arrête pas là », selon Mayotte Hebdo. Mercredi, le président a bien siégé, mais trop peu d'administrateurs l'ont rejoint pour que le conseil puisse voter la suite de ce programme.

Les points d'eau, affaire des maires

Sur les points d'eau, ce sont bien les communes qu'il faut viser. L'article L. 2213-32 du code général des collectivités territoriales dispose que « le maire assure la défense extérieure contre l'incendie ». L'inventaire et l'entretien des points d'eau relèvent donc des mairies, ou des intercommunalités quand ce pouvoir leur a été transféré. Sur une île où l'eau du robinet manque déjà aux habitants, les pompiers devraient savoir à l'avance où remplir leurs citernes lors d'un feu de crête.

La préfecture, de son côté, annonce des contrôles renforcés, et l'Office français de la biodiversité a mené 285 contrôles depuis juillet, avec 15 interpellations. Ces mesures visent les auteurs de brûlis, et les effectifs comme les horaires des agents engagés dès 6 heures continuent de dépendre du budget voté par le conseil d'administration du Sdis.

Ce que répondent les autres

Aucune réaction publique du président du conseil d'administration du Sdis ni du Département-Région de Mayotte sur le report de la séance n'a été trouvée à la date de publication. Le directeur du Sdis, le colonel Patric Clerc, a mis l'accent le 3 novembre sur les comportements à l'origine des feux, en déclarant : « Malgré les messages de prévention, les gens continuent d'allumer des feux ». La préfecture insiste de son côté sur la vigilance de chacun, estimant que « la prévention est l'affaire de tous ».

Ce que je demande

Depuis quatre mois, les pompiers de Mayotte assurent la saison avec une garde d'environ 70 agents. Leur syndicat reproche aux élus de ne pas être venus en nombre suffisant pour voter mercredi.

Je demande au président du conseil d'administration du Sdis de convoquer une nouvelle séance avant le 20 novembre et de publier, avant cette date, le projet de décision modificative avec les sommes prévues pour les heures supplémentaires, la restauration des équipes et l'hélicoptère. Les maires de Bandrélé, Bouéni, Chirongui et Dembéni, communes les plus touchées selon la préfecture, devraient publier l'état de leurs points d'eau incendie avant le 31 décembre. Le directeur du Sdis pourrait aussi rendre public, à la clôture de la saison, le nombre d'agents blessés et d'heures effectuées depuis juillet, afin que les administrateurs aient ces données sous les yeux lors de la prochaine décision modificative.

Sources

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