Travaux

Sur l'îlot M'Tsamboro, dix bangas presque achevés attendent un paiement de 69 467 euros

Chantier arrêté depuis mai, mise en demeure sans réponse écrite depuis le 5 août, effectif passé de quinze à cinq salariés selon son directeur. La coopérative qui bâtit les abris des agriculteurs de l'îlot ne sait pas qui, de la mairie ou de l'État, doit la payer.

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Sur l'îlot M'Tsamboro, dix bangas presque achevés attendent un paiement de 69 467 euros
Photo : Plage de Mtsanga Antakoudja,îlot Mtsamboro, Mayotte, France (2023) — Leon-snyers, CC0, via Wikimedia Commons

Le décompte porte un montant au centime près, 69 467,04 euros. Selon Le Journal de Mayotte, la Coopérative du Nord BTP l'aurait déposé le 12 mars 2026 sur Chorus Pro, la plateforme par laquelle les entreprises facturent l'État et les collectivités. Sept mois plus tard, il ne serait toujours pas réglé, et les dix bangas que l'entreprise construisait sur l'îlot M'Tsamboro pour les agriculteurs et les pêcheurs de la commune restent inachevés, murs montés et toitures posées, au milieu d'un site que plus personne ne garde.

Le chantier avait été lancé en mai 2025 pour une livraison prévue en juillet 2026. Il serait arrêté depuis mai. Le directeur de la coopérative, Ali Bacari Kira, l'estime avancé à 80 % et assure au journal que les matériaux sont déjà sur l'îlot. Restent les planchers et les structures en bambou. Le marché avoisinerait 334 000 euros, et le panneau de chantier annonce un financement à 80 % par l'État et à 20 % par la commune.

Une chaîne de décision à plusieurs étages

Savoir qui doit payer devient vite compliqué. D'après les informations recueillies par Le Journal de Mayotte, le Conservatoire du littoral, propriétaire du foncier de l'îlot, aurait confié la gestion opérationnelle du projet à la mairie de M'Tsamboro. Le bureau d'études LDAUSTRAL assure la maîtrise d'œuvre et dit attendre lui aussi le règlement d'au moins huit factures. Côté État, le directeur de la coopérative affirme avoir sollicité la préfecture et le secrétariat général aux affaires régionales, qui lui auraient répondu que le dossier était suivi, avant de le renvoyer vers la mairie. Une mise en demeure envoyée à la commune le 5 août serait restée sans réponse écrite.

Entre-temps, la commune a changé d'équipe. Le maire élu au printemps, Chafion Nourdine, aurait expliqué en juillet au chef d'entreprise qu'il n'avait pas connaissance d'un chantier sur l'îlot. On peut comprendre qu'un nouvel exécutif découvre des dossiers en cours. Un marché public signé engage pourtant la collectivité elle-même, et la continuité de l'administration municipale existe précisément pour qu'un changement de majorité ne laisse pas une facture orpheline. Ni la mairie ni la préfecture n'ont répondu aux questions du journal.

Le code de la commande publique fixe à 30 jours le délai global de paiement pour l'État et les collectivités territoriales. Passé ce délai, des intérêts moratoires courent automatiquement, auxquels s'ajoute une indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement. Si le décompte a été contesté, la collectivité devait le dire par écrit et motiver son refus. Si le paiement attend des crédits de l'État qui ne sont pas arrivés, la préfecture doit le reconnaître. L'entreprise attend toujours de savoir dans laquelle de ces situations elle se trouve.

De quinze salariés à cinq

Le coût de ce silence est déjà connu, au moins côté entreprise. La coopérative employait quinze salariés avant ces difficultés. Elle n'en compterait plus que cinq, selon son directeur, qui dit ne plus parvenir à régler l'Urssaf. Cette dette sociale complique l'obtention de l'attestation de vigilance, le document que toute entreprise doit produire pour décrocher un marché public. Une petite structure du nord de l'île se retrouve ainsi menacée d'exclusion de la commande publique à cause d'un retard de paiement de la commande publique elle-même. Les fournisseurs, eux, rechigneraient désormais à livrer.

Mayotte connaît bien ce cercle. Les entreprises locales, souvent petites, n'ont pas la trésorerie pour avancer des mois de salaires et de matériaux. Chaque facture bloquée chez un donneur d'ordre public pèse plus lourd ici qu'ailleurs, et la reconstruction après Chido multiplie justement les chantiers confiés à ces entreprises. Les délais de paiement des donneurs d'ordre publics pèsent donc directement sur ce que la refondation de l'île rapportera aux artisans mahorais.

L'histoire des bangas a aussi une dimension plus discrète, presque agricole. Un prestataire de M'Tsamboro, interrogé par le journal, rappelle que ces abris devaient protéger du soleil et de la pluie les cultivatrices âgées et les pêcheurs qui travaillent sur l'îlot, où le cyclone a abattu les arbres. Il parle de produire sur place plutôt que d'importer, et des jeunes du village embauchés sur le chantier qui seraient aujourd'hui au chômage. Un premier banga témoin avait été construit avant Chido. Le projet a donc survécu au cyclone, il serait dommage qu'il ne survive pas à un circuit comptable.

Avant les pluies de novembre

Pour débloquer ce dossier, nul besoin d'étude ou d'enveloppe supplémentaire, car la somme reste modeste à l'échelle d'un budget public. La mairie de M'Tsamboro doit indiquer publiquement si le décompte du 12 mars a été validé, rejeté ou laissé en attente dans Chorus Pro, et pour quel motif. La préfecture doit dire si la part de l'État, 80 % selon le panneau, a été versée à la commune, en totalité ou en partie. Le Conservatoire du littoral, propriétaire de l'îlot, pourrait préciser ce que prévoit la convention qui le lie à la commune, car c'est sur son terrain que des ouvrages inachevés vont affronter la saison des pluies.

Le site, lui, ne peut pas attendre la fin de ces échanges. Les toitures reposent sur des structures incomplètes et les bambous sont stockés sans gardien sur un îlot exposé au vent. Chaque mois d'arrêt abîme un peu plus ce qui a été payé. Une réunion de chantier réunissant la commune, la maîtrise d'œuvre, l'entreprise et les services de l'État permettrait au minimum de sécuriser le site et de fixer une date de reprise. Une facture due doit être réglée avec les intérêts moratoires que prévoit la loi, et un refus doit être notifié par écrit, ce qui ouvrirait à l'entreprise la voie d'un recours devant le juge administratif.

La mise en demeure du 5 août attend sa réponse depuis bientôt trois mois. Le maire pourrait faire le point sur les bangas de l'îlot dès la prochaine séance publique du conseil municipal de M'Tsamboro.

Sources

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