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Sur la nationale de Kawéni, 20 000 véhicules par jour et un air que Hawa juge très mauvais

L'association de surveillance de l'air décrit un air globalement bon à Mayotte, sauf au bord des grands axes. Les particules viennent en partie de la boue séchée sur les routes, ce qui donne aux collectivités des moyens d'agir.

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Sur la nationale de Kawéni, 20 000 véhicules par jour et un air que Hawa juge très mauvais
Photo : Mamoudzou Kaweni 150402 — Vincent Clavier, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons

Vingt mille véhicules par jour. C'est le trafic moyen que Hawa Mayotte, l'association agréée de surveillance de la qualité de l'air, attribue à la route nationale qui traverse Kawéni. À quelques centaines de mètres de là, dans Kawéni village, l'air redevient correct. Le long du bitume, il est « très mauvais », selon le bilan dressé par l'ingénieur Nils Paragot pour Mayotte Hebdo à l'occasion de la Journée nationale de la qualité de l'air, le 14 octobre. Koungou connaît la même situation, dans une moindre mesure.

Le message général est plutôt rassurant. « Globalement sur le territoire, on respire un air qui est plutôt bon », a résumé Nils Paragot sur Mayotte la 1ère, avant d'ajouter qu'aux abords du trafic routier il y a « des vrais enjeux de santé ». À Kawéni, les niveaux stagnent, a-t-il expliqué, et restent problématiques près de la nationale. Ce constat m'inquiète. Une pollution stable sur l'axe le plus fréquenté de l'île, cela veut dire que les riverains, les commerçants et les élèves de la nationale respirent depuis des années un air chargé.

De la boue sèche dans l'air de la nationale

Le polluant qui pose problème à Mayotte, ce sont les particules fines. Une partie vient des pots d'échappement, de l'usure des pneus et des freins. Une autre partie, plus propre à notre île, vient de la route elle-même. Après chaque pluie, la boue déposée sur la chaussée sèche puis repart en poussière au passage des voitures, explique l'ingénieur. L'érosion aggrave le phénomène, avec ces padzas, terres mises à nu par des cultures de bananes ou de manioc, qui alimentent les chaussées en terre à chaque averse. S'y ajoute le brûlage des déchets, interdit et pourtant courant, que Nils Paragot qualifie de « cerise sur le gâteau » en reconnaissant qu'il est difficile à quantifier.

Une bonne partie de la pollution aux particules à Mayotte relève de la gestion de la route et des sols, donc de décisions locales. Balayer et laver les chaussées après les épisodes pluvieux sur les tronçons les plus chargés, stabiliser les talus et les bas-côtés en terre, sanctionner les dépôts de terre laissés par les camions de chantier, tout cela se décide à Mamoudzou, au Département et à la préfecture, sans attendre un grand plan de mobilité.

Les effets sanitaires décrits par Hawa sont connus. Irritation des voies respiratoires, bronchites chroniques, maladies cardiovasculaires et, à long terme, certains cancers figurent parmi les risques. La plus fréquente est l'asthme. Nils Paragot raconte croiser régulièrement, lors de ses interventions dans les établissements scolaires, des enfants asthmatiques ou des élèves dont un proche est concerné. Mayotte Hebdo note que la situation semble s'être aggravée, sans qu'aucune statistique ne permette de le démontrer.

Des écoles près de la route, et aucun chiffre sur l'asthme

Les données manquent pour le vérifier. Hawa mesure l'air. Personne, à ma connaissance, ne publie le nombre d'enfants asthmatiques suivis à Mayotte, ni leur répartition par quartier. Sans ce croisement, impossible de savoir si les écoles et les collèges situés le long de la nationale à Kawéni et à Koungou paient un prix particulier. L'ARS peut s'appuyer sur les données du CHM et de l'Assurance maladie. Avec Hawa et le rectorat, elle pourrait produire une première carte, même grossière, et la rendre publique.

Hawa va pour sa part rencontrer les salariés d'entreprises dès ce mois d'octobre, puis les élèves au retour des vacances, dans une campagne qui doit durer jusqu'à la fin de l'année. L'association commence aussi à étudier les microplastiques présents dans l'air avec des chercheurs d'Aix-Marseille, et mesure les pesticides. C'est beaucoup pour une petite structure créée en novembre 2014, et cela servira la santé des habitants dans la mesure où les collectivités s'en empareront.

L'ingénieur conseille d'éviter le sport au bord des routes très fréquentées. Le conseil est bon, mais à Kawéni, beaucoup de gens marchent le long de la nationale parce qu'ils n'ont pas d'autre trajet pour aller travailler, et les jeunes jouent là où il y a de la place. Les futurs aménagements de la traversée de Kawéni devraient intégrer des cheminements piétons écartés de la chaussée, des plantations entre la route et les trottoirs, et un capteur de Hawa devant chaque groupe scolaire riverain, avec un affichage lisible à l'entrée.

Je propose une mesure simple pour commencer. Que la commune de Mamoudzou et Hawa publient chaque mois, à partir de novembre 2026, l'indice relevé sur la nationale à Kawéni à côté de celui de Kawéni village. Chacun pourra comparer les deux chiffres.

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