Altro

Terminée en 2019 selon la presse locale, la station d'épuration du Centre attend toujours ses réseaux

La directive européenne DERU2 doit être transposée avant le 31 juillet 2027 et fixe à Mayotte des échéances dès 2030. Le raccordement des maisons, estimé entre 2 000 et 2 500 euros par foyer en 2010, reste le maillon oublié.

Version audio
Partager
Terminée en 2019 selon la presse locale, la station d'épuration du Centre attend toujours ses réseaux
Photo : Chiconi — Frédéric Ducarme, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

En juin 2010, aux premières Assises de l'eau et de l'assainissement de Mayotte, le syndicat d'alors annonçait douze stations d'épuration à construire en dix ans, pour plus de 750 millions d'euros. Son président, Maoulida Soula, prévenait déjà qu'« il faut qu'au moins 30% des usagers soient raccordés pour que la station puisse fonctionner », rapportait Mayotte Hebdo. Seize ans plus tard, Chiconi, Ouangani et Sada en font la démonstration à leurs dépens.

La station intercommunale du Centre a été conçue pour traiter les eaux usées de ces trois communes, avec une capacité de 33 750 équivalents habitants inscrite dans les documents de planification. Selon L'info Kwezi, qui a publié le 20 octobre un long dossier sur le sujet, l'ouvrage aurait été achevé en 2019, mais sa mise en service dépendait de la fin du réseau principal. Les documents d'urbanisme de la communauté de communes du Centre-Ouest décrivaient des réseaux secondaires partiels et de nombreux bâtiments qui attendaient encore leurs canalisations. Un marché publié en 2024 prévoyait la reprise et la finalisation des réseaux d'eaux usées à Chiconi, Ouangani, Mangajou et Sada, toujours d'après le média.

En attendant ses tuyaux, une station vieillit sans avoir servi, avec des pompes qui s'abîment et des équipements qui prennent du retard technologique. Pendant ce temps, les eaux grises des maisons continuent de s'infiltrer dans le sol ou de ruisseler par les ravines jusqu'au lagon. Pour juger un assainissement, mieux vaut compter les foyers réellement reliés et le volume traité chaque jour.

Une directive européenne qui fixe l'horloge

Le calendrier se joue désormais aussi à l'échelle européenne. La directive européenne 2024/3019 sur le traitement des eaux urbaines résiduaires, surnommée DERU2, est entrée en vigueur au début de 2025 et doit être transposée en droit français au plus tard le 31 juillet 2027. Mayotte, région ultrapériphérique de l'Union, y est soumise avec des délais adaptés. Selon L'info Kwezi, les agglomérations d'au moins 2 000 équivalents habitants devraient respecter certaines obligations à partir du 31 décembre 2030, et celles de 1 000 à 2 000 équivalents habitants au 31 décembre 2040.

Ces dates sont proches pour des réseaux qu'il faut encore étudier et financer, puis attribuer et poser dans des rues étroites où les parcelles n'ont pas toujours de titre et où beaucoup de maisons se trouvent en contrebas des collecteurs. La station du Centre montre qu'il a fallu environ cinq ans, après l'achèvement de l'ouvrage, pour relancer un marché de réseaux. Au même rythme, 2030 arrivera avant que les premiers villages soient branchés. Un manquement exposerait la France à une procédure devant la Cour de justice de l'Union européenne, perspective bien lointaine pour des habitants qui vivent déjà avec les odeurs et les moustiques, à côté de plages polluées.

Le branchement, angle mort des grands projets

Le point le plus fragile se trouve devant chaque maison. Une canalisation qui passe dans la rue ne raccorde personne tant que le branchement privé n'est pas fait. En 2010, Mayotte Hebdo évaluait ce coût entre 2 000 et 2 500 euros par foyer, « normalement à la charge des ménages », et le président du syndicat reconnaissait qu'il était difficile de le leur demander. Le chiffre date de seize ans et il a sans doute augmenté, mais le problème est resté le même dans une île où la moitié des salariés du privé gagnait au plus 1 700 euros nets par mois en 2024, selon l'Insee.

Nous pensons que Les Eaux de Mayotte, qui détiennent aujourd'hui la compétence, doivent faire du branchement une partie du chantier public plutôt qu'une démarche laissée aux familles. Dans les secteurs déjà desservis par un collecteur, une campagne de raccordement financée en grande partie sur fonds publics, avec un reste à charge plafonné selon les revenus, rapporterait plus en santé publique que n'importe quelle nouvelle inauguration.

Le syndicat devrait également publier, station par station, un tableau simple avec la capacité, la longueur de réseau achevée, le nombre de foyers raccordés et les volumes traités. Ces données servent déjà à l'exploitation des ouvrages. Les rendre publiques permettrait aux habitants de Sada ou de Chiconi de savoir si leur rue figure dans le prochain lot de travaux, et aux élus de suivre, lot par lot, où va l'argent.

Sans attendre la transposition de la directive, les communes du Centre peuvent exiger des Eaux de Mayotte, dès le prochain comité syndical, une date de mise en service de leur station, rendue publique.

Sources

Cet article vous a intéressé ? Partagez-le :

Partager

La semaine de Chef Bé

Chaque samedi matin, les articles les plus lus de la semaine sur Mayotte, dans votre boîte e-mail. Gratuit, sans publicité, désinscription en un clic.

Nessun commento trovato
Annoncez sur Chef Bé dès 5 €, votre marque devant tout MayotteAnnonce Chef Bé