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Toute l'île classée zone prioritaire depuis 2025, Mayotte attend encore le bilan des médecins solidaires

Le budget de la Sécurité sociale pour 2027 veut inscrire dans la loi la mission de solidarité territoriale des médecins. Mayotte figure en entier sur la carte du pilote depuis juin 2025, aucun bilan local n'a été publié à notre connaissance, et le texte ne prévoit pas de prise en charge du voyage depuis l'Hexagone.

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Toute l'île classée zone prioritaire depuis 2025, Mayotte attend encore le bilan des médecins solidaires
Photo : L'hôpital historique (Dzaoudzi, Mayotte) (34787688536) — Jean-Pierre Dalbéra from Paris, France, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

Depuis le 27 juin 2025, Mayotte figure en entier sur la carte des déserts médicaux prioritaires. Ce jour-là, le ministère de la Santé a dévoilé la carte des 151 intercommunalités retenues pour la « mission de solidarité territoriale », qui invite des médecins installés ailleurs à venir consulter jusqu'à deux jours par mois dans les zones les plus démunies. Selon Egora, tout le territoire mahorais était concerné, comme la quasi-totalité de la Guyane. Seize mois ont passé, et le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027 propose maintenant d'inscrire cette mission dans la loi, sans qu'aucun bilan de ce qu'elle a apporté à l'île ait été rendu public à notre connaissance.

Deux cent cinquante volontaires pour tout le pays

La phase pilote, baptisée « Un médecin près de chez vous », a démarré le 1er septembre 2025. Les volontaires recevaient 200 euros par jour en plus du paiement de leurs consultations, dans la limite de deux jours par mois, d'après Caducée.net. Début décembre 2025, la direction générale de l'offre de soins comptait 250 médecins généralistes inscrits pour l'ensemble du pays, a rapporté Egora, et Caducée.net évoque près de 100 lieux d'intervention à la même période. Ni le ministère ni l'agence régionale de santé de Mayotte n'ont publié, à notre connaissance, le nombre de médecins venus exercer sur l'île à ce titre.

Le PLFSS déposé le 1er octobre 2026 crée, dans son article 21, une mission de solidarité territoriale inscrite au code de la santé publique. Les médecins libéraux, salariés, retraités ou remplaçants « peuvent » y participer. Le texte ne prévoit aucune obligation ni sanction, et l'ARS ne pourra désigner personne d'office. Le médecin conventionné toucherait un forfait en plus de ses actes, dont le montant serait fixé par la convention médicale. Pour un salarié, l'indemnité irait à l'établissement employeur. Caducée.net relève que l'article ne fixe pas de date d'entrée en application.

Le 17 octobre, le député Christian Baptiste (Socialistes et apparentés) a déposé sur cet article l'amendement n° 2991, cosigné par MM. Naillet, Califer, William et Mme Bellay. Il y écrit que l'identification des zones prioritaires « relève des agences régionales de santé, sans que la loi n'impose la prise en compte de l'insularité et de l'éloignement », et qu'« une indemnité forfaitaire identique sur tout le territoire ne couvrira jamais le coût réel d'un déplacement de plusieurs milliers de kilomètres, avec hébergement sur place ». L'amendement propose que, dans les outre-mer, Mayotte comprise, le forfait tienne compte « des frais de transport et d'hébergement exposés ainsi que de la durée du déplacement ». Son sort n'était pas connu au moment où ces lignes sont écrites.

Les chiffres

  • 151 intercommunalités retenues pour le pilote, dont la totalité du territoire de Mayotte (ministère de la Santé, relayé par Egora, juin 2025)
  • 250 médecins généralistes volontaires inscrits dans tout le pays début décembre 2025 (DGOS, citée par Egora)
  • 400 euros par mois au plus, montant maximal du forfait du pilote (Caducée.net)
  • 86 médecins généralistes et spécialistes pour 100 000 habitants à Mayotte en 2021, contre 339 en métropole (Mayotte Hebdo)
  • 45 % des habitants de plus de quinze ans déclaraient en 2019 avoir renoncé à des soins (rapport du Sénat, cité par Mayotte Hebdo)

Un forfait calibré pour un aller-retour dans la journée

Le dispositif imagine un généraliste qui quitte son cabinet un ou deux jours pour la commune voisine, à une heure de route, puis rentre chez lui. Il se prête mal au cas d'un médecin qui devrait franchir les milliers de kilomètres que mentionne l'amendement n° 2991. Avec 200 euros par jour, le forfait du pilote ne couvre pas, à lui seul, un aller-retour en avion vers Dzaoudzi. La consultation avancée prévue par la convention médicale depuis janvier 2026, à 200 euros la demi-journée et 1 200 euros par mois au plus, répond à la même logique de déplacements courts.

En 2022, des sénateurs en mission notaient déjà, selon Mayotte Hebdo, que « tout repose quasi exclusivement sur le centre hospitalier de Mayotte » et que l'ensemble du territoire était classé « très sous-dense ». Le même journal décrivait alors le nord de l'île comme « une quasi-zone blanche ». La carte de 2025 a repris ce constat sans y joindre de moyens adaptés à la distance.

Interrogé par Egora en décembre 2025, le Dr Pierre Bidaut, président de l'URPS Médecins libéraux Centre-Val de Loire, citait les contraintes administratives, la plateforme d'inscription, les locaux, le matériel, les logiciels non interopérables et la continuité des soins. Sur une île où l'offre repose sur l'hôpital et où, selon l'ARS citée par Mayotte Hebdo en 2022, aucun dermatologue ni ophtalmologue n'exerçait hors missions ponctuelles, un médecin de passage aura du mal à trouver un cabinet pour l'accueillir et un relais pour suivre ses patients.

Au Sénat, en mai 2025, la proposition de loi adoptée prévoyait qu'à défaut de volontaires le directeur général de l'ARS puisse désigner des médecins, avec une pénalité pouvant atteindre 1 000 euros par jour de refus. Le gouvernement a retenu le volontariat seul dans le PLFSS. Avec une densité médicale égale au quart de celle de la métropole en 2021, Mayotte dépend donc entièrement de praticiens qui accepteraient de traverser l'océan Indien sans que leur voyage soit payé.

Ce que répondent les autres

En juin 2025, le ministre chargé de la Santé de l'époque, Yannick Neuder, présentait la mission comme « un premier pas » contre les déserts médicaux, selon Egora. Aucune réaction publique de l'agence régionale de santé de Mayotte sur les résultats du pilote dans l'île ni sur l'article 21 du PLFSS 2027 n'a été trouvée à la date de publication. À notre connaissance, le gouvernement n'a pas pris position publiquement sur l'amendement n° 2991.

Le voyage doit entrer dans le forfait

Je ne vois pas comment un dispositif qui ne finance ni le billet ni l'hébergement ferait venir des médecins jusqu'ici, et l'absence de chiffres sur le pilote ne permet pas à ses défenseurs de prouver qu'il y parvient.

Avant que l'Assemblée n'achève l'examen du texte, le directeur général de l'ARS de Mayotte devrait publier le nombre de médecins venus sur l'île au titre de la mission depuis septembre 2025, avec le nombre de jours de consultation assurés. Il appartient au ministre chargé de la Santé de dire, dans le même délai, si le forfait de l'article 21 couvrira le transport et l'hébergement dans les départements d'outre-mer. Je souhaite enfin que les deux députés de Mayotte fassent connaître leur position sur l'amendement n° 2991 avant son passage en séance.

Sources

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