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Transdev filme les caillassages de bus avec des lycéens, à six jours d'une rentrée sans bilan public

Pendant les vacances, des jeunes tournent un court-métrage sur les pierres lancées contre les bus scolaires. Le dernier bilan détaillé du réseau halO', 626 caillassages en 2023-2024, date de juillet 2024.

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Transdev filme les caillassages de bus avec des lycéens, à six jours d'une rentrée sans bilan public
Photo : Mayotte, Grande Terre (2850834274) — mwanasimba from La Réunion, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons

Pendant trois jours de ces vacances scolaires, un bus rempli d'élèves roule à Mayotte avec des caméras et des micros à bord. Les jeunes jouent leur propre rôle dans un court-métrage que Transdev Mayotte, exploitant du réseau de transport scolaire halO', consacre aux caillassages. « Le but est de montrer l'impact psychologique qu'ils peuvent avoir sur eux », explique le réalisateur Lelio Moehr à Mayotte la 1ère. Les lycéens et étudiants jouent devant la caméra, mais ce sont aussi eux qui s'occupent du son et de l'image.

L'idée se défend, parce que celui qui lance une pierre voit rarement ce qui se passe derrière la vitre, les élèves qui baissent la tête entre leurs genoux ou l'enfant qui refuse de reprendre le bus le lendemain. Le directeur de Transdev Mayotte, Frédéric Delouye, le disait en août 2025 à Flash Infos, en parlant des caillassages comme du « point le plus critique » du réseau. « Beaucoup de jeunes restent traumatisés… », ajoutait-il.

Le tournage tombe à quelques jours de la reprise des cours, prévue le lundi 26 octobre, et L'info Kwezi note que Mayotte est restée jusqu'ici à l'écart de la vague de violences qui a touché la Guadeloupe, la Martinique et La Réunion, tout en appelant à aborder cette rentrée avec prudence. La ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, a réuni les préfets ultramarins lundi soir pour faire le point sur la situation.

Six cent vingt-six pierres en une année scolaire

Le dernier bilan détaillé que nous avons pu retrouver date de juillet 2024. Pour l'année 2023-2024, le réseau halO', qui transporte près de 30 000 élèves chaque jour, avait recensé 626 caillassages, avec une journée d'avril où une vingtaine de véhicules avaient été dégradés, selon Mayotte Hebdo. Mamoudzou concentrait 43 % des caillassages et Tsoundzou connaissait la plus forte hausse des incidents. Ce même bilan comptait 137 opérations menées avec les forces de sécurité et les associations, et 57 armes saisies à bord des cars à l'occasion des contrôles. Pour l'année suivante, Flash Infos évoquait en août 2025 une baisse de 8 % des incidents, sans que le détail par commune soit rendu public de la même manière.

Pour l'année 2025-2026, nous n'avons trouvé aucun bilan comparable, si bien que les familles qui envoient leurs enfants sur les lignes de Koungou, de Tsoundzou ou de Kawéni n'ont aucun moyen de savoir si la situation s'améliore sur leur trajet, et les communes ne peuvent pas cibler leurs médiateurs sans carte des points noirs.

À Doujani, huit spots tournés par des collégiens

D'autres, avant Transdev, ont confié la caméra à des élèves pour parler des violences. Au collège de Doujani, l'association EXPLO'S a fait réaliser par des élèves huit spots de prévention, dont cinq ont été diffusés sur Mayotte la 1ère, raconte Le Journal de Mayotte. Dans ces projets, ce sont les jeunes qui subissent les violences qui prennent la parole devant leurs camarades. Quand un collégien raconte sa peur à l'écran, ceux qui le regardent le connaissent souvent, ou connaissent quelqu'un qui lui ressemble.

Encore faut-il que le court-métrage soit vu par ceux qu'il vise. Nous proposons au Département, autorité organisatrice du transport scolaire, et au rectorat de le projeter dans les collèges et lycées des secteurs les plus touchés dès les premières semaines de la rentrée, suivi d'un échange avec les élèves qui l'ont tourné. Les jeunes qui ont passé trois jours dans ce bus pourraient raconter eux-mêmes ce qu'ils ont ressenti en rejouant les scènes, puis répondre aux questions de leurs camarades. Une séance d'une heure par établissement suffirait, et les chefs d'établissement sauraient choisir les classes à y envoyer, puisqu'ils connaissent les lignes que leurs élèves empruntent chaque matin. Posté sur les seules pages de l'entreprise, le film risque de toucher surtout des gens déjà convaincus, et beaucoup moins les adolescents qui traînent au bord des routes après les cours.

Pour choisir où projeter ce film, il faudrait aussi des chiffres, que le Département et Transdev pourraient publier chaque trimestre, ligne par ligne et commune par commune, en précisant combien de bus ont été immobilisés et combien d'élèves ont été blessés. Les communes pourraient alors placer leurs médiateurs aux arrêts où les pierres tombent, plutôt qu'au hasard des subventions.

Le réseau halO' publiait son bilan annuel début juillet en 2024. Celui de l'année 2025-2026 devrait donc déjà exister, et sa publication avant le 26 octobre permettrait aux parents de Koungou ou de Kawéni de savoir, avant de remettre leurs enfants dans le car, si leur ligne fait partie des plus exposées.

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