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Trente lits promis pour 2023 et toujours attendus en 2028, la psychiatrie mahoraise vit de reports

Dans la nuit du 14 au 15 octobre, à Tsoundzou II, une crise s'est achevée par la mort d'un homme présenté comme sous traitement, tué par un tir policier selon Mayotte la 1ère. Une enquête a été ouverte. Le drame ramène à une question à laquelle le CHM et l'ARS répondent depuis des années par des calendriers repoussés, celle des moyens de la psychiatrie à Mayotte.

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Trente lits promis pour 2023 et toujours attendus en 2028, la psychiatrie mahoraise vit de reports
Photo : L'hôpital historique (Dzaoudzi, Mayotte) (34787688536) — Jean-Pierre Dalbéra from Paris, France, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

Dans la nuit du mercredi 14 au jeudi 15 octobre, à Tsoundzou II, un appel aux pompiers s'est terminé par la mort d'un homme. Selon Mayotte la 1ère, seul média, à notre connaissance, à avoir rapporté les faits, un père de famille avait alerté les secours parce que son fils, armé d'une arme blanche, menaçait de mettre fin à ses jours et de s'en prendre à lui. Les pompiers sont arrivés escortés par la police. L'homme se serait montré menaçant envers les policiers, qui auraient d'abord employé leurs armes de défense avant de faire usage de leur arme de service. Il a été tué. La chaîne précise qu'il était « sous traitement » et « apparemment pas en pleine possession de ses moyens », sans indiquer la nature de ce traitement. Une enquête a été ouverte, selon la chaîne.

Je n'ai aucune intention de devancer cette enquête, ni de juger des fonctionnaires qui ont dû décider en quelques secondes. Ma rubrique porte sur la chaîne qui précède ces secondes, celle des soins psychiatriques à Mayotte, dont les chiffres sont publics depuis des années.

Dix lits en 2016, dix lits en 2023

Le Centre hospitalier de Mayotte (CHM) est le seul établissement du département autorisé à soigner en psychiatrie. Lorsque le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) y est revenu pour la troisième fois, du 2 au 5 octobre 2023, il a compté dix lits d'hospitalisation complète, autant qu'en 2016, d'après le compte rendu publié par la revue Santé Mentale en novembre 2024. Les contrôleurs ont relevé l'absence de tout lit d'hospitalisation complète en pédopsychiatrie, l'hospitalisation de mineurs de 16 ans en secteur adulte, des attentes sur brancard dans un couloir des urgences pouvant durer 72 heures et un taux de réhospitalisation de 50 %. Leur rapport conclut, selon Santé Mentale, que « la majorité des constats de 2016 reste d'actualité » et formule 42 recommandations.

En décembre 2021, le directeur par intérim du CHM annonçait pourtant à Mayotte Hebdo qu'il était « prévu d'augmenter le nombre de lits d'hospitalisation de 10 à 30 lits » sur l'ancien site de Dzaoudzi, d'ici le début de 2023. Il reconnaissait au même moment que « seuls quatre psychiatres » étaient permanents dans l'établissement.

En juillet 2026, l'horizon avait reculé de plus de cinq ans. Le CHM, dirigé par Jean-Michel Beaumarchais, annonçait à Outremers360 de nouvelles unités en Petite-Terre pour octobre 2028, avec vingt lits pour adultes et six places pour adolescents. Deux centres médico-psychologiques, l'un pour adultes et l'autre pour enfants, venaient d'ouvrir dans le Nord.

Les chiffres

  • 10 lits d'hospitalisation complète en psychiatrie au CHM lors du contrôle d'octobre 2023, comme en 2016 (CGLPL, via Santé Mentale)
  • 0 lit d'hospitalisation complète en pédopsychiatrie à la même date (CGLPL, via Santé Mentale)
  • Jusqu'à 72 heures d'attente sur un brancard aux urgences (CGLPL, via Santé Mentale)
  • 30 lits promis pour début 2023 (directeur par intérim du CHM, Mayotte Hebdo, décembre 2021)
  • 20 lits adultes et 6 places adolescents annoncés pour octobre 2028 (CHM, Outremers360, juillet 2026)

Le relais des familles et des associations

Une crise psychique peut éclater le soir, au domicile, devant des proches démunis qui composent le numéro qu'ils connaissent. Rien ne permet de dire, à ce stade, de quel traitement relevait l'homme de Tsoundzou. Dans un département équipé, une partie de ces situations est désamorcée en amont, par un suivi régulier, des consultations accessibles et des lits disponibles quand l'état se dégrade. À Mayotte, chacun de ces maillons est mince. Avec dix lits et la moitié des patients qui reviennent, l'hôpital ne peut pas garder longtemps ceux qu'il admet. Les séjours duraient de sept à neuf jours lors du contrôle de 2023.

Le relais tombe alors sur les associations. Le Journal de Mayotte rapportait le 16 octobre que les groupes d'entraide mutuelle (GEM), en principe réservés à des personnes stabilisées, accueillent parfois des adhérents qui ont encore besoin d'un accompagnement important, faute de solutions suffisantes. Le GEM de Cavani compte à lui seul 271 adhérents. Ces structures « ne remplacent pas les soins psychiatriques », rappelle le journal. Elles tiennent pourtant une partie du front, avec les familles.

Quand ce relais ne suffit plus, ce sont les pompiers et les policiers, qui ne sont pas formés pour soigner, qui se présentent à la porte. Je ne prétends pas qu'un lit de plus aurait changé la nuit de Tsoundzou, personne ne peut l'affirmer à ce stade. Je constate que l'île vit au moins depuis 2016 avec une capacité d'hospitalisation qui, au dernier contrôle public, n'avait pas bougé, et je n'ai trouvé dans aucune source publique la trace d'une équipe soignante capable de se déplacer la nuit pour épauler ceux qui interviennent en dernier recours.

Le chiffre de trente lits devait être atteint il y a plus de trois ans et demi. Celui de 2028, si les vingt lits adultes s'ajoutent aux dix existants, ne fera qu'atteindre le total promis pour 2023, avec plus de cinq ans de retard. Et rien, dans les déclarations publiques, ne dit combien de psychiatres permanents feront tourner ces unités.

Ce que répondent les autres

Le directeur du CHM, Jean-Michel Beaumarchais, a reconnu en juillet 2026 auprès d'Outremers360 que « la prise en charge actuelle est insuffisante », en ajoutant que le cyclone Chido « a été un révélateur » des difficultés de santé mentale des jeunes Mahorais. Le CHM met en avant l'ouverture des deux centres médico-psychologiques du Nord et le projet de Petite-Terre. À la date de publication, aucune réaction publique de l'agence régionale de santé de Mayotte au drame de Tsoundzou n'a été trouvée, pas plus qu'une communication du parquet de Mamoudzou sur l'enquête.

Des comptes à rendre avant la fin de l'année

Nous, Mahorais, avons droit à des chiffres à jour. Je demande au directeur général de l'ARS de Mayotte de publier avant le 31 décembre 2026 le nombre actuel de lits de psychiatrie, de psychiatres permanents et de postes vacants au CHM, ainsi que l'état d'avancement des 42 recommandations du CGLPL.

Je demande au directeur du CHM de rendre public le calendrier du chantier de Petite-Terre, étape par étape, et de dire comment les gardes de nuit en psychiatrie seront assurées d'ici là, y compris pour les interventions à domicile.

Je demande enfin au procureur de la République de Mamoudzou de communiquer, quand il l'estimera possible, les conclusions de l'enquête ouverte après la nuit du 14 au 15 octobre. Le public, comme les proches, a intérêt à savoir. La prochaine échéance connue reste octobre 2028, date annoncée pour les vingt lits adultes de Petite-Terre.

Sources

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