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Trois émissions sur le terroir mahorais, et des vergers qui mettront sept ans à revenir

Pendant qu'une équipe de télévision filme les exploitations jusqu'au 31 octobre et que le festival Alimenterre s'installe à Doujani, la Chambre d'agriculture chiffre à 142,1 millions d'euros les pertes de fonds laissées par Chido.

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Trois émissions sur le terroir mahorais, et des vergers qui mettront sept ans à revenir
Photo : Marché-Mamoudzou-2 — Christophe Laborderie, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

Jusqu'au 31 octobre, une équipe de télévision sillonne les exploitations de Mayotte pour tourner trois numéros d'« Épicurien à Table », une émission culinaire qui sera diffusée à La Réunion. Selon L'info Kwezi, elle doit montrer les cultures de l'île, les circuits courts et le savoir-faire de ceux qui produisent, sans que les dates de diffusion soient encore fixées. À Doujani, l'association SHAMA a lancé le 15 octobre la deuxième édition mahoraise du festival Alimenterre, qui projette jusqu'au 30 novembre des films suivis de débats sur la manière de se nourrir et de produire. Que l'île parle de son agriculture est une bonne nouvelle, à condition que ces images de champs et d'assiettes ne masquent pas l'état réel des exploitations, près de deux ans après Chido.

Les chiffres qui devraient cadrer ce débat datent de l'après-Chido. La Chambre d'agriculture, de la pêche et de l'aquaculture de Mayotte a évalué les pertes agricoles du cyclone à 296,3 millions d'euros, rapportait Outremers360. La banane représentait à elle seule 59 millions, le manioc 40 millions, l'ananas 20 millions. Plus lourd encore pour l'avenir, la chambre chiffrait à 142,1 millions les « pertes de fonds », c'est-à-dire les infrastructures détruites et le coût de replantation des cultures pérennes, et prévenait que les vergers mettraient jusqu'à sept ans à retrouver leur plein potentiel. Un manguier ou un agrume replanté en 2025 ne donnera donc une pleine récolte qu'au début des années 2030.

Cette lenteur pèse sur un territoire qui importait déjà l'essentiel de ce qu'il mange. Dans un amendement au budget 2027 déposé le 22 octobre en commission des finances, le député Olivier Serva (Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires) écrit : « En 2022, Mayotte et la Guyane ne produisaient plus que le tiers de leur consommation […]. » Il en tire la proposition d'une aide au fret de 100 millions d'euros pour les produits de première nécessité venus de l'Hexagone, ce qui soulagerait les prix sans changer la part produite sur place.

À Doujani, des femmes dans les champs et peu de monde autour

Le festival de SHAMA a choisi d'ouvrir sur un documentaire, « Femmes des Terres », consacré à des paysannes de France, du Togo et de Bolivie, un sujet proche de la situation mahoraise. « Il y a une grande place des femmes dans l'agriculture à Mayotte, des femmes qui osent aller dans l'agriculture », souligne Salim Ali Halidi, chargé de mission de l'association, cité par Le Journal de Mayotte. Des représentants du lycée agricole de Coconi assistaient à la projection. Mais la première édition, l'an dernier, n'avait compté que quatre participations, et l'association cherche encore des écoles, des associations et des institutions pour organiser leurs propres séances.

Ce faible écho n'étonne pas. La sensibilisation à l'alimentation locale touche un public déjà convaincu tant qu'elle n'est pas reliée à des décisions qui changent le revenu des producteurs. Pour un agriculteur qui a perdu ses bananiers en décembre 2024, la reprise passe par des plants, de l'eau pour irriguer et surtout par la certitude de vendre sa récolte, ce qui suppose une commande ferme.

Cet acheteur peut être public. La restauration scolaire, les cantines des administrations et les repas servis à l'hôpital représentent à Mayotte un marché public considérable, puisque l'île compte parmi les populations les plus jeunes de France. Un objectif de produits locaux dans ces marchés, même modeste au départ, donnerait aux producteurs la visibilité qui leur manque pour replanter. Les acheteurs publics peuvent découper leurs marchés en petits lots et retenir des critères de fraîcheur ou de saisonnalité, ce qui ouvre la porte aux producteurs de l'île, et rien n'empêche le rectorat, les communes et le Département-Région de fixer un objectif chiffré pour la rentrée 2027.

Pour les vergers, le manque à gagner de 69,5 millions d'euros estimé par la CAPAM sur ces cultures montre que leur replantation doit être accompagnée pendant plusieurs années. Les aides d'urgence décrites par Outremers360, une enveloppe exceptionnelle de 15 millions d'euros et une aide forfaitaire de 1 000 euros par agriculteur affilié à la MSA, ont paré au plus pressé. Une aide versée jusqu'à l'entrée en production des arbres, qui compenserait une partie du revenu perdu, éviterait que des exploitants abandonnent leurs parcelles avant la première récolte. Le lycée agricole de Coconi, qui forme la relève, pourrait y être associé pour suivre des parcelles témoins.

Le festival Alimenterre court jusqu'au 30 novembre, et SHAMA accompagne toute structure qui veut organiser une projection. Le budget 2027 de l'État, lui, est en discussion au Parlement. Les élus mahorais peuvent y demander dès maintenant la surface de vergers replantée depuis Chido et la part des 15 millions d'euros d'aides réellement versée aux exploitants.

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