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Trois mois sans paiement, les centres de formation de Mayotte perdent leurs stagiaires

Selon Mayotte Hebdo, 2 millions d'euros d'impayés et 7 millions manquants à l'ASP menacent une quinzaine d'organismes, alors que le Département-Région commande 80 % des formations de l'île et n'a lancé aucun marché pour 2027.

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Trois mois sans paiement, les centres de formation de Mayotte perdent leurs stagiaires
Photo : Belle vile — Tomas mbaba, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Ce vendredi et ce samedi, le lycée des Lumières accueille la deuxième édition du salon de l'association Mayotte Recrute, sous l'intitulé « Mayotte Recrute pour sa reconstruction », selon Mayotte la 1ère. La veille, les cinq intercommunalités réunies dans Interco 976 citaient le manque de main-d'œuvre qualifiée parmi les freins de leurs 430 projets. Pendant ce temps, dans plusieurs centres de formation de l'île, les stagiaires censés devenir cette main-d'œuvre ont cessé de venir en cours.

C'est ce que décrit Mayotte Hebdo, qui reprend une enquête de Flash Infos publiée le 23 octobre. Les organismes de formation de l'île n'auraient plus été payés depuis environ trois mois. Le trou atteindrait 2 millions d'euros, entre les formations déjà réalisées et les indemnités dues aux stagiaires. Une quinzaine d'organismes craindraient de fermer. Des responsables, interrogés sans être nommés, décrivent des locaux désertés et des salariés licenciés. L'un d'eux explique ainsi l'enchaînement : « Les classes sont vides parce que les élèves ne viennent plus, faute d'avoir reçu leurs indemnités. »

Si trois mois sans paiement suffisent à mettre ces structures au bord de la fermeture, c'est qu'elles dépendent presque d'un seul client. Toujours selon le journal, le Département-Région commande environ 80 % des actions de formation de l'archipel par marchés publics. C'est l'Agence de services et de paiement, qui a remplacé l'ancien Cnasea à Mayotte il y a quatre ans, qui règle les organismes pour son compte. Il manquerait 7 millions d'euros à l'ASP pour honorer ces paiements. L'élu chargé de la formation aurait confirmé un reste à payer sur les marchés 2023-2026 et 2024-2027, auquel s'ajoutent 7 millions pour terminer l'année. Les organismes n'en auraient pas été informés officiellement, et aucun marché pour 2027 n'aurait encore été lancé.

Dix-neuf millions à avancer avant que l'Europe rembourse

La difficulté tient en partie au fonctionnement des fonds européens. Pour lancer en 2027 deux appels à projets dans les métiers de la santé et du social, le Département devrait préfinancer près de 19 millions d'euros cette année, que l'Union européenne ne rembourserait qu'une fois les formations dispensées, d'après Mayotte Hebdo. L'Agence française de développement est citée comme prêteur possible. Dans le même article, le président du Département-Région, Ben Issa Ousseni, aurait fait état d'un excédent budgétaire de 80 millions d'euros. Un excédent sur le papier et une trésorerie tendue à l'automne peuvent coexister, si les recettes arrivent en fin d'exercice alors que les dépenses tombent chaque mois. Encore faudrait-il que la collectivité l'explique, et elle ne l'a pas fait.

Le premier à payer ce retard est le stagiaire, qu'il ait 20 ans ou 35, qui suit une formation d'aide-soignant ou de maçon parce qu'il n'a pas trouvé d'emploi sans diplôme. Sans indemnité, il doit payer de sa poche le transport jusqu'au centre, chaque jour, avec un argent qu'il n'a pas, et beaucoup finissent par rester chez eux, comme le constatent les responsables cités par Mayotte Hebdo. L'organisme vient juste après, et il s'agit souvent d'une petite structure locale qui n'a pas la trésorerie pour avancer des salaires pendant trois mois. Si une quinzaine d'entre elles ferment, ce seront autant de candidats en moins quand le Département lancera ses marchés de 2027, avec le risque de payer plus cher des formations confiées à moins de prestataires.

Nous pensons que l'urgence porte sur les stagiaires. Leurs indemnités pèsent peu face aux 2 millions d'impayés évoqués, et leur versement conditionne le retour des élèves en salle, donc la survie des formations en cours. Pour le reste à payer aux organismes, un échéancier daté, même étalé, leur permettrait de négocier avec leurs banques avant de licencier. La collectivité gagnerait aussi à dire si l'excédent de 80 millions évoqué par son président peut servir de trésorerie pour combler l'écart de l'ASP, ou pourquoi il ne le peut pas, et à quelle date un prêt de l'AFD serait signé s'il faut en passer par là.

Même si les impayés étaient réglés demain, l'année 2027 resterait à organiser, car une formation qualifiante qui doit démarrer en janvier se prépare des mois plus tôt, le temps de recruter stagiaires et formateurs. Faute de marchés lancés, la rentrée de la formation professionnelle risque de glisser au printemps, alors que l'État, les intercommunalités et les entreprises du BTP disent chercher des ouvriers qualifiés pour reconstruire.

Le Département-Région n'a pas réagi publiquement à l'article de Flash Infos à ce jour. Une réponse écrite peut partir vers les organismes avant la fin du mois de novembre, avec le montant dû à chacun, la date de versement des indemnités aux stagiaires et la date à laquelle seront lancés les marchés de 2027.

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