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Trois semaines sans réactifs, Mayotte ne peut plus confirmer la grippe au moment où les signaux montent

Depuis le 20 septembre, une rupture de réactifs bloque les analyses virologiques de la grippe à Mayotte, selon Santé publique France. En semaine 40, la surveillance a reposé sur quatre médecins sentinelles, alors que le rotavirus occupe encore les urgences. L'ARS doit dire quand les réactifs arrivent.

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Trois semaines sans réactifs, Mayotte ne peut plus confirmer la grippe au moment où les signaux montent
Photo : L'hôpital historique (Dzaoudzi, Mayotte) (34787688536) — Jean-Pierre Dalbéra from Paris, France, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

Depuis le 20 septembre, les analyses virologiques qui permettent de suivre la grippe à Mayotte sont à l'arrêt. Le bulletin de Santé publique France publié le 12 octobre l'attribue en une ligne à une « rupture de réactifs ». Plus de trois semaines après, alors que les signaux d'une saison grippale montent, aucune autorité n'a, à ma connaissance, annoncé publiquement la date d'arrivée des produits.

Une ligne dans le bulletin du 12 octobre

Le document couvre la semaine du 28 septembre au 4 octobre. Il indique que Mayotte est entrée en phase pré-épidémique de grippe en semaine 38, puis que, « depuis le 20 septembre, une rupture de réactifs empêche la réalisation des analyses virologiques, ne permettant pas, à ce stade, de suivre l'évolution de la situation épidémiologique de la grippe ». Le virus de type A(H1) circule depuis la semaine 30, et les données biologiques manquent depuis la semaine 39.

D'autres indicateurs continuent de remonter. En semaine 40, le syndrome grippal représentait 7 % des consultations du réseau des médecins sentinelles, soit 49 consultations rapportées par 4 médecins. Dans les centres médicaux de référence et les dispensaires, la part des pathologies respiratoires tourne autour de 12 % depuis deux semaines, après une hausse amorcée en semaine 36. Aux urgences, les infections respiratoires aiguës basses augmentent depuis la semaine 38 (33 passages et 11 hospitalisations en semaine 40).

Santé publique France juge que ces indicateurs « suggèrent une intensification de la circulation des virus grippaux » et appellent « une vigilance accrue, dans l'attente de la confirmation biologique par les analyses virologiques du laboratoire, qui pourront être réalisées dès réception des réactifs ». Mayotte Hebdo a relayé ces éléments le 15 octobre. Le bulletin ne nomme pas le laboratoire concerné et ne dit rien de la cause de la rupture ou de la date de livraison attendue.

Pendant ce temps, l'épidémie de gastro-entérite à rotavirus A se poursuit avec 30 prélèvements positifs en semaine 40, et les passages aux urgences d'enfants de moins de 5 ans pour gastro-entérite augmentent depuis trois semaines. Le paludisme cumule 370 cas depuis janvier.

Les chiffres

  • 20 septembre 2026, début de la rupture de réactifs qui bloque les analyses virologiques de la grippe (Santé publique France)
  • 49 consultations pour syndrome grippal en semaine 40, rapportées par 4 médecins sentinelles, soit 7 % de leur activité (Santé publique France)
  • 33 passages aux urgences pour infection respiratoire aiguë basse en semaine 40, dont 11 hospitalisations (Santé publique France)
  • 32 passages aux urgences d'enfants de moins de 5 ans pour gastro-entérite en semaine 40, dont 9 hospitalisations (Santé publique France)
  • 370 cas de paludisme depuis janvier 2026, dont 101 hospitalisés et 10 admis en réanimation (Santé publique France)

En semaine 40, quatre médecins pour tout le département

Les tests de grippe réalisés en laboratoire indiquent quel virus circule et à quelle vitesse. C'est lui qui permet de dire quand l'épidémie franchit le seuil qui justifie des renforts dans les services. Privée de cette mesure, la veille sanitaire se rabat sur des consultations et des passages aux urgences où la grippe se mêle à tous les autres virus respiratoires.

À Mayotte, ces signaux de remplacement reposent sur peu de monde, puisqu'en semaine 40 seuls quatre médecins sentinelles ont fait remonter leurs observations pour tout le département. Ils rapportent ce qu'ils voient en consultation, et un réseau de cette taille ne remplace pas un laboratoire pendant plusieurs semaines.

Le bulletin rappelle à quel point la surveillance de l'île dépend de la biologie. Les données du rotavirus et du paludisme proviennent du laboratoire de biologie médicale du CHM, avec l'ARS pour le paludisme. La virologie de la grippe dépend elle aussi d'un laboratoire et de son approvisionnement, acheminé par avion ou par bateau, et Santé publique France ne dit pas lequel est en rupture. Je vois mal comment une île aussi éloignée de ses fournisseurs peut fonctionner sans stock de sécurité connu et sans solution de repli annoncée.

Le calendrier n'arrange rien, car le rotavirus est entré en phase épidémique cinq semaines plus tard qu'en 2024 et 2025, selon Santé publique France, et il occupe encore les urgences quand la grippe se met à monter. Aux urgences, les enfants de moins de 5 ans arrivent pour l'une comme pour l'autre. Pour le CHM, savoir si la vague respiratoire relève de la grippe change l'organisation des lits pour les semaines qui viennent.

L'information tient en une ligne d'un document technique, et je n'ai trouvé aucun communiqué de l'ARS qui en explique l'origine ou fixe une échéance. Les médecins de ville, les pharmaciens et les familles découvrent par un bulletin épidémiologique que le territoire ne sait plus mesurer une épidémie qui s'annonce.

Ce que répondent les autres

Santé publique France écrit que les analyses « pourront être réalisées dès réception des réactifs », sans avancer de date. Aucune réaction publique de l'ARS Mayotte ni du Centre hospitalier de Mayotte sur l'origine de la rupture ou sur le délai de réapprovisionnement n'a été trouvée à la date de publication.

Mes demandes à l'ARS et au CHM

Une rupture d'approvisionnement peut arriver partout, et je n'en fais pas un scandale en soi. Je trouve en revanche inacceptable qu'elle se prolonge plus de trois semaines, au seuil d'une saison grippale, sans que les Mahorais en soient informés autrement que par un bulletin de surveillance.

Je demande au directeur général de l'ARS Mayotte de publier, avant le prochain bulletin de Santé publique France, l'origine de la rupture, la date de livraison des réactifs et la solution retenue d'ici là, par exemple l'envoi d'échantillons vers un laboratoire de La Réunion ou de l'Hexagone. Il peut aussi indiquer combien de médecins participent au réseau sentinelle et comment il compte l'élargir avant le pic.

Je demande au directeur du Centre hospitalier de Mayotte de dire si son laboratoire est concerné et, dans ce cas, quel stock minimal de réactifs il juge nécessaire pour les virus saisonniers.

Le prochain bulletin pour Mayotte devrait porter sur la semaine 41, du 5 au 11 octobre. S'il affiche encore « données non disponibles » pour la grippe, la rupture approchera son premier mois.

Sources

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