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Troisième évacuation en huit mois à Tsoundzou, l'État libère sa station d'épuration sans lieu d'accueil

L'arrêté préfectoral du 26 octobre laisse quinze jours aux occupants de la parcelle CE 190. Sans lieu d'accueil annoncé ni antenne de l'Ofpra rouverte, le camp risque de se reformer à côté d'un chantier de 20 millions d'euros dont la mise en service était annoncée pour le début de 2027.

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Troisième évacuation en huit mois à Tsoundzou, l'État libère sa station d'épuration sans lieu d'accueil
Photo : Mangrove à Kawéni — Perrine Pépin, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Un arrêté de plus, une parcelle de moins. Le lundi 26 octobre, la préfecture de Mayotte a ordonné l'évacuation d'une nouvelle partie du camp de Tsoundzou, au sud de Mamoudzou, pour laisser avancer le chantier de la station de traitement des eaux usées de Mamoudzou-Sud. C'est la troisième fois depuis février que l'État libère ce chantier morceau par morceau. Et, pas plus qu'en février ou en juillet, la presse ne rapporte aucune solution d'hébergement annoncée pour les personnes qui devront partir.

Février, juillet, octobre

Selon Mayotte la 1ère, l'arrêté publié le 26 octobre vise la parcelle cadastrée CE 190, qui jouxte le chantier porté par le syndicat Les Eaux de Mayotte (LEMA). Il répond à un courrier du LEMA daté du 5 octobre, qui demandait la libération de l'emprise et faisait état de « risques graves et imminents liés au maintien de personnes à proximité immédiate du chantier ». Le constructeur de la station a alerté de son côté « sur les conséquences sécuritaires et financières de l'occupation du site », et le bureau d'études chargé de la maîtrise d'œuvre a demandé « une intervention d'urgence ». La préfecture relève dans son texte « la présence de familles, comprenant notamment des enfants en bas âge ». Les occupants ont quinze jours pour quitter les lieux, soit jusqu'aux alentours du 10 novembre, avant une évacuation par les services de l'État.

Le 13 février 2026, une première partie du camp avait été démolie à la suite d'un arrêté du 10 février, pour rouvrir l'accès au chantier et au site géré par l'association Coallia, rapportait Le Journal de Mayotte. Les personnes concernées avaient alors été invitées à se réinstaller plus loin, à l'arrière du camp. Le 15 juillet, le préfet Frédéric Poisot signait un deuxième arrêté, avec un délai de 24 heures, pour un campement installé sur un terrain du Conservatoire du littoral, en bordure des parcelles CE 190, CD 887 et CD 888. Le préfet y écrivait que « le maintien de cette occupation est incompatible avec les exigences de sécurité imposées par la poursuite des travaux », selon Le Journal de Mayotte.

Le camp, lui, n'a pas cessé de grossir. Installé en octobre 2025 après le démantèlement du site de La Guinguette, toujours à Tsoundzou 2, il comptait quelques centaines de personnes à l'automne, plus de 800 en décembre et plus de 1 000 en février, d'après le même journal. Mayotte la 1ère retient ce chiffre de plus de 1 000 personnes aujourd'hui.

Les chiffres

  • 3 arrêtés d'évacuation partielle liés au chantier en 2026, en février, juillet et octobre (Mayotte la 1ère, Le Journal de Mayotte)
  • Plus de 1 000 personnes vivent dans le camp de Tsoundzou (Mayotte la 1ère)
  • 402 personnes relogées et 900 laissées à la rue lors du démantèlement de La Guinguette en 2025 (Le Journal de Mayotte)
  • 20 millions d'euros d'investissement pour la station, financée à 43,6 % par l'Union européenne, 40 % par l'Office français de la biodiversité et 16,4 % par l'État (Mayotte Hebdo)
  • Plus de 70 % des foyers ne sont pas raccordés à l'assainissement, selon la vice-présidente du LEMA en mai 2025 (Mayotte Hebdo)

Une station que Mamoudzou attend depuis vingt ans

La station de Mamoudzou-Sud doit être construite, et vite. Lors de la pose de la première pierre en mai 2025, le maire de Mamoudzou, Ambdilwahedou Soumaïla, parlait de « plus de 20 ans d'attente », selon Mayotte Hebdo. L'ouvrage doit traiter les eaux usées des villages du sud de la commune, de M'tsapéré à Tsoundzou 2, et sa mise en service était alors annoncée pour le premier trimestre 2027. Plus de 70 % des foyers ne sont pas raccordés, selon le LEMA, et chaque mois perdu laisse leurs eaux usées partir dans le milieu naturel. Le constructeur parle lui-même de conséquences financières, un risque dont le coût retomberait sur des financeurs publics.

Reste la méthode, qui traite le camp comme un obstacle de chantier et repousse ses occupants un peu plus loin à chaque avancée du chantier. En février, on leur indiquait l'arrière du camp. En juillet, l'arrêté visait un campement coincé entre le chantier et la mangrove, que le rapport de la police nationale décrivait comme régulièrement recouvert par les eaux à marée haute. En octobre, c'est la parcelle CE 190, déjà citée en juillet comme limitrophe du campement visé, qui fait l'objet de l'arrêté, toujours sans lieu d'accueil rapporté.

Plus d'obligation de relogement, toujours pas de places

Selon Le Journal de Mayotte, le relogement n'est plus obligatoire depuis l'entrée en vigueur de la loi pour la refondation de Mayotte et de son article 18. La Direction de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DEETS) a expliqué, lors d'opérations précédentes, ne pas pouvoir notifier un hébergement à tous les ménages faute de places, et a ajouté que Chido avait détruit « 68 % des logements collectifs […] », selon le même journal. Le précédent de Cavani montre où mène ce vide. Évacué début 2024, ce camp s'est reformé ailleurs, et Mayotte la 1ère note que le risque est le même à Tsoundzou, « faute de structure de prises en charge des demandeurs d'asile ».

Le guichet de l'asile est lui aussi à l'arrêt. L'antenne de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) à Mamoudzou est fermée depuis Chido, et les premières demandes d'asile ont chuté de 37,2 % en 2025, à 1 492, selon le bilan de l'office repris par Mayotte la 1ère. Tant que les dossiers n'avancent pas, les séjours s'allongent dans un camp que l'État déplace sans le résorber.

Ce que répondent les autres

Dans son arrêté du 15 juillet, le préfet de Mayotte estimait que « la proximité immédiate du campement avec les emprises de ce chantier expose directement ses occupants aux risques inhérents aux travaux en cours », et invoquait la présence possible d'enfants et la difficulté d'accès des secours. Pour la préfecture, la libération des abords du chantier est une condition de sa poursuite en sécurité. Le LEMA, dans son courrier du 5 octobre, invoque des « risques graves et imminents liés au maintien de personnes à proximité immédiate du chantier ». Aucune réaction publique de la préfecture ou du LEMA sur l'hébergement des personnes visées par l'arrêté du 26 octobre n'a été trouvée à la date de publication.

Ce que je demande avant le 10 novembre

Signer un arrêté à chaque avancée du chantier, alors que le précédent de Cavani annonce que le camp se reformera à côté, ne protège durablement ni les travaux ni les familles. Trois arrêtés depuis février sur le même chantier signent l'échec de la méthode et font peser, selon le constructeur lui-même, un risque financier sur un ouvrage financé à plus de 80 % par l'Europe et l'Office français de la biodiversité.

Je demande au préfet de Mayotte de rendre public, avant l'échéance de l'arrêté autour du 10 novembre, le nombre de personnes visées sur la parcelle CE 190 et le nombre de places de mise à l'abri que la DEETS peut leur proposer. Je demande au président du syndicat Les Eaux de Mayotte de publier le calendrier actualisé de la station et le montant des surcoûts liés aux interruptions de chantier depuis février. Je demande enfin au ministre de l'Intérieur de fixer une date de réouverture de l'antenne de l'Ofpra à Mamoudzou, fermée depuis le cyclone Chido, et de désigner un site d'accueil temporaire hors de la mangrove avant tout nouvel arrêté sur ce chantier.

Sources

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