Il faudrait trouver à Mayotte une trentaine de conteneurs par escale, à peu près, pour que le Miaraka, porte-conteneurs à voile de la coopérative Windcoop, s’arrête à Longoni au lieu de filer vers Madagascar. Yves Bourdais, ancien skipper chargé du développement commercial de la structure dans l’océan Indien, l’a expliqué au Journal de Mayotte le 22 octobre, en citant le matériel médical ou les marchandises soumises à des délais précis. Il dit aussi ceci, qui devrait faire réagir quelqu’un à Mamoudzou : « On ne peut pas venir s’il n’y a personne ».
Le projet a de quoi intéresser une île qui importe bien plus qu’elle n’exporte. Le navire, en construction en Turquie, mesure 92 mètres et portera 220 conteneurs selon le Journal de Mayotte. Leader Réunion, qui avait suivi en février le début du chantier chez RMK Marine à Tuzla, annonçait 210 conteneurs, trois voiles rigides pour 1 050 m² de voilure et jusqu’à 60 % de CO₂ en moins qu’un porte-conteneurs classique, d’après la coopérative. La mise à l’eau est prévue début janvier 2027, la livraison en juillet, la première rotation commerciale à partir de septembre 2027.
Windcoop prévoyait au départ de passer par le canal de Suez pour relier Marseille aux ports malgaches. La guerre au Moyen-Orient a tout changé. Pour éviter les risques sur cette route, la coopérative contournera l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance. Sur ce nouveau trajet d’environ 40 jours, Longoni deviendrait la première escale, avant Madagascar puis La Réunion, et le navire mettrait ensuite le cap sur la France hexagonale. Mayotte avait déjà été envisagée en 2022, mais des difficultés liées au port et à son organisation avaient freiné l’idée, et l’accueil sur l’île avait été « peu enthousiaste », selon le représentant de la coopérative.
Nous pensons que Mayotte aurait tort de laisser passer ce bateau sans au moins lui répondre. Le cyclone Chido a montré, en décembre 2024, combien les chaînes d’approvisionnement de l’île sont fragiles, en particulier dans l’agroalimentaire. Une bonne partie des marchandises destinées à Mayotte transite aujourd’hui par d’autres ports, ce qui allonge les délais. Une liaison directe et régulière avec Marseille ajouterait une route à une île qui en a peu, et les importateurs y trouveraient une solution de secours le jour où les lignes habituelles flanchent.
Le modèle coopératif a un intérêt particulier pour un petit territoire. La coopérative revendique environ 2 500 sociétaires, parmi lesquels des citoyens comme des entreprises, ainsi qu’une cinquantaine de chargeurs intéressés par la ligne entre Madagascar et l’Europe. Les utilisateurs sont copropriétaires. Ils votent sur les routes. Selon Yves Bourdais, cela garantit une desserte stable sur vingt ou trente ans tant que les sociétaires ne choisissent pas une autre route. La stabilité des coûts d’affrètement est l’argument principal, avec ses limites, car il faudra toujours payer le carburant et les frais de port, sans parler des assurances. Le représentant de Windcoop reconnaît d’ailleurs que ce premier navire, à environ 30 millions d’euros, est trop petit pour proposer des tarifs très attractifs. « Plus le bateau sera grand, moins le taux de fret sera élevé », admet-il.
Personne ne peut donc promettre aux consommateurs mahorais un caddie moins cher grâce à la voile. La ligne apporterait surtout une route de plus et des délais plus prévisibles, pour des émissions réduites selon la coopérative.
Windcoop affirme avoir écrit aux deux députées de l’île ainsi qu’à la préfecture. Aucune réponse pour l’instant, selon elle. Les échanges avec les entreprises locales seraient eux aussi difficiles. Ces affirmations n’engagent que la coopérative, et les intéressés n’ont pas réagi publiquement. Si elles sont exactes, personne n’a répondu à une demande pourtant modeste. La coopérative dit se contenter de « suffisamment de marques d’intérêt sérieuses » pour évaluer les besoins de l’île.
La préfecture et les députées peuvent au minimum accuser réception et orienter la coopérative vers les bons interlocuteurs. La chambre de commerce et le Département peuvent réunir, d’ici décembre, les importateurs de l’île autour d’une table pour estimer les volumes disponibles. Parmi les acheteurs publics, le centre hospitalier, qui fait venir du matériel médical, et les maîtres d’ouvrage de la reconstruction, qui importent des matériaux, sont capables de dire s’ils pourraient confier quelques conteneurs par trimestre à une ligne directe. Le gestionnaire du port de Longoni doit, de son côté, dire clairement si les difficultés de 2022 sont levées.
Le Miaraka doit être mis à l’eau en janvier 2027 et entamer sa première rotation en septembre. L’escale de Longoni dépendra, elle, des volumes que les entreprises de l’île auront fait connaître d’ici là.
Sources
- Windcoop veut faire escale à Mayotte avec son cargo à voile — Le Journal de Mayotte
- Miaraka, le porte-conteneurs à voile qui ralliera l’océan Indien — Leader Réunion

