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Usine d'Ironi Bé, à mi-délai aucune correction publique de ce que le tribunal a jugé illégal

Le 31 juillet, le tribunal administratif a suspendu l'usine de dessalement d'Ironi Bé et laissé six mois à LEMA et au préfet pour corriger trois illégalités, dont un écran anti-sédiments retiré de l'arrêté. Rien n'a encore été rendu public.

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Usine d'Ironi Bé, à mi-délai aucune correction publique de ce que le tribunal a jugé illégal
Photo : Palétuviers — Eight-Studio | Bertrand Fanonnel, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Le 31 juillet 2026, le tribunal administratif de Mayotte a suspendu le chantier de l'usine de dessalement d'Ironi Bé, à Dembéni, la deuxième de l'île après celle de Petite-Terre. Le juge a laissé six mois au syndicat Les Eaux de Mayotte (LEMA) et au préfet pour corriger trois illégalités, faute de quoi il tranchera sur un dossier incomplet. À mi-parcours, aucune mesure de régularisation n'a été rendue publique, ni par la préfecture ni par le syndicat.

Ce que le juge reproche à l'arrêté de juillet 2025

L'autorisation environnementale de l'usine date d'un arrêté préfectoral du 3 juillet 2025. En septembre 2025, Mayotte Nature Environnement, France Nature Environnement et le Groupe d'études et de protection des oiseaux de Mayotte (Gepomay) l'ont attaquée. Une autre requête, celle de Sea Shepherd France, a été déclarée irrecevable le 22 juillet 2026, sans examen au fond.

Dans son jugement n° 2501809, le tribunal suspend l'autorisation et sursoit à statuer. Selon le communiqué de la juridiction, le Parc naturel marin n'a pas été informé des rejets chimiques prévus dans le lagon, et la destruction de zones humides est trop faiblement compensée. Aucun écran anti-matières en suspension ne protège les fonds marins pendant les travaux en mer. Aucune mesure ne vise le palétuvier gros poumon (Bruguiera gymnorhiza), espèce protégée présente sur le site.

L'info Kwezi a détaillé deux de ces griefs. Les zones humides détruites couvrent 0,85 hectare, compensées au ratio de 1 quand un ratio de 3 était exigé. L'écran contre la dispersion des sédiments figurait dans le dossier initial, puis l'arrêté préfectoral l'a écarté sans justification ni solution de remplacement. Le tribunal a en revanche jugé suffisante la mise à disposition du dossier au public, du 18 mars au 17 avril 2025.

L'usine doit produire 10 000 m³ d'eau potable par jour et rejeter sa saumure dans le lagon. En décembre 2025, Mayotte Hebdo rapportait que 38 000 m³ étaient distribués chaque jour pour une consommation estimée à 47 000 m³, avec une mise en service alors prévue en octobre 2027.

Les chiffres

  • 10 000 m³ d'eau potable par jour attendus de l'usine d'Ironi Bé (AFP, juillet 2026)
  • 0,85 hectare de zones humides détruites, compensées au ratio de 1 au lieu de 3 (L'info Kwezi)
  • Environ 9 000 m³ de déficit quotidien entre l'eau distribuée et la consommation (Mayotte Hebdo, décembre 2025)
  • Environ 13 millions d'euros de manque à gagner pour les entreprises du chantier (Mayotte la 1ère, août 2026)
  • Septembre 2028 au plus tôt pour la mise en service, selon le directeur juridique de LEMA (Mayotte la 1ère, 4 août 2026)

Des corrections à la portée de l'administration

En relisant la liste du tribunal, je n'y trouve rien qui oblige à reconcevoir l'usine. Saisir le Parc naturel marin sur les rejets chimiques est une étape de procédure, avec son instruction propre et un avis qui peut être défavorable, mais elle se prépare en quelques semaines quand le dossier technique existe. Tripler la compensation suppose de trouver près de 1,7 hectare supplémentaire de zones humides à restaurer ou à protéger. L'écran anti-matières en suspension avait été prévu par le porteur de projet avant que l'arrêté ne le retire. Une mesure ciblée pour le palétuvier gros poumon me paraît à la portée de n'importe quel bureau d'études.

Les manques relevés par le juge sont ceux d'un arrêté signé par la préfecture le 3 juillet 2025. Ce que le tribunal exige, l'État et le syndicat auraient pu l'écrire dès le départ, et l'écran figurait même au dossier avant d'en être retiré.

Chaque mois de chantier arrêté repousse aussi la production d'eau censée combler une large part du déficit quotidien. Début août, le directeur juridique de LEMA avançait déjà septembre 2028, près d'un an après l'objectif d'octobre 2027 affiché lors de la visite de la ministre des Outre-mer en décembre 2025. Fin 2025, ce déficit atteignait environ 9 000 m³ par jour.

LEMA évoquait aussi en août un appel. Un appel devant la cour administrative d'appel prendrait des mois, alors que le délai de régularisation fixé par le tribunal expire fin janvier 2027. Mes recherches n'ont fait apparaître aucune décision d'appel à ce jour.

Ce que répondent les autres

Interrogé par Mayotte la 1ère début août, le président de LEMA, Saïd Maanrifa Ibrahima, disait vouloir obtenir « une décision aussi rapide que possible pour reprendre le chantier au plus vite » et annonçait les réponses du syndicat au tribunal « dans les semaines et les jours à venir ». Le directeur juridique, Ydare Madi Soilihi, a déclaré : « On envisage d'interjeter appel de cette décision. » La présidente du Gepomay, Amélie Van Gemert, estimait de son côté que « le Code de l'environnement n'est pas toujours respecté parce que c'est Mayotte ». La préfecture de Mayotte ne s'est pas exprimée publiquement sur l'avancement de la régularisation à la date de publication.

Ce que j'attends du préfet et du syndicat avant la fin novembre

Je soutiens ce projet, à condition qu'il respecte le jugement. Nous, Mahorais, avons besoin de cette eau, et les trois illégalités relevées sont corrigeables. Une compensation de zones humides ne devrait pas retarder d'une saison de plus une usine attendue depuis des années.

Je demande au préfet de Mayotte de publier avant le 30 novembre 2026 l'arrêté complémentaire qui corrige les trois points relevés, avec le plan de compensation, la fiche de l'écran anti-matières en suspension et les mesures pour le palétuvier gros poumon. J'attends du président de LEMA qu'il précise à la même date si un appel a été déposé et quel calendrier de reprise du chantier le syndicat retient. Le délai de six mois court jusqu'à fin janvier 2027, à compter de la notification du jugement, et le tribunal statuera alors sur ce qui lui aura été présenté.

Sources

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