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Vahibé a eu ses deux opérations de police en trois semaines, le préfet disait lui-même que cela ne suffit pas

Le 13 octobre comme le 21 septembre, des interpellations pour séjour irrégulier et une route coupée jusqu'au milieu de l'après-midi, mais aucune interpellation d'auteur présumé des violences rendue publique. Je demande au préfet des bilans qui distinguent les deux et un plan de présence pour Vahibé d'ici au 31 décembre.

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Vahibé a eu ses deux opérations de police en trois semaines, le préfet disait lui-même que cela ne suffit pas
Photo : N2, Passamainty, Mayotte - panoramio — franek2, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Mardi 13 octobre, vers 8 heures, des effectifs de police et deux escadrons de gendarmerie se sont déployés à Vahibé, village de la commune de Mamoudzou. D'après Mayotte la 1ère, le Groupe d'appui opérationnel (GAO) y a interpellé une dizaine de personnes en situation irrégulière. Les forces de l'ordre ont ensuite été prises à partie par des jeunes, qui ont dressé un barrage, et la route a été fermée à l'entrée de Passamaïnty. L'info Kwezi indique que la circulation n'a repris qu'à partir de 15 heures, après plusieurs heures d'affrontements, sur une chaussée encore couverte de débris et de barrages fumants.

Vingt-deux jours plus tôt, le lundi 21 septembre, le même village avait connu une scène très proche. Selon Mayotte Hebdo, près de 80 policiers avaient été engagés dans une « opération flash » de la direction territoriale de la police nationale (DTPN), annoncée comme « massive et très visible » et censée durer peu. Le directeur territorial, William Lliso, a évalué à vingt ou trente le nombre d'individus qui leur ont fait face, avec des jets de pierres et des cocktails Molotov. Quatre policiers ont été légèrement blessés et la route est restée fermée jusqu'à 15 h 45. Le GAO a interpellé trois personnes en situation irrégulière. Aucun auteur présumé des violences ne l'a été ce jour-là, et les comptes rendus publics de l'opération du 13 octobre ne mentionnent, à la date de publication, aucune interpellation de ce type.

Une phrase du préfet qui vise juste

Entre ces deux opérations se sont tenues à Mamoudzou, du 21 au 24 septembre, les deuxièmes Assises de la sécurité et de la citoyenneté. Le préfet Frédéric Poisot y a fait état, selon Mayotte Hebdo, d'une hausse de 20 % des atteintes à l'intégrité physique sur les huit premiers mois de l'année. Il a aussi déclaré : « On ne peut pas se contenter de deux opérations et repartir. » Vahibé a eu ses deux opérations en trois semaines, et rien de ce qui a été rendu public depuis ne décrit la suite prévue pour ce village.

Les chiffres

  • Près de 80 policiers engagés à Vahibé le 21 septembre, quatre légèrement blessés (Mayotte Hebdo)
  • Trois personnes en situation irrégulière interpellées le 21 septembre, aucun auteur présumé des violences (Mayotte Hebdo)
  • Une dizaine de personnes en situation irrégulière interpellées le 13 octobre (Mayotte la 1ère)
  • Opération lancée vers 8 heures, circulation rétablie à partir de 15 heures le 13 octobre (L'info Kwezi)
  • Hausse de 20 % des atteintes à l'intégrité physique sur les huit premiers mois de 2026, selon le préfet (Mayotte Hebdo)

Ce que mesurent les bilans

Le scénario se répète d'une fois sur l'autre. L'opération démarre au petit matin, les contrôles d'identité débouchent sur des interpellations pour séjour irrégulier, sans doute parce que c'est l'infraction la plus simple à constater. Quelques dizaines de jeunes au plus répliquent, la route est coupée pour la journée, puis les effectifs repartent. Le 21 septembre, William Lliso a reconnu que les personnes interpellées pour leur situation administrative « n'ont pourtant souvent rien à voir avec ces violences ». Il parlait d'un « dommage collatéral ».

Les policiers et les gendarmes qui montent à Vahibé reçoivent des pierres et des engins incendiaires, et le DTPN a raison de rappeler que « les policiers ne sont pas des objets sacrificiels ». Mais les bilans affichés comptent surtout des éloignements potentiels, et ils ne disent rien de l'état de la route de Passamaïnty le lendemain pour ceux qui l'empruntent chaque matin.

En septembre, le DTPN a expliqué préférer des procédures solides à des arrestations suivies de remises en liberté, notamment lorsqu'il s'agit de mineurs. Ce choix se tient en droit, à condition d'être servi par une enquête au long cours, par les renseignements des habitants et par une présence qui dure plus que quelques heures, travail dont je n'ai trouvé aucune trace dans les bilans publics.

De Wuambushu à Kingia

Mayotte a déjà vu passer ces séquences. Wuambushu en 2023, Place nette en 2024, puis Kingia, lancée début avril 2026 avec 49 policiers venus de l'Hexagone et 12 de La Réunion. Dans son communiqué du 7 avril, la préfecture promettait de « renforcer durablement la sécurité des Mahorais ». Fin septembre, le maire de Mamoudzou, Ambdilwahedou Soumaïla, citait encore Vahibé parmi les villages où la situation reste compliquée, avec Tsoundzou, Ongojou et Tsararano. Une nouvelle opération Kingia est annoncée avant la fin de l'année.

Les premières Assises, six ans plus tôt, avaient produit 76 propositions, ramenées à un plan de 35 actions au bilan jugé « perfectible ». Cette fois, l'ambition affichée était de passer « des constats aux engagements », avec des responsables désignés et des résultats mesurables, mais je n'ai trouvé aucune publication de ces engagements dans les trois semaines qui ont suivi la clôture.

Ce que répondent les autres

Aux Assises, le préfet Frédéric Poisot a reconnu que « le résultat n'est pas à la hauteur de nos attentes », tout en affirmant : « La vérité, c'est que oui, on progresse ». Il a mis en avant des opérations désormais hebdomadaires, de jour comme de nuit, une brigade canine à Mamoudzou et une future brigade de gendarmerie à Bandraboua-Dzoumogné. En septembre, le DTPN William Lliso a invité les habitants de Vahibé à transmettre des informations aux policiers, qui peuvent faire l'objet de procédures d'anonymisation, et a déclaré : « On ne peut pas arriver comme ça, la fleur au fusil. » Aucune réaction publique de la préfecture sur l'opération du 13 octobre n'a été trouvée à la date de publication.

Deux demandes au préfet avant la prochaine opération Kingia

Les Mahorais attendent d'une troisième opération à Vahibé qu'elle change quelque chose sur la route et dans le village, et ils ont besoin de chiffres honnêtes pour en juger. Je demande au préfet de Mayotte que chaque bilan d'opération publié par ses services sépare les interpellations d'auteurs présumés de violences, de dégradations ou d'entraves à la circulation, et les interpellations pour séjour irrégulier, qui relèvent d'une autre politique.

Le plan de suivi des Assises devrait aussi être rendu public avant la nouvelle opération Kingia annoncée pour la fin de l'année, avec pour Vahibé un dispositif de présence nommé, ses horaires et son calendrier, au plus tard le 31 décembre 2026.

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