Politique

Violences à Mayotte, l'Assemblée a entendu deux versions des renforts et aucun calendrier

Le 7 octobre, la députée Estelle Youssouffa a interrogé le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez sur la hausse des violences annoncée par le préfet. Deux récits opposés sur les renforts, mais toujours ni chiffre ni date pour les Mahorais.

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Violences à Mayotte, l'Assemblée a entendu deux versions des renforts et aucun calendrier
Photo : Le bâtiment de réception de la Préfecture de Mayotte (34050892763) — Jean-Pierre Dalbéra from Paris, France, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

Vingt pour cent d'atteintes à l'intégrité physique en plus, soixante-quinze pour cent de violences sexuelles en plus contre les femmes et les mineurs. Ces deux chiffres ne viennent ni d'un collectif ni d'un réseau social. Ils ont été présentés par le préfet de Mayotte, Frédéric Poisot, lors des deuxièmes Assises de la sécurité et de la citoyenneté, closes le 24 septembre, et portent sur les huit premiers mois de l'année, selon Mayotte Hebdo. Le représentant de l'État avait alors eu cette phrase rare dans la bouche d'un préfet, « La réalité, c'est que cela augmente ! »

Mercredi 7 octobre, ces chiffres sont arrivés dans l'hémicycle. Lors des questions au gouvernement, la députée de la 1re circonscription, Estelle Youssouffa, a interrogé le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez. L'échange a été vif. Il mérite pourtant d'être lu au-delà du ton, parce qu'il porte sur une question très concrète pour les Mahorais, celle du nombre de policiers et de gendarmes qui seront réellement présents sur l'île dans les prochains mois.

Ce qui s'est dit en séance

Selon le compte rendu provisoire de la séance publique du 7 octobre 2026, Estelle Youssouffa, députée du groupe Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires (LIOT), a rappelé que, d'après le préfet, « les violences sur les personnes y ont augmenté de 20 % et les violences sexuelles sur les femmes et les mineurs de 75 % par rapport à l'an dernier ». Elle a ajouté, à propos du représentant de l'État, « Face à cette explosion, il s'est avoué impuissant, sinon à court d'idées. »

Le cœur de sa question portait sur les renforts annoncés lors du déplacement gouvernemental de la fin août. Après la première réponse du ministre, elle a repris la parole en affirmant, toujours selon le compte rendu provisoire, « Les mouvements à Beauvau ont été annoncés et aucun renfort des effectifs placés à Mayotte n'est prévu – c'est en interne que des demandes de recrutement ont été formulées. Il n'y a pas d'effectifs supplémentaires, malgré vos annonces. » Son micro a ensuite été coupé, son temps de parole étant écoulé.

Laurent Nuñez, ministre de l'Intérieur, a défendu une « visite de travail, et non touristique », au cours de laquelle il dit avoir rencontré les maires, les policiers et les gendarmes. Sur les effectifs, il a répondu en séance « Je ne sais pas dans quel monde je me serais opposé à des recrutements à Mayotte puisque j'ai annoncé avec le premier ministre le renfort du groupe d'appui opérationnel avec plusieurs dizaines de personnes. » Il a aussi pris deux engagements précis, « Nous nous sommes engagés à renforcer les moyens nautiques pour empêcher les kwassa-kwassa d'arriver sur l'île » et « Nous travaillerons avec les armées pour renforcer les radars. »

Sur l'usage des armes dites intermédiaires, le ministre a contesté toute interdiction et affirmé que « des règles dérogatoires, que j'ai personnellement validées, s'appliquent justement dans ce territoire, notamment au profit de la gendarmerie nationale ». Enfin, sur le calendrier, il a déclaré « On ne recrute pas comme ça des membres du GAO ! Des recrutements sont prévus dans le cadre du PLF et les effectifs supplémentaires arriveront très vite, ne vous inquiétez pas ! »

Mayotte la 1ère rapporte que la députée a conclu en demandant la démission du ministre. La séance n'a pas donné lieu à un vote, puisqu'il s'agit d'une question au gouvernement. Elle n'a pas non plus permis de connaître un chiffre d'effectifs supplémentaires ni une date d'arrivée.

Ce que l'on sait vraiment

Sur le constat, les deux interlocuteurs ne se contredisent pas. Les chiffres de hausse viennent de la préfecture elle-même, et personne ne les a démentis. Le désaccord porte sur la réponse. D'un côté, une parlementaire affirme qu'aucun renfort net n'est programmé pour l'île. De l'autre, un ministre assure que les recrutements passeront par le projet de loi de finances pour 2027, actuellement examiné au Parlement, et que les agents « seront sur place ».

Il faut aussi rappeler ce qui avait été mis sur la table aux Assises. D'après Mayotte Hebdo, l'État y a annoncé des effectifs supplémentaires, la poursuite des opérations de terrain, une brigade canine mise en place à Mamoudzou et une future brigade de gendarmerie à Bandraboua-Dzoumogné. Le maire de Mamoudzou y avait cité des baisses sur certains faits, notamment les violences crapuleuses, tandis que le président du Département-Région, Ben Issa Ousseni, proposait un observatoire des violences. Les chiffres ne disent donc pas tous la même chose selon le périmètre retenu, et c'est précisément pour cela qu'il faut des données publiques, régulières et comparables.

La semaine écoulée a montré que le sujet n'a rien d'abstrait, avec des caillassages en marge de la mobilisation lycéenne, le lycée de Sada évacué et des chantiers suspendus à Kawéni.

Notre avis

Un échange vif à l'Assemblée n'est pas un problème en soi. Les questions au gouvernement servent aussi à cela. Ce qui pose problème, c'est qu'au terme de cet échange, un habitant de Mayotte ne sait toujours pas combien de policiers et de gendarmes supplémentaires arriveront, dans quelles unités, ni à quelle date. Seule une information chiffrée permettra de départager les deux versions entendues dans l'hémicycle.

Les promesses de renfort faites à Mayotte ont une particularité. Elles sont faciles à vérifier. L'île est petite, les unités sont identifiées, et les arrivées se voient. Le ministère aurait tout intérêt à publier un échéancier précis, poste par poste, et à le tenir à jour. Ce serait la meilleure réponse aux soupçons d'annonces sans lendemain, d'où qu'ils viennent.

Nous pensons aussi que la sécurité ne se joue pas seulement en nombre d'uniformes. La hausse des violences sexuelles contre les femmes et les mineurs, signalée par le préfet lui-même, appelle des moyens d'enquête, d'accueil des victimes et de prise en charge que l'on n'obtient pas avec des patrouilles. Les moyens nautiques et les radars annoncés par le ministre relèvent d'un autre volet, la lutte contre les arrivées irrégulières par la mer, qui ne doit pas faire oublier le reste.

Des pistes concrètes

Trois demandes simples pourraient être portées par tous les élus mahorais, quelle que soit leur sensibilité. D'abord, un tableau public des effectifs de police et de gendarmerie affectés à Mayotte, actualisé chaque trimestre. Ensuite, la publication régulière des statistiques de délinquance par commune, avec les mêmes définitions d'une année sur l'autre, afin que chacun puisse lire les hausses et les baisses sans contestation. Enfin, une ligne budgétaire identifiable dans le projet de loi de finances pour 2027 consacrée aux recrutements annoncés pour Mayotte, que les parlementaires pourront suivre pendant l'examen du texte.

Le préfet a reconnu que le résultat n'était pas à la hauteur. Le ministre promet des renforts. La députée affirme qu'ils ne viennent pas. Les Mahorais, eux, attendent un chiffre et une date.

Sources

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