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Zéna M'Déré recalée à l'Assemblée, c'est à Mayotte de porter sa demande jusqu'à l'Élysée

Rejetée jeudi par 158 voix contre 133, la résolution sur l'entrée au Panthéon de la cheffe des chatouilleuses a surtout buté sur la méthode. Les collectifs mahorais répondent au député Jean-Paul Lecoq, et la décision reste entre les mains du président de la République.

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Zéna M'Déré recalée à l'Assemblée, c'est à Mayotte de porter sa demande jusqu'à l'Élysée
Photo : Le conseil départemental (Mamoudzou, Mayotte) (34746660561) — Jean-Pierre Dalbéra from Paris, France, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

Cent cinquante-huit voix contre, cent trente-trois pour. Jeudi 8 octobre au soir, l'Assemblée nationale a rejeté la proposition de résolution qui invitait le gouvernement à engager l'entrée au Panthéon d'Olympe de Gouges, de l'abbé Charles-Michel de l'Épée et de Zéna M'Déré, cheffe des chatouilleuses de Mayotte. Le texte était porté par le Rassemblement national lors de sa journée réservée, et Mayotte la 1ère rappelle qu'aucun des textes du groupe n'a été adopté ce jour-là.

Pour une Mahoraise ou un Mahorais qui a grandi avec le récit des femmes qui chatouillaient les responsables comoriens jusqu'à les faire repartir, le résultat peut sembler brutal. Le compte rendu de la séance, encore provisoire, montre pourtant que la plupart des orateurs ont salué son combat. Le texte est tombé sur sa méthode et sur le moment choisi, à six mois d'une élection présidentielle.

Ce qui s'est dit au Palais-Bourbon

Le député Jean-Philippe Tanguy (Rassemblement national) a défendu le texte en séance publique, selon le compte rendu provisoire : « Nous souhaitons rappeler que les Mahorais, en particulier les Mahoraises courageuses, ont choisi la France, quand tant d'autres, ici, ne savaient pas encore comment la défendre. » La députée de Mayotte Anchya Bamana, du même groupe, a plaidé selon Mayotte la 1ère que leur rendre hommage revenait à « reconnaître la diversité des chemins qui ont façonné notre histoire commune, de l'Hexagone jusqu'aux Outre-mer ».

Béatrice Piron (Horizons & Indépendants) a d'abord rappelé les chiffres de 1976, avec 99,42 % des suffrages exprimés pour le maintien dans la République, puis a posé la règle : « Depuis 1958, l'entrée au Panthéon ne relève ni d'un vote ni d'une pétition : elle appartient au président de la République, qui la décide seul et la prononce par décret. » Carole Guillerm (Les Démocrates) a annoncé l'abstention de son groupe en précisant : « Les chatouilleuses se sont battues pour que Mayotte reste française. Ce combat appartient pleinement à notre histoire nationale, mais il ne saurait être réduit aux débats contemporains sur l'immigration et encore moins servir un discours de repli. » Colette Capdevielle (Socialistes et apparentés) a déclaré : « L'engagement de Zéna M'Déré en faveur de l'ancrage de Mayotte dans la République, son courage et sa détermination forcent notre respect. Vos votes démontrent pourtant exactement le contraire. » Elle visait les positions du groupe RN sur la nationalité et le droit du sol à Mayotte.

Nicole Dubré-Chirat (Ensemble pour la République) s'est interrogée sur la cohérence d'un texte qui réunit trois parcours sans lien entre eux. Sur les bancs de la Gauche démocrate et républicaine, Stéphane Peu a lancé : « Quant à Zéna M'Déré, vous oubliez qu'aucune panthéonisation ne doit trancher des débats non encore clos – tel celui concernant la responsabilité de la France à Mayotte, considérée par les Nations unies comme un territoire à décoloniser ! » Son collègue Jean-Paul Lecoq a soutenu à la tribune, d'après les propos rapportés par Mayotte la 1ère, que « le maintien de Mayotte dans la République viole le droit international ».

À Mamoudzou, les collectifs ont répondu par courrier

Ces dernières phrases ont été reçues à Mayotte comme une remise en cause du choix de 1976. Vendredi, le CODIM, le collectif Ré-MaA, Mayotte en souffrance et le collectif des citoyens de Mayotte ont adressé une lettre au député Lecoq, publiée par Mayotte la 1ère. Ils y écrivent que la fonction de député « ne vous confère certainement pas le droit de réécrire notre histoire en faisant fi de la mémoire de celles et ceux qui l'ont vécue ».

La colère se comprend. Le vote de 1976, puis la consultation de 2009 qui a ouvert la voie à la départementalisation, sont des expressions démocratiques que la population de l'île n'a jamais démenties. Un député peut évidemment citer à la tribune la position des Nations unies. Pour beaucoup de Mahorais, l'entendre au moment d'un hommage à une femme qui s'est battue pour que les habitants décident eux-mêmes de leur avenir a été vécu comme une blessure, et la lettre des collectifs le dit sans détour.

Une demande à porter depuis Mamoudzou

Je crois que le résultat de jeudi ne ferme rien, parce qu'une résolution n'a jamais eu le pouvoir d'ouvrir les portes du Panthéon. Plusieurs orateurs l'ont dit en séance, quel que soit leur vote, et cela laisse aux Mahorais l'initiative. Une mémoire aussi chargée que celle des chatouilleuses supporte mal d'être portée par un seul groupe en période électorale, et elle aurait plus de chances d'aboutir si elle vient de l'île tout entière.

Concrètement, le Conseil départemental, les dix-sept maires et les associations de mémoire pourraient adopter une demande commune et l'adresser au président de la République, seul compétent. Une délibération votée à Mamoudzou, accompagnée d'un dossier historique solide, aurait du poids à l'Élysée. Ce dossier existe en partie. Il faudrait le compléter par la collecte de témoignages et d'archives familiales, un travail que les Archives départementales et l'université de Dembeni sont bien placées pour conduire avant que les derniers témoins de cette période ne disparaissent.

Le rectorat a aussi sa part. Beaucoup de lycéens mahorais connaissent le nom de Zéna M'Déré sans savoir ce que les chatouilleuses ont fait entre 1966 et 1976, ni pourquoi la capitale des Comores a quitté Dzaoudzi pour Moroni. Un module d'histoire locale dans les programmes de l'académie, construit avec des historiens, ferait beaucoup pour sa mémoire, et les élèves y trouveraient un exemple d'engagement civique tiré de leur propre île.

Une panthéonisation liée au statut de Mayotte gardera une part politique, puisque ce statut est contesté par certains. Le Panthéon accueille déjà bien des figures qui ont divisé leur époque.

L'élection présidentielle se tiendra au printemps 2027. Les associations mahoraises ont là une occasion précise de demander à chaque candidat, par écrit, s'il signerait le décret faisant entrer Zéna M'Déré au Panthéon.

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