Aménagement du territoire

À Dapani, l'État propose enfin des logements avant de démolir et doit dire ce qu'il fera du terrain

Un arrêté du 8 octobre ordonne la destruction de 32 cases bâties sur un terrain du Conservatoire du littoral, dans la commune de Bandrélé. Trois familles ont reçu une offre d'appartement, une exception depuis la loi de refondation.

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À Dapani, l'État propose enfin des logements avant de démolir et doit dire ce qu'il fera du terrain
Photo : Dapani — Frédéric Ducarme, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Trois appartements, un à Mamoudzou, un à Chiconi, un troisième à Labattoir, de l'autre côté du bras de mer. C'est ce que l'État a proposé à trois familles de Dapani avant de faire raser les cases qu'elles occupent au nord du village, le long de la route départementale. L'information figure dans l'arrêté préfectoral publié jeudi 8 octobre, et Mayotte la 1ère a eu raison de la souligner, car on ne la lit plus guère dans ce genre de document. Depuis la loi pour la refondation de Mayotte, la préfecture peut évacuer un habitat illicite sans aucune offre de relogement. Elle s'en est servie plusieurs fois ces derniers mois, en expliquant qu'il n'y avait de toute façon pas assez de places d'hébergement d'urgence sur l'île.

Je me réjouis donc de ces trois offres, sans illusion sur leur portée. Trente-deux cases ont été recensées lors de l'inspection de juillet. Trois familles relogées pour trente-deux constructions, même si plusieurs cases peuvent abriter un seul foyer ou être inoccupées, cela laisse une question entière, à laquelle ni l'arrêté ni les articles parus depuis ne répondent. Où iront les autres ?

Le reste de la procédure est connu de tous ceux qui suivent ces opérations. Le terrain appartient au Conservatoire du littoral, et l'arrêté vise explicitement à le libérer. Les occupants auront vingt-trois jours après notification pour partir, puis les engins pourront intervenir, avec l'appui des forces de l'ordre si besoin, précise L'info Kwezi, qui ajoute que la commune de Bandrélé est associée à l'opération et que l'association ACFAV a mené des enquêtes sociales auprès des familles. La démolition devrait intervenir à partir du mois prochain.

Sur le fond, l'argument sanitaire tient. L'Agence régionale de santé a constaté l'absence d'eau potable et d'évacuation des eaux usées, des branchements électriques précaires, des déchets entassés, avec des risques d'incendie et d'intoxication au monoxyde de carbone. Les secours accèdent mal au secteur. Personne, à Bandrélé ou ailleurs, ne souhaite à ses voisins de vivre dans ces conditions, et on comprend qu'une autorité sanitaire finisse par écrire noir sur blanc que ces logements mettent leurs occupants en danger.

L'argument sécuritaire est plus fragile, et le dossier lui-même le reconnaît en partie. D'après Mayotte la 1ère, la gendarmerie ne relève pas de « menace sécuritaire particulière » dans ce quartier, seulement des tensions entre Dapani et Mtsamoudou qui durent depuis 2023. Elle ajoute pourtant que les cases peuvent faciliter l'arrivée et le maintien de personnes en situation irrégulière, puisque les plages de Dapani voient souvent accoster des kwassa. Ce raisonnement porte sur la géographie du lieu et ne dit rien des familles qui habitent là, dont la situation administrative n'est décrite nulle part. J'aimerais que les communiqués officiels fassent toujours cette distinction, parce que les habitants du sud, eux, entendent la phrase et retiennent surtout le soupçon.

Un terrain du Conservatoire au bord de la baie de Dapani

Une fois les tôles enlevées, la parcelle reviendra au Conservatoire du littoral, dont le métier est de protéger les rivages. La côte sud de Mayotte en a besoin. Mais tout le monde a vu, à Mayotte, des terrains dégagés à grand renfort de pelleteuses puis laissés nus, sans clôture, sans plantation, sans personne pour y passer, et recouverts de nouvelles cases avant la fin de l'année suivante. Si c'est pour recommencer dans dix-huit mois, l'argent public et la peine des familles auront été dépensés pour rien.

La commune de Bandrélé et le Conservatoire ont l'occasion de montrer autre chose. Ils pourraient annoncer dès maintenant, avant même la démolition, ce que deviendra le site, qu'il s'agisse d'une replantation de la végétation littorale, d'un sentier vers la plage ouvert aux habitants du village ou d'une présence régulière de gardes. Un calendrier affiché à l'entrée du terrain, même sommaire, changerait la perception de l'opération pour les gens de Dapani, qui verraient qu'elle leur rapporte quelque chose.

Il y a aussi les enfants, dont personne ne parle dans l'arrêté. Une famille qui part s'installer à Chiconi change d'école. Celle qui part à Labattoir change d'île, en quelque sorte, avec la barge à prendre chaque jour si un parent travaille encore dans le sud. Si l'évacuation tombe en novembre, en plein trimestre, les inscriptions devront être prêtes avant le déménagement. Le rectorat et les mairies d'accueil devraient donc être prévenus dès cette semaine.

Je reformule ici une demande que chaque nouvel arrêté de ce type ravive. Les décasages se succèdent dans toutes les communes, de Kawéni à Bandrélé, et aucun bilan public n'en a jamais été publié. La préfecture sait combien de cases ont été détruites ces dernières années, combien de personnes ont été relogées et sur combien de parcelles libérées un projet a réellement vu le jour. Elle pourrait publier ces chiffres une fois par an, et chacun pourrait alors juger sur pièces.

Pour Dapani, le compte à rebours commencera à la notification de l'arrêté, avec vingt-trois jours de délai. D'ici là, la préfecture peut dire combien d'autres foyers recevront une offre de logement, et la mairie de Bandrélé ce qu'elle compte faire du terrain.

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