Travaux

À Kawéni comme à Bouéni, les jeunes attendent des terrains que l'on n'arrive pas à finir

Quatre chantiers publics de Mamoudzou, dont le stade attendu par l'ASC Kawéni, sont suspendus depuis les violences du 6 octobre. À Bouéni, le plateau sportif attend toujours que soient réparées les toiles arrachées par Chido, et le club de handball n'a pas pu inscrire ses équipes de jeunes.

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À Kawéni comme à Bouéni, les jeunes attendent des terrains que l'on n'arrive pas à finir
Photo : Kaweni10 — Mayotte.orange, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Le stade de Kawéni, la maison des sports de Bazama Bandrajou, l'école de la seconde chance et la plateforme de services urbains se sont arrêtés d'un seul coup cette semaine. Après les caillassages et les affrontements avec les forces de l'ordre survenus mardi 6 octobre dans le secteur de la cité éducative, en marge de la mobilisation lycéenne, les entreprises ont retiré leur personnel de ces quatre opérations publiques de Mamoudzou. La mairie l'a annoncé, rapportent Mayotte la 1ère et Le Journal de Mayotte. Les conditions de sécurité « n'étant pas réunies pour poursuivre les opérations en cours », les travaux sont suspendus.

Le stade de Kawéni attendra

Les affrontements ont eu lieu entre la MJC de Kawéni et le lycée des Lumières, pendant les blocages d'établissements, précise le Journal de Mayotte. Le stade, lui, est attendu de longue date, en particulier par les footballeurs de l'ASC Kawéni, note Mayotte la 1ère. La municipalité prévient que « chaque interruption fait peser un risque de retards cumulés sur les calendriers des chantiers, au détriment de l'ensemble des habitants ». Elle en appelle à « la responsabilité collective de chacun, notamment celle des parents dans l'accompagnement et l'encadrement des mineurs », et ajoute qu'il « n'est pas soutenable de demander des équipements de qualité sans, dans le même temps, veiller à ce que les chantiers ne soient pas perturbés ».

Aucune date de reprise n'a été communiquée à ce stade. Jeudi, le lycée des Lumières a rouvert pour une partie de ses élèves, ce qui laisse espérer un retour au calme dans le secteur, mais la décision de revenir sur les chantiers appartient d'abord aux entreprises.

À Bouéni, un plateau à l'abandon

Dans le sud de l'île, l'histoire dure depuis plus longtemps et fait moins de bruit. L'enquête publiée par Mayotte Hebdo porte sur un plateau sportif municipal inauguré en 2021 et toujours inutilisable cinq ans plus tard. En mai de cette année-là, Bouéni inaugurait la première phase de sa rénovation, pour 1,3 million d'euros financés en majorité par le Conseil départemental et le Centre national pour le développement du sport. La deuxième phase, la couverture du plateau, devait coûter 1,5 million d'euros, et la commune espérait accueillir un jour des épreuves des Jeux des îles de l'océan Indien.

Le 14 décembre 2024, le cyclone Chido a arraché une partie des toiles qui venaient d'être posées. L'eau s'est infiltrée. Faute d'entretien, le sol s'est ensuite dégradé. Mirhane Ousséni, élu maire en mars 2026, assure que les équipements intérieurs « peuvent être installés dès demain », sauf que rien ne peut avancer tant que le toit n'est pas réparé. Il évoque aussi un rapport de la Chambre régionale des comptes selon lequel l'ouvrage aurait déjà coûté le double de sa valeur initiale, ainsi que plus de cinq millions d'euros de subventions devenues caduques. Le contexte local reste instable, puisque le tribunal administratif a annulé l'élection municipale le 24 juin 2026, rappelle l'hebdomadaire.

Faute de salle, le club de handball n'a pas pu inscrire ses équipes de moins de 16 ans et de moins de 14 ans, ni son école de handball. Son équipe masculine senior a été reléguée en deuxième division, sanctionnée pour l'absence de catégories jeunes. L'équipe de basket a quasiment disparu, selon Mayotte Hebdo, qui cite d'autres projets sportifs restés en plan comme les stades de Cavani et de Tsoundzou.

Sécuriser le stade de Kawéni et couvrir le plateau

À Kawéni, la violence a stoppé net des chantiers en cours. Bouéni paie les dégâts de Chido, mais aussi des finances communales fragiles et un suivi défaillant. Pour un adolescent de quinze ans, le résultat se ressemble pourtant beaucoup. Pas de terrain, pas de salle, pas de club, et souvent rien d'autre à faire après les cours. On connaît bien à Mayotte ce cercle où le manque d'équipements et d'encadrement nourrit le désœuvrement d'une partie de la jeunesse, pendant que les violences d'une minorité retardent les équipements destinés à tous. Pour en sortir, la sécurité des chantiers compte autant que la livraison rapide des ouvrages.

À nos yeux, la mairie de Mamoudzou a raison de rappeler que les parents ont un rôle à jouer, mais elle aurait tort de s'en tenir là. Un chantier public n'est pas seulement l'affaire de l'entreprise qui le réalise, c'est un engagement pris envers les habitants, qui doit être protégé comme tel. Quand quatre sites de travaux s'arrêtent en même temps dans le même quartier, leur sécurisation devient l'affaire de la commune, de l'État et du rectorat, dont les établissements voisins sont directement concernés. Associer les clubs, les associations de quartier et les jeunes eux-mêmes au suivi du stade, par des visites de chantier par exemple, donnerait en plus aux habitants une raison de le défendre.

À Bouéni, une saison sans salle, c'est une génération de jeunes joueurs qui part ailleurs ou qui arrête, et un équipement qu'on n'entretient pas finit par coûter deux fois son prix. Nous pensons que les financeurs, Département en tête, devraient exiger un suivi public de chaque équipement qu'ils subventionnent, de la première pierre à l'entretien courant. Sur place, le maire indique que le financement de l'État est acquis. La priorité est donc de tenir le calendrier de la consultation des entreprises et de la livraison de la toile, seul verrou qui empêche la réouverture, et d'en informer les clubs. D'ici là, une convention avec les communes voisines pour l'accès à leurs salles permettrait aux clubs de garder leurs jeunes.

À Kawéni, la commune pourrait publier rapidement un calendrier révisé pour chacun des chantiers suspendus et préciser, avec la préfecture, quelles mesures de protection accompagneront la reprise. Les chantiers de Kawéni et le plateau de Bouéni ont été pensés pour les mêmes jeunes. Ce serait un échec collectif qu'ils en soient privés encore une saison.

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