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À 1 700 euros net, le salaire médian du privé mahorais est le plus bas de France

Selon l'Insee, la moitié des 24 200 salariés du privé gagnait au plus 1 700 euros nets par mois en 2024, 20 % de moins qu'en province. Le SMIC doit s'aligner d'ici 2031, sans calendrier annuel connu.

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À 1 700 euros net, le salaire médian du privé mahorais est le plus bas de France
Photo : Une boutique à Mamoudzou (Mayotte) (34838784776) — Jean-Pierre Dalbéra from Paris, France, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

La moitié des salariés du privé à Mayotte touchaient au plus 1 700 euros nets par mois en 2024. Aucun autre département français ne descend aussi bas, et l'écart avec la France de province atteint 20 % sur ce salaire médian, selon l'étude que l'Insee a publiée mardi 20 octobre et que Mayotte la 1ère et L'info Kwezi ont détaillée le jour même.

Le chiffre repris par la plupart des titres, celui de la moyenne, est plus flatteur, puisqu'un salarié du privé y gagne 2 160 euros nets, contre 2 480 euros dans l'Hexagone hors Île-de-France, soit 13 % de moins. La moyenne mahoraise est relevée par une petite couche de cadres, 9 % des salariés du privé contre 18 % en province, qui perçoivent en moyenne 4 670 euros nets, davantage que leurs homologues de province. Au bas de l'échelle, les 10 % les moins payés gagnent au maximum 1 210 euros. Les femmes, elles, touchent en moyenne 9 % de moins que les hommes.

Vingt-quatre mille salariés et une île qui travaille surtout pour l'État

Avec 24 200 salariés, le privé ne pèse que 47 % de l'emploi salarié de l'île. Un mois plus tôt, l'Insee Flash Mayotte n° 214 avait dressé le décor, avec 51 100 salariés fin 2024 dans 3 220 établissements, plus de la moitié dans le secteur public, une part deux fois plus forte que dans l'Hexagone. Les très grands établissements de 250 salariés ou plus n'y concentrent que 5 % de l'emploi salarié, contre 20 % dans l'Hexagone, et Mamoudzou avec les communes voisines rassemble 75 % des établissements.

Mis bout à bout, les deux documents dessinent un salarié souvent jeune et rarement cadre, employé dans une petite entreprise du commerce ou du BTP et payé sur la base d'un SMIC inférieur au SMIC national. Ce SMIC plus bas « tire vers le bas les rémunérations des salariés », écrit l'Insee. La construction, premier employeur du privé et principal moteur de la reconstruction depuis Chido, paie pourtant moins que la moyenne du secteur privé, relève Mayotte la 1ère.

L'argent public de la reconstruction finance des chantiers d'écoles, de logements et de routes dont les ouvriers comptent parmi les salariés les moins bien payés d'un département déjà en queue de classement. La reconstruction enrichit le carnet de commandes des entreprises sans que rien, dans les chiffres publiés, ne montre qu'elle améliore la fiche de paie de ceux qui posent les parpaings.

Un SMIC aligné en 2031, à un rythme inconnu

La loi de programmation pour la refondation de Mayotte prévoit l'alignement du SMIC mahorais sur le SMIC national d'ici décembre 2031, rappelle L'info Kwezi. Cinq ans, c'est long quand on paie le riz, le gaz et l'essence aux prix de l'île, d'autant que la loi fixe une échéance sans en dire le rythme. Personne ne sait aujourd'hui, en lisant les textes publics, de combien le SMIC montera chaque année, ni si l'essentiel du rattrapage sera renvoyé à 2030 et 2031.

Nous pensons que ce flou coûte cher aux salariés, qui ne peuvent pas se projeter, et aux petites entreprises, majoritaires dans le privé mahorais, qui ont besoin de savoir à l'avance ce que coûtera une embauche. Un calendrier en marches annuelles, publié par décret dès 2027, rendrait la convergence vérifiable. Chaque nouvelle étude de l'Insee dirait alors si le salaire médian remonte vraiment.

Dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2027, la députée de la 2e circonscription Anchya Bamana (Rassemblement national) a déposé le 17 octobre 2026 l'amendement n° 2972 à l'article 4, qui propose d'ouvrir à Mayotte le régime d'exonération de cotisations patronales applicable en Guyane. L'exposé des motifs indique que l'extension « doit contribuer à réduire le coût du travail, favoriser l’emploi déclaré et renforcer durablement les capacités de production du territoire et son attractivité ». À notre connaissance, l'amendement n'avait pas encore été examiné en séance.

Baisser le coût du travail peut aider à créer de l'emploi déclaré sur une île où trop de gens travaillent sans contrat. Mais si l'argent public allège les charges des employeurs, il serait logique que les entreprises qui en profitent le plus, en particulier dans le BTP de la reconstruction, s'engagent en retour sur les salaires, par des accords de branche négociés avec les syndicats de l'île. Pour les marchés passés par l'État, le Département et les communes, le code de la commande publique permet déjà d'écrire des clauses sociales d'insertion et de formation.

Le calendrier annuel du SMIC jusqu'en 2031 reste la priorité, puisque les salaires de la moitié du privé en dépendent directement, et rien n'empêche les acheteurs publics d'inscrire des clauses d'insertion et de formation dans les prochains appels d'offres de la reconstruction, sans attendre Paris. L'étude de l'Insee, reconduite chaque année avec le même découpage par secteur et par sexe, permettrait de suivre d'une année sur l'autre l'écart de 9 % entre femmes et hommes.

Puisque les exonérations de cotisations se discutent dans le PLFSS 2027, les élus mahorais et le gouvernement devraient dire, chiffres de l'Insee à l'appui, quelle part de cet effort reviendra aux 24 200 salariés du privé et à quel rythme leur SMIC rejoindra le SMIC national avant l'échéance de décembre 2031.

Sources

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