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À Bouyouni, une nuit de caillassages et la route du Nord fermée par les habitants eux-mêmes

Après des affrontements autour de Dzoumogné, Kahani et Iloni, le village de Bandraboua a barré la nationale vendredi 6 novembre, comme M'tsamoudou l'a fait trois fois dans le Sud. Les usagers, eux, découvrent chaque blocage au volant.

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À Bouyouni, une nuit de caillassages et la route du Nord fermée par les habitants eux-mêmes
Photo : Mtsangaboua — Frédéric Ducarme, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Vendredi 6 novembre au matin, les habitants de Bouyouni, dans la commune de Bandraboua, ont eux-mêmes coupé la route nationale du Nord pour protester contre l'insécurité, au lendemain d'une nuit de troubles. Les embouteillages se sont étirés loin dans le nord de l'île, rapporte Mayotte la 1ère. La gendarmerie a confirmé être intervenue dans la nuit autour de Dzoumogné pour mettre fin à des affrontements entre bandes et à des caillassages. Elle était aussi engagée à Kahani pendant la nuit et à Iloni, jeudi après-midi puis vendredi dès l'aube, avant que la circulation n'y soit rétablie dans la matinée.

Un habitant interrogé par la chaîne a décrit l'escalade de la semaine. « Toute la semaine, c'est monté d'un cran, tout le village a décidé de se mobiliser », a-t-il expliqué, avant d'ajouter que les familles ne dormaient plus et recevaient « des bombes lacrymogènes dans les maisons ». Le président du groupement patronal de Mayotte, Fahardine Mohamed, a raconté dans une vidéo publiée sur Facebook que des maisons avaient été attaquées la veille au soir et dit avoir cherché à joindre le maire de Bandraboua.

Un village du Nord après M'tsamoudou

À l'autre bout de l'île, les habitants de M'tsamoudou, à Bandrélé, ont déjà barré leur route à trois reprises pour la même raison, la dernière fois mercredi 4 novembre, selon la même source. En quelques semaines, le barrage est devenu le moyen par lequel un village fait savoir qu'il n'en peut plus, parce qu'il se voit tout de suite, même si son coût retombe presque entièrement sur d'autres que ceux qu'il vise.

Car la route nationale qui traverse Bouyouni dessert tout le nord et le nord-est. Un matin de blocage, des salariés n'atteignent pas Mamoudzou et des élèves attendent au bord de la route un car qui ne viendra pas. La même semaine, L'info Kwezi titrait sur la violence qui « s'invite encore et toujours dans les cars des enfants », si bien que les familles du Nord affrontent l'insécurité à l'arrêt de bus, dans le car puis sur une route coupée. Les habitants de Bouyouni ont des raisons d'avoir peur, et s'ils n'ont trouvé aucun autre canal pour être entendus aussi vite, c'est aux pouvoirs publics de s'en inquiéter.

Le maintien de l'ordre, à Mayotte, relève de l'État, et la gendarmerie est intervenue chaque nuit où elle a été appelée cette semaine, si l'on s'en tient à ce qu'elle a confirmé à Mayotte la 1ère. Ces interventions répondent à l'urgence de la nuit, sans dire aux riverains ce qui se passera la nuit suivante. Le témoignage sur les grenades lacrymogènes entrées dans les maisons, s'il se confirme, pose un autre problème. Dans un village où les cases se touchent, le gaz utilisé pour disperser des groupes atteint aussi des enfants endormis qui n'ont rien à voir avec les affrontements.

Un conseil de sécurité à réunir à Bandraboua

La loi prévoit pour les communes de la taille de Bandraboua un conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance, qui réunit le maire, le préfet, la gendarmerie et le parquet. C'est le moment de le convoquer avec les habitants de Bouyouni et de Dzoumogné, publiquement, pour que ceux qui ont tenu le barrage repartent avec un calendrier de présence des forces de l'ordre et un interlocuteur nommé. Les riverains ont besoin de savoir à quelles heures une patrouille passera dans le village et qui prévenir quand un groupe se forme, et les propriétaires des maisons attaquées attendent de savoir quelle suite judiciaire sera donnée à leurs plaintes s'ils en ont déposé.

Les usagers de la route, eux, subissent chaque barrage sans en être prévenus. La préfecture pourrait diffuser en temps réel, par SMS et sur les réseaux, l'état des axes bloqués du Nord et du Centre, en lien avec les transporteurs scolaires et le Département-Région, afin que les familles sachent avant 5 heures du matin si le car passera.

Les habitants de Bouyouni ont prévenu que tout le village était mobilisé. La gendarmerie, de son côté, peut dire dès cette semaine comment les grenades lacrymogènes ont été employées près des habitations dans la nuit du 5 au 6 novembre, et si des blessés ont été signalés.

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