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À Kawéni, des gravats remblaient la mangrove pendant que les conventions pour la sauver cherchent leur argent

Le 31 août, le Grand Nord a signé avec le Conservatoire du littoral deux conventions pour la mangrove de Dzoumogné-Longoni et les îlots Choizil, sans financement bouclé. À Kawéni, des gravats signalés en juillet étaient encore visibles en septembre, et le plan forestier des mangroves arrive à son terme en 2028.

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À Kawéni, des gravats remblaient la mangrove pendant que les conventions pour la sauver cherchent leur argent
Photo : Mangrove à Kawéni — Perrine Pépin, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Le 23 juillet 2026, un signalement déposé sur la plateforme Sentinelles de la nature a décrit une grande quantité de gravats et quelques déchets ménagers dans la mangrove de Kawéni, en bordure directe de la zone industrielle de Mamoudzou. Le dépôt, d'après la fiche, semble là depuis un certain temps et « commence à remblayer » la mangrove. Une photo ajoutée le 2 septembre montre que les gravats y étaient toujours. L'association qui suit l'alerte a saisi l'Office français de la biodiversité, et je n'ai trouvé aucune trace publique d'un constat ni d'une remise en état.

Deux conventions signées à Bouyouni, sans plan de financement

Le 31 août 2026, à Bouyouni, la communauté d'agglomération du Grand Nord de Mayotte (CAGNM) et le Conservatoire du littoral ont signé deux conventions de gestion d'une durée de six ans, selon Outremers360, dont l'information a été reprise par Le Journal de Mayotte. La première porte sur la mangrove de Dzoumogné-Longoni, environ 193 hectares, la deuxième de l'île par sa superficie, où vivent sept espèces de palétuviers et 21 espèces d'oiseaux. La Fédération mahoraise des associations environnementales y est associée. La seconde concerne les îlots Choizil, dix hectares situés à 4,5 kilomètres au nord de Grande-Terre.

Le programme prévoit de retirer les déchets et les espèces exotiques envahissantes, puis de replanter des espèces indigènes, afin de limiter l'envasement du lagon et le risque de submersion. Le texte est présenté comme une étape vers le premier plan d'action sur dix ans consacré aux mangroves de Mayotte. Aucun montant n'a été rendu public, et Outremers360 précise que la CAGNM cherche encore les financements des études et des opérations à venir.

Avant ces conventions, un plan d'aménagement établi par l'Office national des forêts fixait déjà, pour la période 2019-2028, les objectifs de gestion des trente massifs recensés, d'après le Centre universitaire de Mayotte. Presque toutes les mangroves de l'île sont devenues propriété du Conservatoire du littoral, selon une présentation de l'UMR MARBEC en 2022.

Les chiffres

  • 600 à 735 hectares de mangroves à Mayotte selon les estimations (Mayotte la 1ère, 2024 ; UMR MARBEC, 2022)
  • 29 % du linéaire côtier de l'île bordé de mangrove (UMR MARBEC, 2022)
  • 193 hectares pour la mangrove de Dzoumogné-Longoni, couverte par la convention du 31 août 2026 (Outremers360)
  • 30 massifs inscrits au plan d'aménagement forestier 2019-2028 (Centre universitaire de Mayotte)
  • Plus de 32 millions d'euros collectés au niveau national par le jeu Mission Nature depuis 2023, pour 92 projets dont des arrière-mangroves à Mayotte (amendement n° I-2480, Assemblée nationale)

Un filtre pour le lagon sans ligne budgétaire

Pour moi, l'eau de Mayotte et son lagon relèvent d'un même dossier, parce que la mangrove retient les sédiments issus de l'érosion des sols et protège ainsi le récif, comme le rappelait Mayotte la 1ère en 2024. Elle arrête aussi au passage une bonne partie de nos déchets. Michel Charpentier, alors président de l'Association des naturalistes de Mayotte, décrivait à cette occasion la mangrove de Majicavo et prévenait : « Et puis, à chaque grande marée, tout est emmené dans le lagon. » Il ajoutait que le problème se rencontrait « pratiquement sur tous les littoraux de Mayotte ».

L'intercommunalité s'engage pourtant pour six ans sans avoir bouclé le financement des études. Quant au plan forestier, il arrive à son terme en 2028 et je n'en ai trouvé aucun bilan de mi-parcours publié. Le Centre universitaire relevait en 2021 qu'un seul plan d'action local était alors en cours d'élaboration, celui de la baie de Bouéni.

Le financement le plus visible que j'ai trouvé vient d'un jeu de grattage, Mission Nature. Dans un amendement au projet de loi de finances pour 2027 déposé le 9 octobre, la députée Chantal Jourdan (Socialistes et apparentés) rappelle que l'opération Mission Nature a permis de « récolter plus de 32 millions d’euros en faveur de la biodiversité et financer 92 projets de restauration », parmi lesquels la restauration « d’arrière-mangroves à Mayotte ». L'amendement propose de prolonger jusqu'en 2029 l'affectation de ces recettes à l'Office français de la biodiversité, et rien n'indiquait encore, au moment où j'écris, s'il serait retenu. Cela me gêne de voir une partie de la restauration de nos palétuviers dépendre des recettes d'un jeu, alors qu'à mon sens elle relève des budgets de l'État et des collectivités.

À Kawéni, remblayer une zone humide est encadré par le code de l'environnement, et la police de l'environnement relève de l'État. L'association demande à l'OFB d'établir un constat. Le dépôt signalé en juillet en bordure de la zone industrielle était encore visible en septembre, sur la photo ajoutée à la fiche. J'ignore l'origine de ces gravats et je ne l'impute à personne.

Ce que répondent les autres

La CAGNM présente ses conventions comme le moyen de nettoyer et de replanter la mangrove de Dzoumogné-Longoni pour freiner l'envasement du lagon, et indique rechercher les financements nécessaires, selon Outremers360. Aucune réaction publique de la préfecture de Mayotte ni de l'Office français de la biodiversité sur le dépôt de gravats dans la mangrove de Kawéni n'a été trouvée à la date de publication. Rien non plus du côté de l'Office national des forêts sur le bilan du plan d'aménagement 2019-2028.

Ce que j'attends des gestionnaires

Je soutiens que la mangrove doit être traitée comme une infrastructure de l'eau, au même titre qu'une station d'épuration, avec une ligne budgétaire et des contrôles. Les conventions signées à Bouyouni vont dans ce sens, à condition d'être accompagnées de montants publiés.

Je demande au président de la CAGNM de publier le plan de financement des deux conventions avant le vote du budget primitif 2027 de l'intercommunalité. J'attends du préfet de Mayotte qu'il rende public, avant le 31 décembre 2026, le résultat du constat sur le dépôt de Kawéni et les mesures de remise en état décidées. Avant que le plan décennal annoncé à Bouyouni ne soit rédigé, je demande aussi à la délégation du Conservatoire du littoral et à l'ONF de publier, d'ici le 30 juin 2027, un bilan du plan d'aménagement des mangroves 2019-2028.

Sources

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