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À Kawéni, le faré renaît grâce aux associations et la Ville consulte les habitants par QR code

Rasé par Chido, l'abri de rencontre du faubourg a été reconstruit en deux semaines avec l'argent de la Fondation de France. Le même samedi, Mamoudzou lançait un questionnaire en ligne pour orienter les équipements de la rénovation urbaine, sans date de restitution annoncée.

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À Kawéni, le faré renaît grâce aux associations et la Ville consulte les habitants par QR code
Photo : House in Kawéni, Mayotte — Emily Cooper, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Il a fallu deux semaines aux Compagnons Bâtisseurs pour remonter le faré de Kawéni, et près de deux ans pour que quelqu'un s'en charge. Le petit abri de rencontre, rasé par Chido en décembre 2024, a été inauguré samedi 17 octobre. D'après Mayotte la 1ère, le projet est porté par les associations Lieu Infini et Le Pas de Côté, avec un financement de la Fondation de France. L'association Acte et Cité a prêté la main au chantier. Des jeunes du RSMA ont fabriqué les éléments préfabriqués et des jeunes du quartier ont mis la couleur. Pendant la matinée, on y tressait des feuilles de coco et on transformait du plastique usagé en objets.

Le même samedi, de 8 heures à midi, la Ville de Mamoudzou tenait sur la place SPPM, en face de la MJC, une matinée intitulée « Du Faré au Quartier, réhabiliter et bâtir l'avenir à Kawéni ». L'opération entrait dans les Journées nationales de l'architecture et se déroulait, précise Le Journal de Mayotte, dans le périmètre du nouveau programme de renouvellement urbain du faubourg. Au programme, des ateliers participatifs, des démonstrations de construction, une présentation des projets d'aménagement et des séances de prévention des risques naturels. Le ministère de la Culture soutenait l'événement, avec le Comité des jeunes de Kawéni parmi les partenaires locaux. Surtout, la commune a lancé un questionnaire en ligne, accessible par QR code, baptisé « Participez à la vie du faré ! », pour recueillir les usages et les besoins des familles et orienter, selon le Journal de Mayotte, la programmation des futurs équipements collectifs.

Du faré, on ne dira que du bien. Le questionnaire, lui, mérite qu'on le suive de près, parce qu'il doit orienter les équipements dont Kawéni disposera pendant dix ou quinze ans.

Un abri reconstruit par des associations

Le faré de Kawéni n'est qu'un toit posé sur des poteaux. Dans un quartier aussi dense, où l'espace public se réduit souvent au bord de la route, cet abri compte pourtant beaucoup. On s'y abrite du soleil le temps d'attendre, les anciens y discutent à côté des jeunes, et Kawéni s'en est passé pendant près de deux ans. Ce sont des associations et une fondation privée qui ont trouvé l'argent et les bras, avec le RSMA en appui technique.

Pour les livres aussi, c'est une association qui s'y est collée. Depuis un mois, le centre social Djoumba la Ouvoimoja, ouvert en septembre 2024 rue de la Cocoterie par l'association Action coup de pouce, abrite la première micro-bibliothèque du quartier, rapporte Mayotte la 1ère. Les livres viennent pour l'essentiel de dons. Jusque-là, il fallait aller jusqu'à Cavani pour emprunter un livre. Son directeur, Ali Debré Combo, donne un ordre de grandeur que la commune ferait bien de garder en tête : « A Kawéni, on a 14 000 élèves de la maternelle jusqu'au lycée ». Pour ces quatorze mille élèves, le quartier compte en tout et pour tout une micro-bibliothèque montée par une association. C'est cet écart que la rénovation urbaine est censée combler.

Un QR code ne suffira pas à faire parler Kawéni

Demander leur avis aux habitants avant de dessiner les équipements d'un quartier est une bonne méthode, et Mamoudzou a raison de l'afficher. Seulement, un questionnaire en ligne, rempli sur un téléphone pendant une matinée de samedi, touchera surtout ceux qui disposent d'un smartphone avec du forfait. Les familles les plus mal logées, celles qui auraient le plus à dire sur l'usage d'une place, d'un préau ou d'une salle de quartier, risquent de ne jamais y répondre.

Le dispositif ne dit pas non plus ce que deviendront les réponses. Les articles parus avant l'événement ne mentionnent ni date de clôture ni réunion de restitution, et rien n'indique comment les choix des habitants pèseront face aux contraintes du programme. Si les habitants ne voient jamais le résultat de leurs réponses, la prochaine consultation fera moins de monde que celle-ci.

Rien n'empêche d'imprimer le questionnaire en shimaoré et d'en laisser une pile au faré, une autre au centre social, pour que les mères de famille et les anciens y répondent aussi. La Ville gagnerait à fixer dès maintenant une date de clôture et une réunion de restitution, au faré justement, où seraient présentés le nombre de réponses et les trois ou quatre demandes qui reviennent le plus souvent. Et puis il y a l'entretien. Un faré monté par des bénévoles a besoin de quelqu'un qui en ait la charge et d'une ligne, même modeste, au budget municipal, faute de quoi le bois grisera sans soin jusqu'au prochain cyclone.

La place laissée aux livres mérite aussi d'entrer dans la programmation. Une bibliothèque de quartier, ouverte le soir et le samedi, serait l'équipement le plus évident à soumettre au vote des habitants, au vu des 14 000 élèves cités par le directeur du centre social.

Pour que ce samedi compte, la mairie n'a qu'une date à donner avant la fin de l'année, celle où les habitants de Kawéni découvriront ce qu'ils ont répondu.

Sources

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