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À Mayotte, 93 % des demandes au 115 restent sans solution, pour 298 places d'urgence sur toute l'île

Un rapport parlementaire publié en juin et un amendement déposé le 16 octobre chiffrent la saturation de l'hébergement d'urgence mahorais. L'île reste aussi exclue du droit au logement opposable, que le Haut Comité pour le droit au logement demande d'y étendre depuis janvier 2024.

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À Mayotte, 93 % des demandes au 115 restent sans solution, pour 298 places d'urgence sur toute l'île
Photo : Mamoudzou Kaweni 150402 — Vincent Clavier, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons

Quand une personne sans abri appelait le 115 à Mayotte en 2025, elle avait moins d'une chance sur dix d'obtenir une place pour la nuit. Le chiffre figure dans le rapport d'information de l'Assemblée nationale consacré au logement social dans les outre-mer, publié en juin 2026, et il est revenu le 16 octobre dans un amendement au budget 2027. Je tiens ce chiffre pour le plus grave du dossier du logement à Mayotte, parce qu'il mesure ce qui se passe une fois que tout le reste a échoué.

De 73 % à 93 % en quatre ans

Le Comité d'évaluation et de contrôle de l'Assemblée a autorisé le 10 juin 2026 la publication du rapport de Karine Lebon (Gauche démocrate et républicaine) et François Jolivet (Horizons). D'après les réponses de la Délégation interministérielle à l'hébergement et à l'accès au logement (Dihal) qu'il reproduit, la part des demandes non pourvues après un appel au 115 est passée à Mayotte de 73 % en 2021 à 93 % en 2025. Sur la même période, elle est restée stable à 81 % en Guyane et a baissé de 47 % à 42 % à La Réunion.

Le rapport chiffre l'offre mahoraise à 298 places d'hébergement d'urgence. Il cite la Fondation pour le logement des défavorisés, selon laquelle « les demandes d'hébergement ont augmenté de 30 % entre 2021 et 2023, tandis que les admissions baissaient de 50 % à 34 %, en raison principalement du déficit de places […] ». Pour l'ensemble des départements d'outre-mer, il compte 2 890 places d'urgence généraliste début 2026, soit 1,3 place pour 1 000 habitants contre 3 dans l'Hexagone.

Le 16 octobre 2026, en commission des affaires économiques, Karine Lebon a déposé avec les députés de son groupe l'amendement n° II-CE287. Il crée dans la mission Cohésion des territoires un programme budgétaire propre à l'hébergement d'urgence outre-mer. L'exposé des motifs indique que les autorisations d'engagement consommées pour l'offre d'hébergement dans les départements et régions d'outre-mer sont passées de 61,2 à 59,4 millions d'euros entre 2024 et 2025. L'issue de l'amendement n'était pas connue à la date de publication.

Les chiffres

  • 93 % des demandes au 115 non pourvues à Mayotte en 2025, contre 73 % en 2021 (Dihal, citée par le rapport d'information n° 2909)
  • 298 places d'hébergement d'urgence à Mayotte (rapport d'information n° 2909)
  • 32,52 euros dépensés par habitant pour l'hébergement à Mayotte en 2025, contre 42,5 euros en moyenne nationale (rapport d'information n° 2909, d'après la Dihal)
  • 77 % de taux de pauvreté à Mayotte, contre 14,5 % en moyenne dans l'Hexagone (rapport d'information n° 2909)

Une île sans filet juridique

Le chiffre de 93 % ne dit pas tout. La Dihal reconnaît elle-même que ces données ne concernent que les personnes qui appellent encore le 115, alors qu'une partie des personnes à la rue n'appelle plus. J'en conclus que la détresse réelle dépasse ce que mesure le 115. À Mayotte, où le rapport retient un taux de pauvreté de 77 %, la frontière entre un logement précaire et l'absence de logement se franchit vite, surtout après un cyclone, une démolition ou une expulsion.

Côté budget, le tableau du rapport montre que Mayotte reçoit 32,52 euros par habitant au titre de la politique d'hébergement, davantage que la Guadeloupe (23,7 euros), la Guyane (25,12 euros), la Martinique (22,57 euros) ou La Réunion (20,09 euros). Mais elle reste sous la moyenne nationale de 42,5 euros, sur l'île où la part des demandes au 115 restées sans place est la plus élevée des outre-mer. L'ensemble des outre-mer pèse 4,15 % de la population et ne reçoit que 1,9 % des autorisations d'engagement du programme 177, d'après le même document.

Le droit au logement opposable, qui permet depuis 2007 à un ménage sans solution de saisir une commission puis le juge, ne s'applique toujours pas à Mayotte, ce qui aggrave l'écart. Le rapport parle d'un « facteur juridique problématique » et estime qu'« une réforme apparaîtrait indispensable ». Le Haut Comité pour le droit au logement demandait déjà cette extension dans un avis de janvier 2024. Un Mahorais refusé au 115 ne peut ni saisir une commission de médiation ni engager le recours DALO devant le juge, contrairement à un habitant de Saint-Denis de La Réunion ou de Créteil.

Un plan sans tableau de bord

Le volet mahorais du troisième plan logement outre-mer compte 17 actions, dont celle de « poursuivre le développement du parc d'hébergement et de relogement temporaire ». Le rapport relève que des indicateurs de suivi précis n'ont pas encore été élaborés pour chacune des actions et « restent aujourd'hui à définir ». Personne ne peut donc mesurer l'avancement de ce plan, alors que la reconstruction après Chido et la résorption de l'habitat informel créent de nouveaux besoins de relogement.

Ce que répondent les autres

La Dihal, dans ses réponses aux rapporteurs, souligne que les chiffres du 115 « restent cependant parcellaires sans une compréhension holistique du phénomène ». L'État met en avant le volet mahorais du plan logement outre-mer, élaboré avec les collectivités, les bailleurs sociaux et les associations, dont la mise en œuvre a été engagée début 2025 selon le rapport. Aucune réaction publique du ministère chargé du Logement ni de la préfecture de Mayotte à l'amendement n° II-CE287 n'a été trouvée à la date de publication.

Ce que j'attends de l'État avant le vote du budget

Je ne crois pas qu'on reconstruise une île en laissant neuf demandes d'hébergement sur dix sans place. Les démolitions, les relogements promis et les chantiers de la reconstruction supposent tous un endroit où dormir entre l'ancien logement et le nouveau. Sans places d'hébergement, les familles concernées par l'axe « Du bidonville au logement » du plan risquent de se retrouver à la rue entre deux étapes.

Je demande au ministre chargé du Logement d'inscrire, avant l'examen en séance des crédits de la mission Cohésion des territoires, un objectif chiffré de places d'hébergement d'urgence à Mayotte pour 2027, financé ligne par ligne. Le préfet de Mayotte devrait, de son côté, publier chaque trimestre, dès janvier 2027, le nombre d'appels au 115, de demandes non pourvues et de places ouvertes sur l'île. Il revient enfin au ministre des Outre-mer de présenter au Parlement, d'ici au 30 juin 2027, le calendrier d'extension du droit au logement opposable à Mayotte, comme le recommande le Haut Comité pour le droit au logement depuis janvier 2024.

Sources

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