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À Mtsahara, la préfecture déplace un match la veille et le football mahorais vit d'arrêtés d'urgence

Un arrêté signé le 9 octobre interdit à l'AJ Mtsahara de recevoir Handrema chez elle, au nom de l'ordre public. Après les violences du match Sada-Bandrélé et un week-end sans arbitres, la saison se joue décision par décision, sans règles connues à l'avance.

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À Mtsahara, la préfecture déplace un match la veille et le football mahorais vit d'arrêtés d'urgence
Photo : Mtsahara — Frédéric Ducarme, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

L'arrêté porte le numéro 2026-CAB-870. Signé le vendredi 9 octobre par le préfet de Mayotte, il interdit que la rencontre entre l'AJ Mtsahara et l'ASJ Handrema, prévue le lendemain à 15 heures au stade de Mtsahara, se joue sur le territoire de la commune de Mtsamboro, a rapporté Mayotte la 1ère le 10 octobre. La préfecture invoque un risque de trouble à l'ordre public et des tensions récurrentes entre groupes de supporters des clubs de Mtsamboro et de Bandraboua.

Le club de Mtsahara conteste la mesure. Son président, El-Manrouf Inzoudine, la juge incompréhensible et regrette un arrêté transmis la veille du match. Selon la même source, le match aller à Handrema s'est déroulé sans incident, tout comme le déplacement des moins de 18 ans de Handrema à Mtsahara le 13 septembre. Le club affirme avoir établi, à la demande de la ligue, un plan de sécurité mobilisant bénévoles, police municipale et conseil local de sécurité. La ligue aurait proposé le terrain de Mtsangadoua, que le club refuse parce qu'il n'est pas tracé. Le club a demandé à jouer chez lui à huis clos. La réponse n'était pas connue à la publication de l'article.

Trois semaines de matchs suspendus ou déplacés

Cet arrêté intervient dans une séquence lourde. Le 26 septembre, la demi-finale régionale de Coupe de France entre l'AS Sada et le Bandrélé FC a été définitivement arrêtée à 2-2 après des affrontements et des jets de projectiles, selon Mayotte Hebdo. Plusieurs personnes ont été blessées. Un homme décrit comme l'un des principaux auteurs des violences a été condamné à huit mois de prison, dont quatre avec sursis, et l'enquête se poursuit, selon Mayotte la 1ère.

Le week-end des 2 au 4 octobre, la commission régionale de l'arbitrage a décidé de ne désigner aucun arbitre après de nouvelles violences contre des officiels, et la Ligue mahoraise de football a annulé tous les matchs, d'après Mayotte Hebdo. Environ deux semaines plus tôt, lors d'un match de moins de 18 ans entre Vahibé et Acoua, un joueur exclu s'en était pris à l'arbitre. Le 2 octobre, le Comité national olympique et sportif français a recommandé la disqualification du Bandrélé FC. La ligue ne l'a pas suivi et a décidé de faire rejouer la demi-finale ce samedi 10 octobre à Labattoir, à huis clos. L'AS Sada a saisi le tribunal administratif en référé, a indiqué Mayotte la 1ère le 9 octobre.

Les chiffres

  • 1 arrêté préfectoral de délocalisation, signé la veille de la rencontre (Mayotte la 1ère)
  • 2-2, score au moment de l'arrêt définitif de Sada-Bandrélé le 26 septembre (Mayotte Hebdo)
  • 8 mois de prison, dont 4 avec sursis, pour un homme condamné après les violences du match Sada-Bandrélé (Mayotte la 1ère)
  • 0 arbitre désigné le week-end des 2 au 4 octobre (Mayotte Hebdo)

Un arrêté notifié la veille

Je ne conteste pas au préfet le droit de prévenir une bagarre. La police administrative existe pour cela, et après le 26 septembre, personne ne lui pardonnerait un nouveau caillassage dans une tribune pleine. Mais un club apprend le vendredi qu'il ne jouera pas chez lui le samedi. Il n'a pas le temps d'organiser un autre accueil ou de prévenir correctement ses joueurs et ses supporters, et le délai rend tout recours devant le juge très difficile. Le motif rendu public tient en deux expressions générales, « trouble à l'ordre public » et « tensions récurrentes », sans que soit cité, dans ce qu'en rapporte Mayotte la 1ère, un incident récent entre les deux clubs.

Depuis trois semaines, la ligue a annulé un week-end entier et décidé de faire rejouer une demi-finale à huis clos. La préfecture déplace maintenant un match au dernier moment. Chaque décision a ses raisons, mais leur succession donne une gestion par à-coups qui pénalise d'abord les clubs qui ont fait leur travail, comme celui qui affirme avoir monté un plan de sécurité à la demande de la ligue. Elles ne disent rien non plus des équipements qui permettraient d'accueillir sereinement une rencontre sensible.

Dans l'Hexagone, les interdictions et restrictions de déplacement de supporters sont prises par arrêté et soumises au contrôle du juge administratif, qui exige des éléments précis et une proportionnalité de la mesure. Les mêmes garanties devraient s'appliquer aux clubs mahorais. Motivée par des faits datés et notifiée plusieurs jours à l'avance, une décision préfectorale laisserait au club le temps de trouver un autre terrain, et au juge celui d'examiner un recours.

La ligue, de son côté, aurait proposé un repli sur un terrain que le club juge non tracé. Elle refuse aussi de communiquer sur la décision Sada-Bandrélé, que l'AS Sada conteste en référé. Ce silence nourrit la défiance des clubs.

Ce que répondent les autres

Selon Mayotte la 1ère, la préfecture justifie l'arrêté par un risque de confrontation entre supporters des deux clubs et par des « tensions récurrentes » entre les groupes de Mtsamboro et de Bandraboua. L'AJ Mtsahara répond dans un communiqué : « ces tensions appartiennent au passé. Les deux dernières rencontres entre nos clubs en sont la preuve ». Sur l'affaire Sada-Bandrélé, la Ligue mahoraise de football a indiqué à Mayotte la 1ère ne pas vouloir communiquer. La Fédération française de football a condamné le 27 septembre des violences « inacceptables et totalement contraires aux valeurs du football », selon Mayotte Hebdo.

Des règles connues avant le coup d'envoi

Pour les violences du 26 septembre, un homme a déjà été condamné et l'enquête se poursuit. Ce qui manque désormais aux joueurs et aux bénévoles, c'est de savoir où et quand se joueront les prochains matchs.

Il revient au préfet de Mayotte de rendre publics, avant le 31 octobre 2026, les éléments de fait qui fondent l'arrêté 2026-CAB-870 et de fixer comme règle, pour la suite de la saison, une notification de toute mesure de délocalisation au moins 72 heures avant la rencontre, sauf fait nouveau. Le président de la Ligue mahoraise de football doit présenter à la même échéance, avec le préfet et les maires des communes qui accueillent les matchs, la liste des stades jugés aptes à recevoir des rencontres sensibles et les moyens de sécurité exigés pour chacun.

Sources

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