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52 % des jeunes testés à Mayotte peinent à lire, le schéma contre l'illettrisme doit rendre ses comptes

La note de la DEPP publiée en octobre place Mayotte juste derrière la Guyane, avec 78 % de lecteurs en difficulté parmi les jeunes sortis sans diplôme. Près de deux ans après la signature d'un schéma de 25 actions et 23 millions d'euros, aucun point d'étape public n'a été trouvé.

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52 % des jeunes testés à Mayotte peinent à lire, le schéma contre l'illettrisme doit rendre ses comptes
Photo : Mamoudzou Kaweni 150402 — Vincent Clavier, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons

Plus d'un jeune Mahorais sur deux testé lors de la Journée défense et citoyenneté rencontre des difficultés de lecture. La statistique revient chaque automne, elle est de nouveau publiée ce mois-ci, et elle devrait suffire à faire de la lecture la première urgence scolaire de l'île. Je demande aux institutions qui pilotent le schéma de lutte contre l'illettrisme adopté en 2024 de dire ce qu'elles en ont fait.

Une note d'octobre qui place Mayotte à 52 %

La direction de l'évaluation du ministère de l'Éducation nationale (DEPP) a publié en octobre 2026 sa note d'information n° 26.43. Elle porte sur les tests de lecture passés en 2025 par 785 600 jeunes de 16 à 25 ans, de nationalité française, pendant leur Journée défense et citoyenneté. En France, 13,7 % d'entre eux présentent des difficultés de lecture et 6 % peuvent être considérés en situation d'illettrisme.

À Mayotte, la proportion atteint 52 %. Seule la Guyane fait plus, avec 53 %. Les autres départements d'outre-mer se situent entre 32 % (La Réunion) et 36 % (Martinique). Dans l'Hexagone, les taux les plus hauts plafonnent à 19 %, dans l'Aisne et en Seine-Saint-Denis. Parmi les jeunes déjà sortis de l'école sans diplôme plus élevé que le brevet, la DEPP compte 78 % de lecteurs en difficulté à Mayotte, le niveau le plus élevé des départements d'outre-mer.

Un an plus tôt, la note n° 25.57 donnait 58 % pour Mayotte sur les tests de 2024. Mayotte Hebdo a relevé ce recul de six points le 20 octobre. La DEPP précise que les résultats de 2024 et 2025 ne se comparent pas avec ceux des années antérieures, le format de la journée ayant changé.

Le 27 novembre 2024 ont été signés à Mayotte un schéma de prévention et un plan de lutte contre l'illettrisme pour 2025 à 2027, dont la gouvernance associe l'État, le conseil départemental, le rectorat, l'opérateur de compétences AKTO et la plateforme de lutte contre l'illettrisme et l'analphabétisme (PLIA). Selon Centre Inffo, le schéma prévoit 25 actions et 23 millions d'euros, le plan un budget prévisionnel de 9,3 millions cofinancé surtout par l'État et le Département. Le compte rendu qu'en donne Centre Inffo ne mentionne aucun calendrier d'évaluation.

Les chiffres

  • 52 % des jeunes testés à Mayotte en 2025 ont des difficultés de lecture, contre 13,7 % en France (DEPP, note n° 26.43)
  • 58 % à Mayotte un an plus tôt (DEPP, note n° 25.57)
  • 78 % de lecteurs en difficulté parmi les jeunes Mahorais sortis de l'école sans diplôme plus élevé que le brevet (DEPP, note n° 26.43)
  • 25 actions et 23 millions d'euros prévus de 2025 à 2027 par le schéma de lutte contre l'illettrisme (Centre Inffo)
  • 1 083 contractuels parmi les 3 966 enseignants du premier degré à la rentrée 2026 (Mayotte la 1ère)

Un test qui ne voit qu'une partie de la jeunesse

Le chiffre de 52 % a une limite, puisque la Journée défense et citoyenneté ne concerne que les jeunes de nationalité française. À Mayotte, les élèves qui n'ont pas cette nationalité n'y passent donc pas, et la note de la DEPP ne dit rien de leurs acquis. Le recul de six points en un an peut traduire un progrès comme une variation de la population testée. Personne ne peut trancher sans les données académiques détaillées, que la DEPP renvoie à ses figures en ligne et que le rectorat, à ma connaissance, n'a pas commentées publiquement.

Le lien entre parcours scolaire et lecture est mieux documenté. Au niveau national, la DEPP observe que 26 % des élèves ayant au moins un an de retard sont en difficulté, contre 9 % des élèves « à l'heure ». À Mayotte, la pression sur les écoles rend ce retard probable pour beaucoup. À la rentrée d'août, l'académie attendait 119 914 élèves dans le public, 5 284 de plus qu'en 2025, dont 4 138 supplémentaires dans le seul premier degré, d'après Mayotte la 1ère.

À l'école Magnélé Houmadi de Kawéni, pourtant désormais entièrement réparée, 449 enfants ont cours le matin et 420 l'après-midi, avec cinq heures d'enseignement garanties par groupe, selon la même rédaction. Dans l'Hexagone, le code de l'éducation fixe à vingt-quatre heures la semaine d'un écolier, le plus souvent six heures par jour sur quatre jours.

Côté enseignants, plus d'un professeur des écoles sur quatre est contractuel, et dans le second degré la proportion dépasse la moitié (2 005 sur 3 756). Ces enseignants tiennent des classes que l'État ne parvient pas à pourvoir autrement, mais l'apprentissage de la lecture au cours préparatoire est un métier technique, et le recrutement sous contrat ne garantit pas la formation qu'il exige avant l'entrée en classe. La Réunion, avec un tiers de jeunes en difficulté, reste loin de la moyenne nationale tout en faisant nettement mieux que Mayotte.

Le schéma de 2024 sans bilan public

Le plan de novembre 2024 visait d'abord les adultes, avec un objectif annoncé d'« améliorer l'autonomie des adultes en difficulté » face à l'écrit, au calcul et au numérique. Ce choix se défend, des parents à l'aise avec l'écrit pouvant mieux suivre la scolarité de leurs enfants. Tel que Centre Inffo le présente, il ne décrit pourtant aucune action propre aux enfants, qui deviendront les adultes à former. Près de deux ans après la signature, je n'ai trouvé aucun point d'étape public sur les 25 actions, ni sur les sommes engagées.

Ce que répondent les autres

Aucune réaction publique du rectorat de Mayotte à la note de la DEPP n'a été trouvée à la date de publication. Lors de la signature du schéma, ses promoteurs mettaient en avant la place « centrale » rendue à la PLIA et la coordination de l'État, du Département, du rectorat et d'AKTO, selon Centre Inffo. Je n'ai pas trouvé de déclaration récente du Département ou de la préfecture sur l'avancement du schéma.

Des comptes à rendre avant la fin de l'année

Nous, Mahorais, savons depuis longtemps que trop d'enfants de l'île lisent mal, et nous voulons maintenant savoir ce que devient l'argent annoncé. Ma première demande s'adresse à la rectrice de Mayotte. Qu'elle publie, avant les vacances de décembre, le nombre d'écoles et d'élèves encore en rotation, ainsi que les résultats des évaluations nationales de CP et de CE1 de la rentrée 2026, au moins commune par commune.

Le préfet et le président du conseil départemental, principaux financeurs du plan, devraient de leur côté présenter avant le 31 décembre 2026 un bilan à mi-parcours des 25 actions, avec les montants réellement dépensés sur les 23 millions du schéma et les 9,3 millions du plan. Le schéma s'achève fin 2027, et la prochaine note de la DEPP sur les tests de 2026 paraîtra en octobre 2027.

Sources

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