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Aucun bilan 2026 sur l'immigration clandestine, la préfecture de Mayotte doit rouvrir ses comptes

Le sénateur Saïd Omar Oili interroge le ministre de l'Intérieur sur la fin des bilans réguliers. Le site de la préfecture confirme la tendance, avec quatre documents mis en ligne pour 2023, un seul pour 2025 et aucun pour 2026, malgré l'objectif national de 35 000 éloignements rappelé par l'État.

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Aucun bilan 2026 sur l'immigration clandestine, la préfecture de Mayotte doit rouvrir ses comptes
Photo : Lagon de Mayotte vu aérienne depuis Dzaoudzi — Raph81212, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Une politique que l'État présente lui-même comme prioritaire à Mayotte ne publie plus, depuis le début de l'année, le moindre chiffre sur son action en 2026. C'est ce que relève une question orale de Saïd Omar Oili, sénateur de Mayotte (groupe socialiste), publiée au Journal officiel du Sénat le 22 octobre 2026. Le site de la préfecture, consulté rubrique par rubrique, va dans le même sens.

Quatre bilans en 2023, un seul par an depuis

Dans sa question n° 1308S, adressée au ministre de l'Intérieur, le sénateur écrit que la préfecture publiait « chaque année 3 bilans détaillés » jusqu'en 2023, qu'« un seul rapport » a suivi l'année suivante et que « depuis le mois de janvier 2026, aucun chiffre sur la lutte contre l'immigration clandestine n'a été rendu public ». Il demande « pourquoi l'État a décidé de limiter la publication de données stratégiques majeures ». À la date du 23 octobre, selon le site du Sénat, la question était en attente de réponse.

La rubrique consacrée à la lutte contre l'immigration clandestine sur le site de la préfecture de Mayotte compte cinq sous-pages, de 2021 à 2025. Celle de 2023 contient quatre documents, mis en ligne le 11 avril 2023 (premier trimestre), le 11 mai 2023 (janvier à avril), le 25 octobre 2023 (neuf premiers mois) et le 15 avril 2024 (année complète). Pour 2024, un seul fichier apparaît, mis en ligne le 29 juin 2025. Pour 2025, un seul aussi, mis en ligne le 3 février 2026. Il n'existe aucune page 2026 à ce jour. Les « 3 bilans » annuels dont parle le sénateur correspondent aux trois points d'étape publiés en cours d'année 2023, le quatrième document étant le bilan annuel, paru en avril 2024.

Le bilan 2024 lui-même n'a été transmis qu'à la demande d'un élu. Selon Mayotte Hebdo, Saïd Omar Oili l'avait réclamé au préfet le 18 mars 2025 et reçu le lendemain, faute de publication en début d'année comme auparavant.

Les chiffres

  • 23 421 éloignements en 2025, dont 2 012 retours volontaires (préfecture de Mayotte, bilan 2025)
  • 19 262 reconduites à la frontière en 2024, contre 24 467 en 2023 (préfecture, bilan 2024)
  • 390 kwassas interceptés en 2025, contre 493 en 2024 et 661 en 2023 (préfecture, bilans 2024 et 2025)
  • 61 % des kwassas détectés interceptés en 2024, contre 79 % en 2023 (préfecture, bilan 2024)
  • 0 document de bilan mis en ligne pour 2026 au 24 octobre (site de la préfecture de Mayotte)

Des bilans de plus en plus maigres

En plus d'être plus rares, les bilans sont plus courts. Celui de 2024 donnait le nombre de kwassas détectés (809) et la part d'entre eux effectivement interceptée, ainsi que le nombre d'interpellations à terre (22 016, contre 26 855 en 2023). Ces deux séries ont disparu du bilan 2025. Il reste une plaquette de trois pages, couverture comprise, qui met en avant la hausse des éloignements et attribue le ralentissement des interceptions en mer en janvier et février 2025 à la destruction, par le cyclone Chido, d'« une grande partie du système de détection des embarcations ».

En bas de la deuxième page du document de 2024, trois lignes consacrées au travail illégal sont restées sans chiffres, avec la mention « x contrôle en matière de travail illégal », « x employeurs concernés », « x employés concernés ». Ce volet touche directement au marché de l'emploi mahorais, et ces cases sont toujours vides dans le fichier en ligne.

Le taux d'interception est pourtant l'indicateur le plus direct de l'efficacité de la surveillance du lagon. En 2024, il était tombé de 79 % à 61 %. On ignore ce qu'il est devenu en 2025, puisque le nombre de kwassas détectés n'est plus donné, et rien n'a été publié pour 2026.

Un objectif de 35 000 éloignements sans suivi public

L'État fixe des objectifs chiffrés à cette politique. Le bilan 2025 rappelle lui-même « l'objectif national de 35 000 éloignements » fixé par le président de la République dans le cadre du plan « Uhura Wa Shaba », lancé en avril 2025. On ne peut pas afficher une cible en avril 2025 puis ne plus publier un seul point d'étape depuis le début de 2026.

À Mayotte, chaque débat sur la sécurité, l'école ou le logement finit par buter sur la question migratoire. Quand les chiffres officiels manquent, les estimations sans source prennent le relais, et avec elles les discours qui désignent des coupables collectifs. Des séries publiées à date fixe permettraient de juger cette politique sur ses résultats.

À l'Assemblée nationale, dans une question écrite publiée au Journal officiel le 20 octobre, la députée Sophie Blanc (Rassemblement national) écrit au ministre de l'Intérieur que, à l'échelle nationale, « selon les données récemment rapportées par la presse, le taux d'exécution des mesures d'éloignement serait désormais tombé à 36 % ». Elle aussi attend une réponse, et s'appuie, faute de données officielles récentes, sur des chiffres de presse.

En 2023, dans un contexte opérationnel déjà lourd, la préfecture avait publié trois points d'étape en cours d'année, puis un bilan annuel. Le cyclone Chido explique beaucoup de retards à Mayotte, mais il n'explique pas pourquoi le bilan 2024 a dû être demandé par un parlementaire, ni pourquoi celui de 2025 a perdu deux indicateurs.

Ce que répondent les autres

Le ministère de l'Intérieur n'a pas encore répondu à la question du sénateur, publiée le 22 octobre. Dans son bilan 2025, daté de janvier 2026, la préfecture de Mayotte écrit que « la lutte contre l'immigration clandestine est une priorité des politiques publiques » et présente ses résultats comme le fruit d'« une action coordonnée et durable de l'État ». Aucune réaction publique de la préfecture à la question du sénateur n'a été trouvée à la date de publication.

Ce que j'attends du préfet et du ministre

Le secret des méthodes opérationnelles peut se justifier pour les dispositifs de surveillance, beaucoup moins pour les résultats d'une politique financée par l'argent public et que l'État présente lui-même comme une priorité dans l'île.

Le préfet de Mayotte doit mettre en ligne avant le 30 novembre 2026 un bilan couvrant janvier à septembre 2026, avec le nombre de kwassas détectés et interceptés, les interpellations à terre, les éloignements, les présentations à la justice et les chiffres du travail illégal laissés en blanc en 2024. Il doit ensuite revenir à une publication trimestrielle, à date fixe, avec des séries comparables aux années précédentes et versées en données ouvertes.

Quand la question n° 1308S viendra en séance au Sénat, le ministre de l'Intérieur devra dire si l'arrêt des bilans réguliers résulte d'une décision et, le cas échéant, de qui elle émane. Je demande aussi que le ministère indique, avant l'examen des crédits de la mission « Immigration, asile et intégration » au Sénat, combien d'éloignements ont été réalisés à Mayotte depuis le 1er janvier 2026, et quelle part de l'objectif national de 35 000 éloignements, rappelé dans le bilan 2025, revient à l'île.

Sources

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