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Bachelier avec mention, il attend depuis décembre 2024 une réponse de la préfecture de Mayotte

Quatre demandes de laissez-passer sans réponse, 150 euros dépensés en cybercafé pour guetter un créneau, des études de médecine en suspens. Le cas raconté par Mayotte Hebdo prolonge une attente déjà décrite en 2021 et 2023.

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Bachelier avec mention, il attend depuis décembre 2024 une réponse de la préfecture de Mayotte
Photo : Mamoudzou (10029936275) — David Stanley from Nanaimo, Canada, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

Cent cinquante euros. C'est ce qu'un jeune homme de 19 ans a dépensé dans des cybercafés de Mayotte pour obtenir un rendez-vous à la préfecture, sans jamais l'obtenir. Certains de ces commerces proposent, contre 50 euros, de guetter à sa place l'ouverture des créneaux en ligne, raconte Mayotte Hebdo dans un reportage publié le 23 octobre. Arrivé d'Anjouan à 7 ans, scolarisé depuis le CE1, il a obtenu son baccalauréat en 2024 avec la mention bien. Il voulait faire médecine, dans l'Hexagone ou à La Réunion. Il ne possède ni carte d'identité française ni papier comorien, seulement un extrait de naissance. Sa mère a une carte de séjour et ses sœurs sont nées à Mayotte.

Pour sortir de l'impasse, il lui faudrait se rendre à Moroni et s'y faire établir une carte d'identité ou un passeport. Le laissez-passer qu'il demande lui permettrait de ne pas être inquiété par la police aux frontières pendant dix ou quinze jours, le temps de ces démarches. Sa première demande date de décembre 2024. Trois autres ont suivi en 2025 et 2026. Aucune n'a reçu de réponse, selon le journal.

D'autres avant lui ont buté sur le même guichet. En mars 2023, des lycéens nés à Mayotte de parents étrangers manifestaient déjà à Mamoudzou pour obtenir des titres de séjour et poursuivre leurs études, et avaient créé avec des enseignants l'association JAM NEFPE, rapportait Mayotte Hebdo. Une lycéenne de Kahani y témoignait de camarades bacheliers avec mention qui ne pouvaient « rien faire ». Deux ans plus tôt, en 2021, une chargée de projet de la Cimade décrivait au même hebdomadaire des jeunes qui attendaient leur rendez-vous « depuis plus d'un an, voire même deux ans ». En octobre 2026, le cas raconté cette semaine laisse penser que les délais n'ont guère raccourci.

Un guichet qui ne répond pas

Les règles du séjour à Mayotte sont plus restrictives qu'ailleurs, par choix du Parlement, et l'on peut les juger trop sévères ou justifiées, c'est un autre débat. Celui que soulève le reportage tient au fonctionnement d'un service public. Quatre demandes successives restées sans réponse en deux ans laissent un jeune homme dans un entre-deux où il ne peut ni étudier en France ni régulariser sa situation auprès de son pays d'origine. Qu'on lui accorde ou non son laissez-passer, il attend une réponse depuis décembre 2024.

L'auteure du reportage avance plusieurs explications possibles, du manque de personnel à un blocage volontaire, sans pouvoir trancher. La préfecture n'est pas citée dans l'article et n'a pas, à notre connaissance, expliqué publiquement ses délais de traitement pour ces demandes. Faute d'explication officielle, les soupçons vont bon train. Pendant ce temps, certains cybercafés font payer 50 euros la surveillance des créneaux, un service qui n'aurait aucune raison d'exister si les rendez-vous étaient simplement disponibles. La note revient aux familles les plus modestes, qui déboursent pour un simple rendez-vous, et l'État n'en sort pas grandi.

L'Éducation nationale, de son côté, a fait sa part. Elle a scolarisé ce jeune homme pendant plus de dix ans, du CE1 au baccalauréat, et lui a donné une mention. Cet investissement public reste aujourd'hui sans suite, sur une île où l'hôpital peine à recruter et où un bachelier qui vise médecine représente une ressource rare. Le reportage indique qu'un retour aux Comores serait perçu comme « un échec » par la plupart de ces jeunes. Le mot se comprend chez des jeunes dont beaucoup connaissent à peine les Comores.

Avant l'ouverture de Parcoursup

La préfecture de Mayotte peut agir sans changer une ligne de la loi. Publier chaque trimestre le nombre de demandes de laissez-passer et de titres de séjour en attente, avec leur délai moyen de traitement, permettrait d'en mesurer l'ampleur, ce que personne ne peut faire aujourd'hui. Une file réservée aux jeunes bacheliers scolarisés à Mayotte depuis l'école primaire, dossier complet en main, réglerait une partie des cas les plus anciens en quelques semaines. Quant aux intermédiaires payants, il suffirait de rendre l'attribution des rendez-vous nominative, liée à un numéro de dossier, pour leur couper l'herbe sous le pied.

Aucune de ces mesures n'accorde de titre de séjour, et l'État y garde toute sa marge d'appréciation. Chaque demandeur saurait seulement, dans un délai connu, si la réponse est positive ou négative. Pour les bacheliers de 2024, 2025 et 2026 qui attendent encore, l'échéance utile est l'ouverture de la phase des vœux de Parcoursup au début de l'année 2027. Une réponse donnée après cette date leur ferait perdre une année d'études de plus.

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