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Bouéni distribue des bacs à ordures en novembre, mais seulement à ceux qui rempliront un dossier

La commune ouvre jusqu'au 21 octobre les préinscriptions au CCAS pour son opération Novembre Vert avec le Sidevam, un syndicat qui disait dès 2024 avoir acheté 17 000 bacs sans parvenir à les distribuer.

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Bouéni distribue des bacs à ordures en novembre, mais seulement à ceux qui rempliront un dossier
Photo : Baie-Bouéni — Christophe Laborderie, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

Bouéni distribuera des bacs à ordures en novembre. Pour en obtenir un, il faut passer au centre communal d'action sociale avant le mercredi 21 octobre, avec une pièce d'identité et un justificatif de domicile récent, et remplir un formulaire. L'opération s'appelle « Novembre Vert », elle est menée avec le Sidevam, le syndicat qui gère les déchets de la plupart des communes de l'île, et elle vise seulement les foyers qui n'ont pas encore de bac ou qui ont perdu le leur, parfois volé. Le Journal de Mayotte et L'info Kwezi ont relayé l'annonce la semaine dernière, une petite nouvelle communale qui rappelle pourtant la lenteur d'un système qui, depuis des années, peine à mettre une poubelle devant chaque maison de Mayotte et à la vider à temps.

Dix-sept mille bacs achetés, deux mille distribués en cinq mois

Le manque de bacs à Mayotte date d'avant le cyclone. En juin 2024, le directeur du Sidevam, Chanoor Cassam, expliquait à Flash Infos que le syndicat avait acheté 17 000 bacs depuis le début du mandat, dont 11 000 reçus récemment grâce à des financements européens, pour un investissement de 1,8 million d'euros. Il ajoutait que 2 000 bacs seulement avaient été remis aux habitants depuis le début de l'année. « 2.000, sur les 11.000 reçus, ce n'est pas énorme », reconnaissait-il, avant d'annoncer une campagne de distribution sur le terrain avec des stands et de l'animation, ce qui revenait à admettre que le stock dormait dans les entrepôts.

Puis le cyclone Chido est passé sur l'île. Sept mois après le cyclone, le même responsable indiquait à Mayotte Hebdo que plus de 50 000 tonnes de déchets avaient été collectées, pour une capacité de traitement de 450 tonnes par jour, et qu'une soixantaine de zones tampons avaient été ouvertes pour stocker provisoirement les débris. Une partie des bacs a été emportée ou abîmée, certains ont brûlé, et personne ne sait où sont passés les autres. On comprend que Bouéni, commune du sud qui borde une baie et des mangroves fragiles, veuille reprendre les choses à la base.

Je suis plus réservé sur la procédure retenue par la mairie. Demander un dossier, un passage au CCAS aux heures d'ouverture et un justificatif de domicile récent pour un récipient en plastique, c'est ajouter une démarche administrative là où la commune a intérêt à ce que chaque foyer jette ses déchets au bon endroit. Les familles qui vivent dans des cases en tôle sans adresse officielle, ou celles qui n'ont pas de facture d'électricité à leur nom, sont précisément celles qui risquent de rester sans bac. Leurs sacs finiront au bord de la route ou dans une ravine, d'où les pluies les descendront jusqu'au lagon. Le justificatif sert sans doute à éviter qu'un même foyer reparte avec trois bacs. Ce risque paraît bien faible à côté d'un dépôt sauvage qui s'installe pour des mois.

Encore faut-il que le camion passe vider ces bacs. La commune et le Sidevam n'ont pas communiqué, dans l'annonce, sur le calendrier de collecte des quartiers concernés. Or un bac plein qui attend une semaine au soleil de novembre, sous les premières chaleurs de la saison des pluies, attire les rats et les chiens et décourage les habitants plus sûrement qu'aucune sanction.

Une distribution qui pourrait se faire porte à porte

À budget égal, la commune pourrait organiser la distribution autrement. Ses agents pourraient livrer les bacs directement dans les quartiers où l'on sait que les foyers en manquent, avec une simple fiche signée sur place par l'habitant, comme le Sidevam l'avait lui-même tenté en 2024 avec ses stands de quartier. Le formulaire du CCAS resterait ouvert pour les cas isolés. La date limite du 21 octobre pourrait être repoussée pour les retardataires, puisque la distribution n'aura lieu qu'en novembre.

Le Sidevam, de son côté, devrait publier un état de ses stocks et de ses distributions, commune par commune. En 2024, son directeur donnait volontiers ces chiffres à la presse. Ce serait utile de les retrouver chaque trimestre sur le site du syndicat, avec le nombre de bacs remis et les tournées de collecte prévues. Le suivi des dépôts sauvages résorbés aurait sa place à côté. Les habitants sauraient alors à qui s'adresser quand un bac manque ou quand le camion ne passe plus.

Les communes voisines, Chirongui, Kani-Kéli ou Bandrélé, ont tout intérêt à regarder comment se passera l'opération de Bouéni. La mairie de Bouéni peut dire, dès le 22 octobre, combien de foyers se sont inscrits, et quelques dizaines de dossiers seulement montreraient que la porte d'entrée était trop étroite pour ceux qui en ont le plus besoin.

Sources

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