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Bouyouni, 1,2 milliard d'euros de piste longue et une procédure qui avance sans montrer toutes ses pièces

La déclaration d'utilité publique du nouvel aéroport de Mayotte est attendue d'ici la fin de 2026 et les travaux début 2027. Le préfet disait fin août ne pas avoir reçu le rapport sur l'indemnisation des agriculteurs, et un sénateur interroge la justice administrative sur l'étude agricole.

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Bouyouni, 1,2 milliard d'euros de piste longue et une procédure qui avance sans montrer toutes ses pièces
Photo : Aéroport de Mayotte en vue haute — Yanis 45-976, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Le nouvel aéroport de Mayotte coûtera 1,2 milliard d'euros, soit plus du tiers de l'effort d'investissement inscrit dans la loi de refondation. Son calendrier officiel prévoit une déclaration d'utilité publique d'ici la fin de 2026 et des travaux au début de 2027. À dix semaines de cette échéance, deux documents attendus par les élus restent introuvables, le rapport sur la compensation des agriculteurs et l'étude préalable agricole.

Dix-huit mois de procédure en accéléré

En avril 2025, lors de sa visite à Mayotte, le président de la République a annoncé l'abandon de l'allongement de la piste de Pamandzi au profit d'un nouvel aéroport à Bouyouni, dans le nord de Grande-Terre. Le choix a été formalisé en décembre 2025 par les ministères des Transports et des Outre-mer, selon une dépêche reprise par L'Info Durable. Un décret du 17 avril 2026 a classé « le projet d'aérodrome de Bouyouni/M'Tsangamouji » parmi les aéroports de catégorie A, ce qui a ouvert la voie à l'enquête publique.

Celle-ci, préalable à la déclaration d'utilité publique, s'est tenue du 8 juin au 24 juillet 2026 dans les communes de Bandraboua, M'Tsangamouji et Acoua, d'après l'avis préfectoral relayé par Outremers360. Au même moment, le délégué de la DGAC pour le projet, Christophe Masson, annonçait une seconde enquête publique, consacrée cette fois à la définition technique et aux questions environnementales. Il ajoutait : « C’est tout ça qui nous permettra, en 2027, de démarrer des travaux. »

Le sénateur Saïd Omar Oili a demandé au préfet de Mayotte le rapport sur la compensation financière des professionnels touchés par les expropriations agricoles. Selon Mayotte Hebdo, le préfet lui a répondu le 24 août 2026 que ce rapport « n'était pas disponible, ne l'ayant lui-même pas reçu ». Le 28 septembre, le sénateur a écrit au président des tribunaux administratifs de La Réunion et de Mayotte pour lui demander « si l’absence d’étude préalable agricole au moment de l’enquête publique peut affecter la régularité de la procédure administrative engagée pour la réalisation du projet ».

Entre-temps, le 25 septembre 2026, l'Assemblée de Mayotte a adopté un texte relatif au projet, avec deux voix contre, rapporte Mayotte Hebdo. Le 16 octobre 2026, Marcellin Nadeau (Gauche démocrate et républicaine), rapporteur pour avis de la commission du développement durable, a déposé l'amendement II-CF844 au budget 2027. Sans nommer Bouyouni, il propose 5 millions d'euros en autorisations d'engagement et 2 millions en crédits de paiement « afin de permettre la poursuite des études et opérations préparatoires nécessaires à l’amélioration durable de la desserte aérienne de Mayotte ». Son sort restait inconnu au moment de boucler cet article.

Les chiffres

  • 1,2 milliard d'euros, coût annoncé du nouvel aéroport, soit 37 % des 3,2 milliards d'investissements de la loi de refondation (L'Info Durable)
  • 2 730 mètres de piste prévus à Bouyouni, contre 1 930 mètres à Pamandzi (L'Info Durable)
  • 490 hectares d'emprise, dont 369 hectares de zones agricoles (L'Info Durable)
  • 7 milliards d'euros et au moins dix-huit mois de fermeture, coût et durée avancés par la DGAC pour une piste longue à Pamandzi (Outremers360)
  • Fin 2028 pour la maîtrise du foncier, 2036 pour l'ouverture (L'Info Durable)

Le précédent d'Ironi Bé pèse sur Bouyouni

La DGAC a justifié le choix du site par l'enfoncement de Petite-Terre lié au volcan sous-marin, par les submersions de la piste et par le coût d'un chantier sur pilotis à Pamandzi. Les Naturalistes de Mayotte, pourtant opposés à d'autres chantiers de l'État dans l'île, jugent l'impact de Bouyouni « beaucoup moins important » que le bétonnage du récif qu'aurait exigé l'extension de l'aéroport actuel. Ces arguments me paraissent solides, et c'est la conduite de la procédure qui me fait hésiter.

Le 31 juillet 2026, le tribunal administratif de Mayotte a suspendu l'autorisation environnementale de l'usine de dessalement d'Ironi Bé, à Dembéni, et laissé six mois pour corriger trois irrégularités, rappelle Mayotte Hebdo. L'Inspection générale de l'environnement et du développement durable avait prévenu dès juin 2025 que vouloir « raccourcir les procédures règlementaires par des procédures d’urgence civile ne permet pas (…) de gagner du temps de manière significative sur les projets structurants ».

Le projet de Bouyouni emporte entre 285 et 369 hectares de terres agricoles selon les décomptes publiés, sur une île où « l'accès au foncier est difficile », rappelle le président des Jeunes agriculteurs de Mayotte cité par la dépêche. Trois nappes phréatiques se trouvent sous le site, d'après les opposants, alors que Mayotte souffre d'une pénurie d'eau chronique. Le foncier y mêle registres cadastraux incomplets et héritages indivis, relève info.fr, et la DGAC annonce elle-même un recensement des ayants droit mené chaque week-end sur le terrain.

Les travaux doivent démarrer début 2027, près de deux ans avant la maîtrise complète du foncier, attendue fin 2028. Le premier ouvrage annoncé, un passage sous la route départementale 2, peut sans doute avancer seul. Pour la suite, chaque acte de la procédure pourra être attaqué devant le tribunal administratif.

Au Parlement, l'amendement II-CF844 montre qu'un rapporteur juge nécessaire d'ajouter des crédits d'études pour la desserte aérienne. Il ne dit pas combien le projet de loi de finances prévoit déjà pour Bouyouni en 2027, et aucune source publique consultée ne le précise.

Ce que répondent les autres

La DGAC défend son dispositif foncier. Interrogé par France-Mayotte Matin sur la crainte des agriculteurs d'être lésés, Christophe Masson a répondu : « Je crois que ça va être exactement l’inverse. » Il a précisé que les exploitants qui souhaitent arrêter « auront droit à une indemnité d’éviction ». Sur le foncier, il assure que les droits des occupants anciens « seront préservés » et que « ceux qui toucheront l’argent seront les vrais propriétaires ». Le préfet de Mayotte a indiqué au sénateur, le 24 août, ne pas avoir lui-même reçu le rapport sur la compensation. Aucune réaction publique de la préfecture ou de la DGAC au courrier du 28 septembre n'a été trouvée à la date de publication.

Publier les pièces avant de signer la DUP

Je souhaite que cet aéroport se fasse sans qu'un juge ait à l'arrêter en cours de route. Mettre en ligne les documents prendrait quelques semaines, alors qu'un contentieux pourrait retarder le chantier de plusieurs années.

Je demande au préfet de Mayotte de publier sur le site de la préfecture, avant de signer la déclaration d'utilité publique et au plus tard le 15 décembre 2026, le rapport et les conclusions de la commission d'enquête, l'étude préalable agricole si elle existe, et le rapport sur la compensation des exploitants dès qu'il lui sera remis. Je demande au membre du gouvernement chargé des transports d'indiquer, lors de l'examen en séance des crédits du programme 203, le montant inscrit pour Bouyouni dans le budget 2027.

Sources

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