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Démolir ou réhabiliter, le CAUE pose à Chirongui une question que la reconstruction évite

Pour le directeur du CAUE, des villages comme Tsingoni montrent qu'on peut densifier sans démolir. Encore faudrait-il que les aides de reconstruction financent l'extension des maisons existantes.

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Démolir ou réhabiliter, le CAUE pose à Chirongui une question que la reconstruction évite
Photo : Une maison coloniale (Dzaoudzi, Mayotte) (34674339942) — Jean-Pierre Dalbéra from Paris, France, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

La question posée samedi au pôle culturel de Chirongui concerne directement les chantiers ouverts depuis Chido, même si elle figurait au programme d'un ciné-débat. « Bâtir l'avenir, démolir ou réhabiliter ? » était le thème national des Journées nationales de l'architecture, du 15 au 18 octobre. Le Conseil d'architecture, d'urbanisme et de l'environnement (CAUE) de Mayotte en a fait la troisième édition de son ciné-débat, avec la projection de Gagarine, le film de Fanny Liatard et Jérémy Trouilh sur une cité promise à la démolition, puis un échange avec des acteurs de la reconstruction et de la réhabilitation.

Le constat de départ a été dressé par Mayotte la 1ère, qui observe que sur l'île « la tentation de démolir l'emporte souvent sur la restauration », pour les bâtiments publics comme pour le patrimoine ou les maisons individuelles. En présentant la rencontre, Mayotte Hebdo soulignait deux contraintes qui rendent ce réflexe coûteux, la rareté du foncier et le prix élevé des matériaux. Certaines maisons sont dégradées, d'autres plus anciennes ne correspondent plus aux besoins des familles qui y vivent. Le CAUE voulait parler de ces maisons familiales et des moyens de les moderniser sans repartir de zéro.

Mtsangamoudji et Tsingoni comme modèles de densité

Dominique Tessier, directeur du CAUE, est allé chercher ses exemples dans les villages mahorais. Il rappelle que des villages comme Mtsangamoudji ou Tsingoni se sont construits depuis la case en terre et en chaume sur une trame qui permet d'obtenir un habitat très dense « sans avoir à démolir ». Une extension par le haut, à l'arrière ou à l'avant suffit souvent, selon lui, à densifier l'existant avec un rapport entre surface habitable et surface foncière au moins égal à celui des bâtiments neufs. Le propos heurte une idée bien installée, celle d'une modernité qui passe par la table rase et le bloc de béton posé sur une parcelle dégagée.

Sur une île où l'indivision et l'absence de titres compliquent l'accès au foncier, ajouter un étage à une maison dont la propriété est connue de tous est souvent plus simple que d'obtenir un terrain neuf. Réhabiliter garde aussi les voisins, les commerces de proximité et les chemins que les enfants empruntent pour aller à l'école. Démolir déplace les gens et produit des tonnes de gravats qu'il faut bien mettre quelque part.

Le même week-end, à Kawéni, la Ville de Mamoudzou a réuni sur la place SPPM le ministère de la Culture, les Compagnons Bâtisseurs, le RSMA, Actes & Cités, Lieux Infinis et le comité des jeunes du quartier pour une matinée consacrée au logement et à l'aménagement, relate L'info Kwezi. Maquettes et supports visuels y ont permis de rendre ces sujets accessibles aux habitants. Le mouvement existe donc, porté par des associations, des architectes et quelques collectivités, mais il reste confiné à des journées de sensibilisation.

Des permanences d'architecte dans chaque intercommunalité

La réhabilitation ne deviendra un choix courant que si elle devient aussi simple et aussi aidée que la construction neuve. Le CAUE pourrait tenir des permanences de conseil gratuites dans chaque intercommunalité, où une famille viendrait avec des photos de sa maison et repartirait avec un croquis d'extension réaliste et une estimation du coût. Ce service existe dans d'autres départements, et il ne coûterait que quelques postes d'architectes. Les communes pourraient exiger un diagnostic avant toute démolition d'un bâtiment public, en comparant le coût d'une remise en état et celui d'une reconstruction, et en publiant ce comparatif. Un conseil municipal tenu de justifier publiquement la démolition d'une école de trente ans y regarderait sans doute à deux fois.

Le chantier le plus lourd touche aux aides au logement. Les dispositifs de reconstruction mis en place après Chido devraient financer l'extension et la rénovation d'une maison existante aussi bien que la construction d'un logement neuf, et les services de l'État devraient publier la part de chaque type de projet dans les dossiers aidés. Ce chiffre permettrait de vérifier si la reconstruction pousse vers la table rase ou vers la remise en état.

Le CAUE a aussi présenté à Chirongui les deux concours photographiques « Photographier les ornements des maisons mahoraises » et « Photographier les mosquées de Mayotte ». Ces images montrent un bâti qui a une histoire et des savoir-faire, et qui peut encore servir. L'exposition reste visible sous le préau du pôle culturel jusqu'au mercredi 21 octobre.

Sources

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