Des habitants des Hauts-Vallons ont raconté à France-Mayotte Matin, dans son édition du 2 novembre, avoir mis plus de deux heures pour rejoindre Kawéni en milieu de matinée, un vendredi, au lendemain de la rentrée des vacances scolaires. Le samedi n'a pas été plus fluide. Des commerçants ont interpellé le maire de Mamoudzou pour lui demander d'étendre la circulation alternée au vendredi, afin que leurs livraisons arrivent et que leurs clients puissent encore entrer dans la ville. Le maire a pris acte. Aucune décision n'a été annoncée.
À mon sens, la demande vise le mauvais jour, même si on la comprend. Depuis le 16 septembre, Kawéni vit sous un régime de plaques paires et impaires du lundi au jeudi, de 5 heures à 17 heures, sur la RN1 entre le quai Colas et le rond-point Carrefour et sur la RD14 depuis la côte SOGEA, selon les annonces de la Ville relayées par Mayotte Hebdo. Prévue d'abord jusqu'au 11 octobre, la mesure a été prolongée, par une annonce du 16 octobre, jusqu'au 11 décembre inclus, avec un motif affiché, limiter les embouteillages liés aux travaux du Caribus sur la RN1. Le vendredi, le samedi et le dimanche restent libres.
Les deux derniers jours d'octobre laissent penser que la restriction déplace une partie du trafic vers les jours où elle ne s'applique pas. Le journal note d'ailleurs que de nombreux automobilistes ont repris leur voiture ce vendredi-là. Ajouter le vendredi au calendrier soulagerait la ville ce jour précis, au prix d'un nouveau report vers le samedi, déjà chargé, ou vers les heures qui précèdent 5 heures et suivent 17 heures.
Des poids lourds en ville un samedi
Samedi, toujours selon le journal, des poids lourds traversaient Mamoudzou alors que les chantiers sont en général à l'arrêt ce jour-là. On ignore d'où ils venaient et où ils allaient. Mais une ville qui demande à ses habitants de laisser leur voiture un jour sur deux peut au moins encadrer les créneaux des camions, comme le font de nombreuses communes de l'Hexagone pour les livraisons en centre-ville. Un arrêté municipal suffit, avec des plages horaires pour les plus de 3,5 tonnes sur la RN1 entre Kawéni et le centre, et une dérogation pour les chantiers du Caribus et les secours.
Les commerçants, eux, réclament justement de pouvoir être livrés. Leur intérêt et celui des automobilistes se rejoignent si les livraisons ont lieu tôt le matin, quand la route est encore vide. Encore faut-il que les grossistes de Kawéni et de Longoni acceptent d'ouvrir plus tôt, et que la police municipale fasse respecter les créneaux.
La mesure reste sans chiffres publics
Et puis il y a l'évaluation. Avant le retour de la circulation alternée, la Ville avait consulté en ligne, les 9 et 10 septembre, 1 408 personnes, dont 55 % s'étaient dites favorables, toujours selon Mayotte Hebdo. Elle avait réuni la préfecture, le rectorat, la DEALM, le Département, la Cadema, les forces de l'ordre et le SDIS, qui avaient approuvé à l'unanimité. Depuis, rien n'a été publié sur l'effet du dispositif. Combien de véhicules passent au rond-point Carrefour un mardi, combien un vendredi ? Combien de minutes gagnées entre Majicavo et le quai Colas les jours de restriction ? Un gestionnaire de voirie peut produire ces chiffres avec quelques compteurs et des relevés de temps de parcours. Avec ces relevés, on répondrait aux commerçants sur des faits.
Étendre au vendredi un dispositif dont personne ne connaît le rendement reviendrait à décider à l'aveugle, quelle que soit l'exaspération de ceux qui passent leur matinée au volant. La circulation alternée a été conçue comme une mesure temporaire. Le chantier du Caribus, lui, va occuper la RN1 bien au-delà du 11 décembre. Il faudra une organisation qui tienne sur cette durée, et elle ne peut pas reposer sur des prolongations de deux mois annoncées au fil de l'eau.
La Cadema est appelée à examiner les difficultés de déplacement dans le chef-lieu, écrit France-Mayotte Matin. Elle porte le projet de Caribus. C'est à elle et à la Ville de proposer, avant la nouvelle échéance, un plan de circulation pour toute la durée des travaux, qui dise quels jours, quelles voies, quels créneaux pour les camions et quelle offre de bus pour ceux à qui l'on demande de laisser leur voiture. Ce plan devrait s'accompagner d'un tableau de bord mensuel, publié sur le site de la commune.
Les usagers ont jusqu'au 11 décembre pour voir si l'on change de méthode. D'ici là, la mairie a de quoi publier les comptages des semaines écoulées, jour par jour. Sans eux, la question du vendredi se tranchera encore au jugé, au milieu d'un bouchon.

