AndereDécryptage

Deux semaines sans réactifs au laboratoire du CHM, et la grippe a gagné Mayotte avant d'être comptée

Santé publique France a déclaré l'épidémie de grippe à Mayotte en semaine 42, avec cinq cas graves recensés. Pendant deux semaines de septembre, le laboratoire du CHM n'avait plus de réactifs pour analyser les prélèvements, et aucune explication publique n'a encore été donnée.

Version audio
Partager
Deux semaines sans réactifs au laboratoire du CHM, et la grippe a gagné Mayotte avant d'être comptée
Photo : Mamoudzou (10029936275) — David Stanley from Nanaimo, Canada, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

Selon le bulletin de Santé publique France daté du 26 octobre 2026, Mayotte est entrée en phase épidémique de grippe pendant la semaine du 12 au 18 octobre, avec un virus A(H1N1) majoritaire et un cinquième cas grave hospitalisé en réanimation. La même publication mentionne, à deux reprises, un fait qui devrait intéresser les soignants et les familles autant que les épidémiologistes. Du 21 septembre au 4 octobre, le laboratoire du Centre hospitalier de Mayotte a dû suspendre ses analyses virologiques, faute de réactifs.

Une épidémie déclarée après deux semaines d'angle mort

Les chiffres publiés le 26 octobre décrivent une hausse continue. En semaine 42, le laboratoire du CHM a compté 42 prélèvements positifs à la grippe, contre 28 la semaine précédente, pour un taux de positivité stable (28,6 % puis 27,8 %). Santé publique France écrit que cette évolution « justifie l'entrée du territoire en phase épidémique de grippe en semaine 42 ». Les urgences du CHM ont enregistré 40 passages pour infection respiratoire aiguë basse cette semaine-là, contre 23 la semaine d'avant. Dix ont débouché sur une hospitalisation.

La circulation du virus avait commencé bien plus tôt. D'après le bulletin précédent, rapporté par Mayotte Hebdo le 20 octobre, la grippe A(H1N1) était détectée dès la semaine 30, fin juillet, alors que les épidémies mahoraises surviennent d'ordinaire entre décembre et mars. Le bulletin du 26 octobre note que les indicateurs restent élevés et que les positifs augmentent « depuis la semaine 38 ».

Pour les semaines 39 et 40, Santé publique France indique que « les analyses virologiques ont été temporairement interrompues en semaines 39 et 40 en raison d'une rupture de réactifs au Centre hospitalier de Mayotte (CHM), ce qui a probablement conduit à une sous-estimation de certains indicateurs ». À la reprise, seuls 63 prélèvements ont été analysés, contre 123 en semaine 38, selon le bulletin du 19 octobre cité par Mayotte Hebdo. Faute de données suffisantes, l'agence avait alors maintenu Mayotte en phase pré-épidémique, avant de déclarer l'épidémie sept jours plus tard.

Les chiffres

  • 2 semaines sans analyses virologiques au laboratoire du CHM, du 21 septembre au 4 octobre 2026 (Santé publique France, bulletin du 26 octobre)
  • 42 prélèvements positifs à la grippe en semaine 42, contre 28 en semaine 41 (Santé publique France)
  • 5 cas graves de grippe recensés au total, dont un admis en réanimation en semaine 42 (Santé publique France)
  • 63 prélèvements analysés à la reprise, contre 123 en semaine 38 (bulletin du 19 octobre, cité par Mayotte Hebdo)
  • 40 passages aux urgences du CHM pour infection respiratoire basse en semaine 42, contre 23 la semaine précédente (Santé publique France)

Toutes les courbes virologiques sortent du même laboratoire

Les courbes virologiques du bulletin portent toutes la même mention, « source : LABM du CHM ». Quand ce laboratoire s'arrête, les médecins voient toujours arriver les malades aux urgences et dans les dispensaires, mais plus aucune donnée publiée ne dit quel virus circule ni à quel rythme. Dans son analyse, Santé publique France estime que l'interruption « a limité la disponibilité des données et a pu conduire à une sous-estimation de la circulation virale durant cette période ».

Or une phase épidémique déclarée sert de signal. Elle incite les soignants à proposer le vaccin aux personnes fragiles et pousse les familles à protéger les nourrissons, deux gestes qui prennent du retard lorsque la déclaration tarde. Avec un virus repéré dès juillet, hors de la saison habituelle, la chaîne d'approvisionnement du laboratoire aurait mérité une attention particulière pendant les semaines où les positifs montaient.

La surveillance virologique s'est arrêtée alors que le CHM gérait plusieurs vagues à la fois. Le même bulletin suit une épidémie saisonnière de gastro-entérite à rotavirus toujours en cours, et celui du 19 octobre signalait deux enfants de moins d'un an admis en réanimation pour une bronchiolite non liée au VRS.

Personne n'a dit publiquement comment la rupture s'est produite. Aucune piste n'a été évoquée ou écartée, qu'il s'agisse d'une commande tardive, d'un retard de fret, d'une tension chez le fournisseur ou d'une contrainte budgétaire. Quelle qu'en soit la cause, une rupture de réactifs dans le laboratoire dont dépend toute la surveillance virologique publiée de l'île pose une question de pilotage, et elle appelle une explication publique au même titre qu'une panne de scanner ou une fermeture de service.

Ce que répondent les autres

Santé publique France a signalé l'interruption dans ses bulletins des 19 et 26 octobre. L'agence précise que le rattrapage des analyses des prélèvements de ces deux semaines est « actuellement en cours » et « devrait permettre de mieux caractériser la circulation des virus grippaux sur le territoire ». Elle recommandait aussi, selon Mayotte la 1ère, de lire les premiers résultats « avec prudence, compte tenu du faible nombre de prélèvements analysés ». Aucune réaction publique du Centre hospitalier de Mayotte ni de l'ARS Mayotte sur les causes de cette rupture de réactifs n'a été trouvée à la date de publication.

Deux réponses attendues avant décembre

Santé publique France a fait son travail en écrivant la lacune en toutes lettres et en attendant des données solides. Ce qui me gêne, c'est qu'un stock de réactifs ait suffi à décider de ce que Mayotte savait de sa propre épidémie, dans une île qui a appris avec Chido ce que coûte un réseau sans solution de secours.

Je demande au directeur général du Centre hospitalier de Mayotte d'expliquer publiquement, avant le 15 novembre, la cause de la rupture de septembre et le stock de sécurité désormais fixé pour les réactifs de virologie respiratoire. Quant au directeur général de l'ARS Mayotte, il doit publier les résultats du rattrapage des semaines 39 et 40 dans le prochain bulletin et dire, avant le 1er décembre, combien de personnes à risque sont déjà vaccinées et où les autres peuvent l'être. Le vaccin est ouvert à tous dès six mois, et Santé publique France le recommande d'abord aux 65 ans et plus, aux malades chroniques et aux femmes enceintes.

Le prochain bulletin dira si l'épidémie déclarée le 26 octobre approche de son pic, et combien de cas positifs sont restés invisibles entre le 21 septembre et le 4 octobre.

Sources

Cet article vous a intéressé ? Partagez-le :

Partager

La semaine de Chef Bé

Chaque samedi matin, les articles les plus lus de la semaine sur Mayotte, dans votre boîte e-mail. Gratuit, sans publicité, désinscription en un clic.

Keine Kommentare gefunden
Annoncez sur Chef Bé dès 5 €, votre marque devant tout MayotteAnnonce Chef Bé