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Entre la Majimbini et le volcan sous-marin, Mayotte apprend tard à vivre avec ses risques

Mamoudzou organise mardi 13 octobre un village de la résilience à Mtsapéré. Au même moment, le réseau de surveillance a relevé 265 séismes volcano-tectoniques en septembre au large de Petite-Terre, un sujet presque absent du débat public.

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Entre la Majimbini et le volcan sous-marin, Mayotte apprend tard à vivre avec ses risques
Photo : Dziani Dzaha in Volcanic Crater in Mayotte — Franck Bouttemy http://www.geodiversite.net/auteur197, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

« On peut avoir de fortes pluies en amont, notamment dans la forêt, alors qu'il n'y a pas de pluie du tout en bas. » La phrase est d'Anli Bounou, directeur de l'urbanisme, du foncier et de l'habitat à la mairie de Mamoudzou, interrogé par Mayotte la 1ère. Elle décrit un piège bien réel au bord de la Majimbini. Il peut faire beau sur Mtsapéré pendant qu'un orage éclate sur les hauteurs, et l'eau descendre d'un coup, chargée de boue, vers ceux qui se trouvent dans le lit de la rivière.

C'est pour ce genre de scène que la ville organise mardi 13 octobre, à l'occasion de la Journée nationale de la résilience, une après-midi de sensibilisation. Un « village de la résilience » s'installera de 14 heures à 17 heures près de la halle des pêches de Mtsapéré, avec des stands de la Croix-Rouge, de la Cadema, de la Deal et de la municipalité, précise Mayotte Hebdo. Une randonnée remontera la rivière de 15 heures à 17 h 30, et des associations tiendront des ateliers au Réseau inter-associatif de Mayotte, à Doujani. L'objectif, selon Anli Bounou, est de « développer une vraie culture des risques, qu'on n'avait pas à Mayotte ».

L'aveu est honnête, car les menaces ne manquent pas à Mayotte. Le fonctionnaire cite les crues des nombreuses rivières, les glissements de terrain et les risques technologiques. Il faut y ajouter les cyclones, dont Chido a montré en décembre 2024 ce qu'ils pouvaient faire d'une île mal préparée, et un volcan sous-marin dont l'activité se poursuit au large de Petite-Terre.

Sous Petite-Terre, 265 séismes volcano-tectoniques en septembre

Le Journal de Mayotte a résumé vendredi le dernier bilan du réseau de surveillance volcanologique et sismologique de Mayotte (Revosima). Entre le 1er et le 30 septembre, les équipes auraient détecté 265 séismes volcano-tectoniques, 84 séismes de longue période et un séisme de très longue période, principalement à l'est de Petite-Terre, entre 20 et 50 kilomètres de profondeur. Deux d'entre eux dépassaient la magnitude 3. L'activité reste bien plus faible qu'au début de la crise de 2018, mais les scientifiques rappellent qu'une baisse de l'énergie sismique ne prouve pas que le magma a cessé de circuler.

Les fluides émis dans la zone du Fer à Cheval, au large, seraient composés à 99 % de dioxyde de carbone, et 17 des 23 sites d'émission identifiés étaient encore actifs lors de la campagne de 2025. Sur terre, le flux de gaz augmente depuis 2021 au lac Dziani Dzaha, et la composition des gaz profonds évolue depuis 2023 d'une manière qui rappelle, selon le même article, le début de l'activité de 2018. Le dernier indice direct d'éruption remonte au 22 octobre 2020. Les chercheurs n'écartent pourtant ni une reprise sur le même site ni l'apparition d'une activité ailleurs.

Ces informations sont publiques, mais combien d'habitants de Pamandzi ou de Labattoir les connaissent ? La plupart des Mahorais ont découvert le phénomène avec les secousses de 2018. Depuis, le sujet est retombé dans les bulletins techniques.

La démarche de Mamoudzou va dans le bon sens, mais je doute qu'une après-midi par an, même bien organisée, suffise à créer la culture du risque que souhaite la mairie. La commune a adopté en décembre 2025 un nouveau plan communal de sauvegarde, document qui prévoit l'organisation des secours face aux crises naturelles, industrielles ou sanitaires. Encore faut-il que les habitants sachent ce qu'il prévoit pour leur rue.

Pour commencer, le plan communal de sauvegarde pourrait être résumé quartier par quartier, en français et en shimaoré, avec les points de rassemblement et les zones à éviter en cas de crue, puis affiché dans les écoles, les mosquées et les mairies annexes. Des repères de crue peints sur les ponts et les murs le long de la Majimbini montreraient aux enfants jusqu'où l'eau est déjà montée. Les écoles proches des rivières pourraient organiser chaque année un exercice d'évacuation, sur le modèle des exercices incendie que tout le monde connaît.

Pour le volcan, l'État et le Revosima devraient revenir devant la population de Petite-Terre, en réunion publique, pour expliquer ce que signifient les émissions de gaz du Dziani Dzaha et ce qu'il faudrait faire si la situation évoluait. Ces données sérieuses gagneraient à être expliquées simplement, en shimaoré et en kibushi aussi, par ceux qui les produisent.

La saison cyclonique s'ouvre à la mi-novembre, quelques semaines après la journée de mardi. Les autres communes de l'île ont jusque-là pour dire si elles disposent d'un plan communal de sauvegarde à jour et à quelle date elles le présenteront à leurs habitants.

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